La relation entre John Lennon et Bob Dylan oscille entre admiration et rivalité. Lennon a été profondément influencé par Dylan, intégrant son style dans des chansons comme « Norwegian Wood ». Mais Dylan n’a pas apprécié cette imitation, répondant avec « Fourth Time Around », un pastiche amer. Cet affront a profondément troublé Lennon, marquant un tournant dans sa carrière et l’éloignant de son idole.
L’histoire du rock est parsemée de rivalités et d’admirations secrètes, d’influences mutuelles et de jalousies larvées. Parmi ces relations complexes, celle entre John Lennon et Bob Dylan occupe une place particulière. Si Lennon a ouvertement reconnu l’impact du chanteur américain sur son écriture, Dylan, lui, ne s’est jamais privé d’envoyer des piques acérées à son homologue britannique. Un titre en particulier, Fourth Time Around, a eu un effet saisissant sur le Beatle, le laissant avec un profond sentiment de malaise.
Sommaire
- Une admiration à sens unique ?
- Fourth Time Around : un pastiche amer
- Une relation tendue et une influence en déclin
- Dylan et Lennon : deux génies incompatibles
Une admiration à sens unique ?
John Lennon a découvert Bob Dylan au début des années 1960, et comme beaucoup de musiciens de sa génération, il a été bouleversé par la force poétique du songwriter. L’impact de Dylan sur la carrière des Beatles fut immense. Après leur rencontre en 1964 à New York, arrangée par le journaliste Al Aronowitz, les Fab Four ont entamé une mue artistique radicale. Finie la pop insouciante et rythmée de leurs débuts ; place à une introspection plus poussée, aux paroles plus personnelles et aux compositions plus profondes.
Ce virage s’illustre parfaitement avec des morceaux comme You’ve Got to Hide Your Love Away, une chanson que Lennon décrivait lui-même comme issue de sa « période Dylan ». L’influence du folk poète se fait encore plus prégnante sur Norwegian Wood, extrait de Rubber Soul (1965). Lennon, à travers cette chanson, raconte une liaison amoureuse avec une subtilité nouvelle, inspirée par le style narratif de Dylan.
Fourth Time Around : un pastiche amer
Si Lennon a puisé dans le style de Dylan, ce dernier ne l’a pas nécessairement pris comme un hommage. Bien au contraire, en 1966, Dylan répond avec Fourth Time Around, un titre qui semble être une parodie acerbe de Norwegian Wood. Les similitudes sont troublantes : la même mélodie traînante, une structure musicale identique et un texte énigmatique qui semble moquer Lennon. Le vers final, « I never asked for your crutch, now don’t ask for mine » (« Je ne t’ai jamais demandé ta béquille, alors ne me demande pas la mienne »), sonne comme un reproche direct. Dylan sous-entendait-il que Lennon s’était trop inspiré de lui, au point de perdre son propre style ?
Lorsque Dylan fait écouter la chanson à Lennon lors d’une rencontre à Londres, la réaction de ce dernier est immédiate : « Je n’aimais pas. J’étais très paranoïaque. Je ne comprenais pas ce que je ressentais, mais je savais que ce n’était pas bon. » Cette réaction révèle à quel point Lennon était affecté par le jugement de son idole, et surtout par l’impression de s’être fait ridiculiser.
Une relation tendue et une influence en déclin
Suite à cet épisode, Lennon a progressivement pris ses distances avec Dylan, tant sur le plan personnel que musical. En 1968, dans une interview avec Rolling Stone, il déclare que l’influence de Dylan sur lui a cessé : « Je suis juste un peu lassé de son accompagnement musical, c’est tout. Mais il fait ce qu’il a à faire, et il a généralement raison. »
Il est fascinant de constater que cette pique de Dylan a marqué un tournant dans la carrière de Lennon. Si Rubber Soul et Revolver (à un degré moindre) sont empreints de l’esprit folk introspectif popularisé par Dylan, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) s’en éloigne radicalement. Lennon, libéré de son admiration encombrante pour Dylan, se plonge alors dans des expérimentations psychédéliques et conceptuelles qui ouvriront un nouveau chapitre pour les Beatles.
Dylan et Lennon : deux génies incompatibles
L’évolution de la relation entre Lennon et Dylan est symptomatique des tensions qui peuvent naître entre artistes de premier plan. Si l’un a admiré l’autre au point d’intégrer son style à son propre travail, l’autre a perçu cette imitation comme une tentative d’appropriation. Lennon, bien qu’immensément talentueux, n’était pas habitué à être remis à sa place. Dylan, en refusant de s’incliner devant le mythe Beatle, lui a infligé une blessure d’orgueil difficile à guérir.
Aujourd’hui encore, Fourth Time Around reste un témoignage fascinant de cette relation ambiguë. Lennon y a vu une attaque, Dylan n’a jamais confirmé ni infirmé cette intention. Une chose est certaine : après ce morceau, Lennon a cessé d’imiter Dylan. La véritable leçon de cette histoire est peut-être là : pour exister pleinement, un artiste doit trouver sa propre voie, au-delà des influences qui l’ont un jour inspiré.
