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May Pang : l’autre récit du Lost Weekend de John Lennon

Publié le 26 décembre 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

On a réduit le Lost Weekend à une caricature de débauche, comme si John Lennon n’y avait fait que tomber. Vu depuis May Pang, la période devient autre chose : un chapitre de chaos, oui, mais aussi de travail, de liens réparés et de batailles de narration. Employée d’ABKCO au cœur du maelström Allen Klein, Pang se retrouve propulsée dans une séparation “arrangée” où l’intime est surveillé, scénarisé, commenté. À Los Angeles, la mythologie des excès masque un Lennon qui enregistre, se reconstruit, se rapproche de Julian, et retrouve, un temps, une fraternité avec Paul McCartney. Après 1975, l’enjeu devient historique : qui possède l’image de Lennon, qui contrôle les archives, et qui est effacé quand la légende se simplifie.


On a longtemps raconté le Lost Weekend comme on raconte une chute : un John Lennon en roue libre, noyé dans l’alcool, happé par les excès d’un Los Angeles seventies où les villas sentent le whisky tiède et la coke mal coupée, avec des rock stars qui rient trop fort, des nuits qui finissent à midi, et des amitiés qui se dissolvent dans les flashs des paparazzis. Une parenthèse honteuse, une dégringolade, un contre-mythe commode pour expliquer les errances d’un homme qu’on préfère mythifier plutôt que comprendre. Une orgie, dit la légende, et surtout une punition : Lennon séparé de Yoko Ono comme on sépare un corps de son organe vital.

Le problème, avec les légendes, c’est qu’elles font un excellent café : ça réveille, ça stimule, ça donne l’illusion d’une vérité instantanée. Mais ça masque l’arrière-goût. Derrière le spectacle, il y a une femme qui a vécu l’histoire depuis l’intérieur, sans le confort d’un rôle officiellement légitime. Une femme qui a été à la fois témoin, actrice, auxiliaire, amoureuse et, par moments, paratonnerre. Son nom, c’est May Pang. Et si l’on veut parler sérieusement du Lost Weekend, il faut accepter une idée simple : on ne peut pas faire de ce chapitre une caricature sans écraser celle qui l’a rendu possible.

May Pang est l’un des angles morts les plus révélateurs de la mythologie Lennon. Parce qu’elle oblige à regarder ce que l’on préfère souvent éviter : la mécanique intime du pouvoir, les jeux de narration, l’architecture sociale autour d’un génie, et la manière dont une histoire se réécrit après coup pour rentrer dans un récit plus acceptable. En clair, May Pang est ce point de friction où la biographie cesse d’être un roman et redevient une matière humaine, imparfaite, conflictuelle, et donc passionnante.

Ce qui suit n’est pas une réhabilitation naïve ni un procès à charge. C’est une tentative de reprendre le Lost Weekend par le bon bout : celui des faits, des contextes, et des ambiguïtés. Et de comprendre comment John Lennon, pendant cette période qu’on résume trop vite à l’ivresse, retrouve aussi une partie de sa créativité, répare des liens essentiels, et frôle, un instant, le fantasme d’un monde où les Beatles auraient pu se recoller — ne serait-ce que le temps d’une chanson.

Sommaire

  • ABKCO, Allen Klein : l’arrière-plan toxique d’une décennie
  • John Lennon et Yoko Ono : la création comme mode de vie, le chaos comme méthode
  • 1973 : quand la séparation devient un arrangement, et que May Pang devient un rôle
  • Los Angeles : la mythologie de l’orgie et la réalité du travail
  • Le Lennon du milieu des années 70 : doute, style, et retour au “personnel”
  • Julian Lennon, Cynthia : reconstruire une paternité en ruines
  • Paul McCartney : la réconciliation, la fraternité, et la photo fantôme
  • Yoko Ono au téléphone : le contrôle du récit comme troisième personne
  • Le Lost Weekend : excès, oui, mais aussi retour à l’atelier
  • New York contre Los Angeles : la maison, la sanité, le retour à soi
  • Le UFO : quand Lennon redevient Lennon, entre humour et mystique
  • 1975 : Lennon et Ono se réunissent, May Pang devient un chapitre encombrant
  • Révisionnisme, héritage et guerre des images : qui possède Lennon ?
  • Loving John, Instamatic Karma : May Pang, archiviste de l’intime
  • May Pang, femme asiatique-américaine, et la violence silencieuse des récits rock
  • Le Lost Weekend : non pas un week-end perdu, mais un moment où Lennon se ré-assemble
  • Ce que May Pang nous apprend, au fond, sur John Lennon
  • Regarder le Lost Weekend sans le spectacle, écouter la période sans les slogans

ABKCO, Allen Klein : l’arrière-plan toxique d’une décennie

Pour comprendre May Pang, il faut d’abord comprendre le décor administratif de l’époque. Le rock, au début des années 70, est déjà une industrie gigantesque, mais c’est une industrie encore artisanale dans ses méthodes : des contrats labyrinthiques, des ego au volant, des procès en embuscade, et cette sensation permanente que l’art et le business se dévorent mutuellement. Au centre de ce maelström, un homme règne comme un mélange de requin et de stratège : Allen Klein.

En 1970, May Pang travaille chez ABKCO, la structure de Klein, à un moment où l’entreprise représente notamment John Lennon, George Harrison et Ringo Starr. La présence de Klein dans l’histoire Beatles est déjà un roman noir à elle seule : un manager aussi brillant que clivant, capable d’obtenir des deals redoutables, mais aussi de déclencher des guerres de tranchées. Là où Paul McCartney voit un danger, Lennon, Harrison et Starr voient d’abord une force de frappe. On sait ce que cette fracture a produit : une ligne de faille supplémentaire dans une séparation déjà douloureuse, une décennie de rancœurs, et une bureaucratie du ressentiment.

May Pang arrive dans ce monde-là par la porte la plus basse : elle est d’abord réceptionniste. Ce détail est important, parce qu’il dit quelque chose du parcours. Elle n’est pas une héritière, ni une starlette parachutée, ni une figure “mondaine”. Elle est une travailleuse dans une entreprise où l’on ne sait jamais qui va entrer par la porte, ni quelle crise va tomber sur le bureau. Elle raconte le côté vertigineux de cette période : la sensation d’un dream job, celle d’être au cœur d’un catalogue musical immense, et d’une machine où le rock est à la fois glamour et paperasse.

Ce qui est fascinant, c’est que May Pang ne décrit pas Klein uniquement comme un monstre. Elle évoque une réalité plus nuancée, celle d’un environnement de travail où l’on se fait des amis, où l’on apprend, où l’on est jeune et plongé au milieu des plus grands noms. La nuance dérange parfois, parce qu’elle casse le récit binaire. Mais l’histoire est rarement binaire. Klein peut être un prédateur dans certaines affaires et un homme charmant dans d’autres contextes. Les deux peuvent coexister. Et c’est précisément ce type de complexité qui rend la période si inflammable.

Dans ce climat, May Pang devient rapidement plus qu’une employée. Elle se retrouve à travailler sur des projets filmiques de Lennon et Ono, comme Fly et Up Your Legs Forever, puis à être sollicitée comme assistante personnelle à New York. C’est un glissement classique dans les entourages de célébrités : on entre par la technique, on reste par la confiance, et on devient peu à peu un organe de l’organisation quotidienne. Sauf qu’ici, l’organisation quotidienne implique deux des figures les plus scrutées, contestées et commentées de leur époque.

John Lennon et Yoko Ono : la création comme mode de vie, le chaos comme méthode

Travailler avec Lennon et Ono à ce moment-là, ce n’est pas seulement gérer un agenda. C’est entrer dans une maison où l’art déborde sur le quotidien. Où la frontière entre “projet” et “vie” est volontairement floue. Où un film expérimental peut être traité avec le même sérieux qu’un album, et où une performance peut devenir un acte de communication.

May Pang, sur ces films, adopte une position intéressante : elle ne les balaie pas comme “n’importe quoi”, elle les inscrit dans une époque. Elle parle de Yoko Ono comme d’une artiste “très sérieuse” qui, paradoxalement, ne se prend pas elle-même au sérieux. Formule précieuse, parce qu’elle pointe une vérité souvent oubliée : le travail d’Ono, qu’on l’aime ou non, s’inscrit dans une tradition de l’avant-garde où l’humour, le jeu, l’absurde et la provocation sont des outils. Beaucoup ont voulu réduire Ono à la caricature, à l’intruse, à la sorcière, parce que le monde préfère souvent les récits simples. La réalité artistique est plus riche.

Dans le même temps, ce que May Pang laisse deviner, c’est aussi un système de contrôle. Non pas nécessairement un contrôle tyrannique au sens grossier, mais une façon d’orchestrer le récit public. Lennon et Ono, après la tempête Beatles, ont compris quelque chose que peu d’artistes comprennent aussi vite : l’image est un territoire politique. On la subit ou on la dirige. Et si l’on veut être radical, il faut parfois être stratège.

May Pang, en tant qu’assistante, se retrouve donc à la jonction de plusieurs mondes : l’art conceptuel, le rock star system, et l’administration du scandale. Elle travaille sur des projets comme la rétrospective This Is Not Here en 1971, et elle observe de près les tensions d’un couple où l’un est une icône mondiale en quête de sens, et l’autre une artiste qui sait parfaitement manipuler le langage de la performance et du symbole.

C’est dans ce contexte que la faille de 1973 prend un relief particulier. Car la séparation Lennon/Ono n’est pas une simple crise de couple. C’est une crise de système.

1973 : quand la séparation devient un arrangement, et que May Pang devient un rôle

En 1973, Lennon et Ono se séparent. Et l’histoire bascule dans une zone moralement grise qui, encore aujourd’hui, rend tout commentaire délicat. Selon le récit de May Pang, c’est Yoko Ono qui suggère que Pang devienne la compagne de Lennon. May Pang, initialement réticente, finit par accepter. Ils partent de New York pour Los Angeles. Lennon baptisera plus tard cette période le Lost Weekend.

Rien que le terme est déjà un signal. “Lost Weekend” est une référence culturelle, une manière de raconter sa propre vie comme un film. Lennon ne dit pas “ma séparation”, “ma dépression” ou “mon chaos”. Il dit “Lost Weekend”, comme si le désordre devait être immédiatement encadré par une formule élégante. C’est un réflexe de scénariste. Lennon écrit sa vie en direct, parfois pour s’en protéger, parfois pour la magnifier, souvent pour l’absorber.

Mais derrière la formule, il y a une situation troublante : une relation qui commence “étrangement”, dans une configuration où Yoko continue d’appeler tous les jours, où l’intimité se vit sous surveillance, où les récits à tenir à l’extérieur sont dictés, répétés, contrôlés. Pang décrit des appels qui ne sont pas des appels affectueux mais des directives : quoi dire, comment dire, quel storytelling officialiser. Elle raconte aussi le moment où Lennon rend la relation publique — notamment par une photo médiatique — et comment cela déclenche une “crisis mode” immédiate.

Le Lost Weekend n’est donc pas seulement une dérive d’alcool. C’est aussi un feuilleton de communication. Et May Pang, dans ce feuilleton, n’est pas simplement “la petite amie”. Elle est une variable dans un dispositif. Un rôle assigné, qui peut devenir réel, amoureux, complice, mais qui reste pris dans une architecture initiale.

Il ne s’agit pas ici de distribuer des bons et des mauvais points comme dans une télénovela. Il s’agit de rappeler que les relations autour de Lennon, à cette époque, sont rarement “normales”. Tout est surdimensionné : la célébrité, les tensions, les enjeux financiers, l’histoire récente des Beatles, la pression médiatique, les fragilités personnelles. Et May Pang, jeune femme dans un monde d’hommes et de stars, se retrouve à devoir exister au milieu de cette tempête sans modèle clair.

Los Angeles : la mythologie de l’orgie et la réalité du travail

Pourquoi Los Angeles ? Parce que LA est, à cette époque, le décor naturel des excès. Parce que c’est la ville où l’on peut disparaître dans une villa et réapparaître dans un studio. Parce que c’est le territoire de l’industrie du spectacle, où les excès deviennent des anecdotes vendables. Et parce que Lennon, loin de New York, peut se réinventer en “visiteur”, se laisser glisser dans un mode de vie qu’il associe aux “garçons de retour d’Angleterre”, cette régression collective où l’on joue aux mauvais garçons comme on joue à un rôle.

C’est là que la perception publique du Lost Weekend se cristallise : un Lennon entouré de Ringo Starr, de Keith Moon, de Harry Nilsson, de Klaus Voormann, d’une cour de rock stars qui ressemble à un casting. Ajoutez Mal Evans dans un rôle de logisticien de la débauche, et parfois Phil Spector comme complication supplémentaire, et vous obtenez la version tabloïd parfaite. Celle où l’on ne voit que la bouteille, jamais le contexte.

May Pang, elle, propose une lecture plus concrète. Elle insiste sur l’idée qu’ils se vivent comme des “visiteurs” à LA, vivant souvent chez d’autres, dans un désordre spatial qui encourage le désordre mental. Elle décrit une maison de plage louée, où les gens s’installent, où l’espace devient un dortoir de rock stars, où les frontières se dissolvent. Dans ce cadre, l’excès n’est pas seulement un choix individuel, c’est un climat. Une atmosphère de groupe.

Mais réduire le Lost Weekend à cette atmosphère, c’est commettre une erreur de perspective. Car, paradoxalement, Lennon travaille. Il enregistre. Il écrit. Il produit. Il retrouve une énergie musicale qu’il avait, selon beaucoup, perdue ou affaiblie au début des années 70. Cette période voit émerger des projets majeurs, et surtout une dynamique de création qui contredit l’idée d’un Lennon uniquement effondré.

Là se trouve l’un des nœuds historiques : le Lost Weekend est un chaos, oui, mais c’est aussi un moment de retour à la musique comme refuge. Et c’est précisément ce mélange — dégradation et renaissance — qui rend l’histoire plus vraie que la caricature.

Le Lennon du milieu des années 70 : doute, style, et retour au “personnel”

Au début des années 70, Lennon traverse une zone d’incertitude artistique. Les albums comme Some Time in New York City provoquent des réactions violentes, parfois cruelles. L’échec critique et commercial laisse des traces. Lennon, habitué à être compris ou au moins écouté, se retrouve face à une industrie et à une presse qui peuvent être féroces dès que l’artiste ne fournit plus la bande-son attendue.

May Pang évoque clairement cette blessure : la réception désastreuse de certains projets met Lennon en difficulté. Puis des disques comme Mind Games apparaissent comme un terrain plus accueillant. Et surtout, Walls and Bridges (1974) devient un point de bascule : un album où Lennon revient à une écriture plus personnelle, plus nuancée, et à une variété de styles qui, loin d’être une faiblesse, rappelle la logique même des Beatles — ce mélange de couleurs qui fait tenir un disque comme une mosaïque.

Il y a quelque chose de profondément lennonien dans cette variété. Lennon n’est pas un artiste monolithique. Il peut être militant, tendre, sarcastique, mystique, trivial, violent, sublime, parfois dans le même morceau. Ceux qui veulent un Lennon “pur” ne le veulent pas vraiment : ils veulent un symbole. Or Lennon a toujours été en guerre avec sa propre symbolisation.

Dans cette période, on voit aussi apparaître des chansons qui, selon May Pang, parlent d’elle. “Surprise Surprise (Sweet Bird of Paradox)” est évoquée comme une déclaration d’amour écrite pendant les sessions de Mind Games. Qu’on prenne ou non cette attribution comme définitive, elle éclaire un aspect essentiel : Lennon écrit souvent pour fixer une relation, pour la rendre réelle, pour la transformer en chanson afin qu’elle résiste au chaos. La chanson devient un contrat émotionnel.

Et puis il y a le cas “Steel and Glass”, souvent lu comme un portrait déguisé d’Allen Klein. May Pang confirme qu’il y avait Klein “en tête”, tout en soulignant l’obliquité du texte, le jeu de devinette, la manière lennonienne de transformer un conflit réel en figure plus universelle. Ce qui est intéressant, c’est l’ambivalence : Klein peut être une cible, mais Lennon reste lié à lui, amical même. Cela dit quelque chose du rapport de Lennon au pouvoir : il peut détester un homme et continuer de le fréquenter, parce qu’il a besoin de l’énergie que l’homme représente, ou parce qu’il refuse les ruptures propres. Lennon est un maître de la contradiction, et sa vie en est saturée.

À travers ces chansons, ce qu’on voit surtout, c’est un Lennon qui se remet à écrire au “je” autrement. Pas seulement le “je” public du working class hero, mais un “je” intime, instable, amoureux, fatigué, drôle. Ce Lennon-là est souvent moins mythologique, donc moins retenu par les récits officiels. Et May Pang, en tant que compagne, se retrouve associée à cette part plus domestique, plus quotidienne, qui fait moins vendre du rêve mais raconte mieux l’homme.

Julian Lennon, Cynthia : reconstruire une paternité en ruines

L’une des contributions les plus importantes attribuées à May Pang pendant le Lost Weekend concerne la relation de Lennon avec son fils Julian. Après la séparation d’avec Cynthia Lennon, John est souvent décrit comme un père absent, maladroit, parfois cruel. Le “mythe Lennon” adore les grands slogans sur l’amour universel, mais la biographie rappelle qu’aimer en théorie ne garantit pas d’aimer correctement chez soi.

May Pang raconte qu’elle rencontre Cynthia en 1973, dans le cadre de l’organisation d’une visite de Julian à son père. Le détail est révélateur : ce n’est pas seulement une histoire de sentiments, c’est une histoire de logistique. Dans les vies de célébrités, la paternité peut devenir une question d’agendas, de billets d’avion, de permissions, de climat émotionnel. May Pang devient alors une médiatrice. Et, selon son récit, une amie proche de Cynthia.

Ce point est crucial, parce qu’il déplace la perception de May Pang. On a souvent voulu la réduire à l’étiquette “maîtresse” ou “compagne de passage”. Or, si l’on prend au sérieux le témoignage, elle joue un rôle de réparation familiale. Elle aide Lennon à se reconnecter avec Julian, donc à se reconnecter avec une partie de lui-même qu’il avait peut-être laissée se fossiliser dans la culpabilité et le déni.

Il faut mesurer ce que cela implique : pendant que la presse fantasme sur les fêtes, Lennon vit aussi des moments de re-liaison intime avec son fils. Et cette re-liaison, dans l’histoire d’un homme qui a souvent fui les responsabilités émotionnelles, est tout sauf un détail.

Le Lost Weekend, dans cette perspective, n’est pas seulement “perdu”. Il est aussi retrouvé. Retrouvé sous la forme d’un lien père-fils qui se répare, ou au moins qui se réactive. C’est moins sexy que la débauche, mais historiquement plus significatif.

Paul McCartney : la réconciliation, la fraternité, et la photo fantôme

Si l’on voulait résumer la mythologie Beatles post-séparation, on pourrait dire : Lennon contre McCartney, l’artiste contre le mélodiste, le radical contre le bourgeois, le sarcasme contre la tendresse. C’est une caricature, évidemment, mais une caricature tenace, nourrie par des chansons, des interviews, et des blessures publiques. Et pourtant, le Lost Weekend contient un élément qui fissure ce cliché : la reprise de contact entre Lennon et Paul McCartney.

May Pang décrit leur relation en 1974 avec une formule simple : “Ils étaient frères.” Et elle dit sa surprise : malgré tout ce qu’elle avait entendu sur leur relation “difficile”, la chaleur revient vite, comme si les deux hommes s’étaient quittés la veille. C’est l’une des vérités les plus profondes sur Lennon/McCartney : leur conflit est réel, mais leur lien est plus ancien, plus organique, plus inscrit dans le corps. On ne défait pas si facilement ce type de fraternité, même après des coups bas et des rancœurs.

L’un des épisodes les plus fascinants est celui où Yoko Ono enverrait Paul à Los Angeles pour “raisonner” Lennon, l’inciter à revenir, à se rapprocher d’elle. Et l’opération se retournerait contre son intention : au lieu de ramener Lennon dans l’orbite d’Ono, Paul ravive l’amitié. On voit là toute la complexité des dynamiques : Yoko, stratège, utilise Paul comme messager, mais sous-estime peut-être la force du lien initial. Lennon, au lieu de se sentir rappelé à l’ordre, se sent vivant dans la fraternité retrouvée.

Et puis il y a cet objet symbolique : la dernière photo connue de Lennon et McCartney ensemble, prise par May Pang en mars 1974. Une image qui, dans l’histoire Beatles, fonctionne comme un fantôme. Parce qu’elle montre ce que l’on aime imaginer impossible : Lennon et Paul encore dans la même pièce, encore capables de chaleur, encore capables d’être autre chose que des ennemis de légende.

Cette photo est un talisman parce qu’elle contient une promesse non tenue. Elle dit : “ils ont pu se revoir.” Donc “ils auraient pu se recoller.” Et même si l’histoire ne le fera pas, l’image ouvre une porte mentale.

May Pang évoque même des plans de réunion, à l’état de brouillon : une idée de retrouvailles dans l’État de New York à l’automne 1974, une perspective de voyage à New Orleans pour voir Paul et Linda, écrire ensemble à nouveau. On est dans le domaine du “presque”, ce territoire tragique où l’histoire frôle une alternative et choisit une autre route. Et le fait que Lennon retourne finalement au Dakota au moment où ces projets de collaboration se dessinent renforce l’impression d’un tournant.

La réconciliation Lennon/McCartney est l’un des faits les plus importants de cette période, parce qu’elle contredit l’idée d’un Lennon uniquement replié sur lui-même ou uniquement détruit. Elle montre un Lennon capable de réparer, ou au moins d’essayer.

Yoko Ono au téléphone : le contrôle du récit comme troisième personne

Dans l’imaginaire collectif, la séparation Lennon/Ono est souvent racontée comme une rupture nette. Or, May Pang insiste sur l’inverse : Yoko est présente, au quotidien, par le téléphone. Elle appelle, donne des consignes, rappelle la version officielle, impose un récit. Elle ne se contente pas d’être “l’ex” : elle reste une puissance narrative.

Ce que May Pang décrit, c’est la sensation d’une “troisième personne” permanente dans la relation. Non pas un triangle amoureux classique, mais un triangle de contrôle. L’intimité existe, mais elle est encadrée. Et l’encadrement n’est pas toujours affectif : il est stratégique.

Quand Lennon rend la relation visible dans la presse, la machine s’affole. Les appels se multiplient. Les consignes se durcissent. May Pang raconte des jours de “drama”, un feuilleton où chaque geste doit être traduit en communiqué potentiel. On peut imaginer la fatigue psychique : aimer quelqu’un et devoir en même temps se souvenir du texte à réciter au monde.

Cette dimension est fondamentale pour comprendre la façon dont l’histoire du Lost Weekend a été racontée ensuite. Si Yoko garde une emprise sur le récit dès l’époque, il est logique qu’elle continue d’en avoir une sur la mémoire publique. May Pang, plus tard, parle de “mensonges et mythes” recyclés, de “party line” répétée par des gens qui n’étaient pas là ou qui se surestiment. Elle dit une chose très juste : même lorsque certaines versions sont rectifiées, le monde préfère souvent garder la légende. Parce que la légende est simple, et la vérité fatigante.

Le conflit, ici, dépasse le triangle sentimental. Il devient une bataille d’archives. Qui décide de ce qu’a été Lennon ? Qui contrôle la manière dont son image survit ? Qui a le droit de dire “j’y étais”, et qui est relégué au rang de personnage gênant ?

Le Lost Weekend : excès, oui, mais aussi retour à l’atelier

Il ne s’agit pas de blanchir le Lost Weekend. May Pang elle-même parle du problème d’alcool de Lennon, ancien, récurrent. Elle évoque LA comme un terrain où les comportements “boys back in England” se réactivent. Elle parle de Phil Spector comme complication, de la pression, de la peur, de cette époque où tout peut basculer.

L’excès est réel. La violence du monde rock de l’époque est réelle. Le machisme ambiant, la normalisation de l’alcoolisme, le romantisme toxique du génie autodestructeur, tout cela fait partie du décor. Lennon n’est pas un saint, et cette période n’est pas un conte de fées.

Mais réduire cette période au scandale, c’est passer à côté du plus intéressant : Lennon retrouve la musique comme geste vital. Il produit, enregistre, avance. Il se remet en mouvement.

C’est là qu’il faut être précis sur la psychologie de Lennon. Lennon a souvent eu besoin de chaos pour se sentir vivant. Pas parce qu’il aimait souffrir, mais parce que l’ordre l’angoissait. Les Beatles étaient un ordre, une machine, un emploi du temps, un rôle. Après la séparation, Lennon se retrouve avec une liberté qui ressemble à un vide. Dans ce vide, l’alcool peut devenir un anesthésiant, mais la musique devient un outil de reconstruction.

Dans cette lecture, May Pang apparaît comme une figure d’encouragement, voire de stabilisation relative. Elle aide Lennon à renouer avec Julian, à renouer avec Paul, à continuer de créer. Elle ne contrôle pas Lennon, évidemment. Personne ne contrôle Lennon. Mais elle participe à l’idée que le Lost Weekend n’est pas seulement un effondrement : c’est une transition.

New York contre Los Angeles : la maison, la sanité, le retour à soi

May Pang insiste sur une opposition nette : à LA, ils se sentent visiteurs ; à New York, ils se sentent chez eux. Cette distinction est plus qu’une préférence géographique. Elle dit quelque chose du rapport de Lennon à la ville.

New York est l’endroit où Lennon a choisi de devenir un adulte autrement. L’endroit où il peut être un artiste politique, un mari, un ex-Beatle qui cherche une nouvelle identité. New York est aussi une ville où le chaos a une forme. Où le bruit est permanent, mais structuré. LA, au contraire, est un chaos diffus, un rêve de cinéma, un excès sans gravité apparente, une ville où l’on peut se perdre dans le confort.

May Pang dit une phrase qui claque comme un slogan de survie : New York était sain. New York était la maison. Elle raconte que Lennon s’inquiète, notamment quand l’excès détruit la voix de Nilsson. Elle décrit la fatigue de Lennon face à la publicité négative, le besoin de se retirer de cette atmosphère hollywoodienne, de revenir à un lieu où il peut respirer.

Ce retour à New York n’est pas seulement un retour géographique. C’est un retour à une version de soi que Lennon trouve plus supportable. Et c’est aussi un moment où il tente de finir, de structurer, de reprendre le contrôle.

Le UFO : quand Lennon redevient Lennon, entre humour et mystique

Il y a un épisode du Lost Weekend qui résume assez bien le mélange lennonien : la fameuse histoire de UFO aperçue à New York, évoquée dans les notes de Walls and Bridges. May Pang affirme : elle a vu ce qu’elle a vu. Elle dit qu’il y aurait eu des centaines de signalements. Elle raconte l’étrangeté d’un objet au-dessus de la ville, comme un morceau de science-fiction tombé au milieu de la réalité.

Que l’on y croie ou non n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est ce que l’épisode révèle : Lennon reste un homme qui aime les signes, les coïncidences, les symboles. Un homme qui a besoin de mythologie personnelle. Un homme pour qui le monde est aussi une blague cosmique. May Pang évoque même l’idée d’un “joke cosmique” quand elle recroise Yoko à Reykjavik un jour d’anniversaire de Lennon. Cette manière de lire les événements comme des clins d’œil du destin est typique de l’univers Lennon : une ironie métaphysique permanente.

Le Lennon rationnel et militant cohabite avec le Lennon superstitieux, enfantin, ouvert au merveilleux. Et le Lost Weekend, loin de le réduire à un ivrogne, montre aussi cette persistance du Lennon “mystique joueur”.

1975 : Lennon et Ono se réunissent, May Pang devient un chapitre encombrant

En 1975, Lennon et Ono se retrouvent. La légende populaire aime parfois fixer une scène romantique, un concert, un déclic. May Pang conteste certains de ces récits, rappelant que l’histoire a été simplifiée, réarrangée, parfois faussée. Elle insiste sur le fait que la période Lost Weekend a été productive, qu’elle n’était pas une misère continue. Elle refuse l’image d’un Lennon “misérable pendant dix-huit mois” comme si toute la période devait être réduite à la dépression.

Après la réunification Lennon/Ono, May Pang dit qu’ils restent proches jusqu’à la mort de Lennon. Elle évoque même une relation qui dure “dix ans” (1970-1980) si l’on inclut la proximité, l’amitié, et des aspects plus intimes qui auraient persisté plus longtemps qu’on ne l’imagine. Elle parle d’un dernier moment intime associé à une chanson populaire de l’époque, comme si la mémoire se fixait toujours sur un détail sonore.

Ce genre de détail est précieux, parce qu’il échappe aux récits officiels. Il est trop banal pour être du mythe. Donc il a une odeur de vérité.

Et pourtant, la place de May Pang dans l’histoire reste inconfortable. Parce qu’elle dérange une narration plus simple : Lennon revient à Yoko, point final. Le chapitre Pang devient une parenthèse qu’on voudrait fermer proprement. Or, la vie ne se ferme pas proprement.

Révisionnisme, héritage et guerre des images : qui possède Lennon ?

Un des aspects les plus explosifs des propos de May Pang concerne la question de l’héritage. Elle parle de révisionnisme. Elle évoque des choix symboliques, comme l’idée de replacer certaines images, de modifier des présentations, de contrôler la représentation. Elle fait des remarques acides sur des décisions visuelles autour de Lennon, suggérant que la narration posthume peut être orientée.

C’est un sujet délicat, car il touche au pouvoir réel : celui de l’Estate of John Lennon, des droits, des archives, des rééditions, des documentaires. En clair, la mémoire est une industrie. Et dans cette industrie, celui qui contrôle les images contrôle aussi l’émotion du public.

May Pang n’est pas neutre. Elle a sa douleur, son ego, sa position, sa volonté d’être reconnue. Mais ce qu’elle pointe est indéniablement réel comme phénomène : la mémoire de Lennon a été racontée et re-racontée, parfois avec des angles qui arrangent une version, parfois en effaçant d’autres personnages, parfois en simplifiant des périodes complexes.

Le Lost Weekend est l’exemple parfait de ce mécanisme. Si l’on veut raconter Lennon comme un homme “sauvé” par Yoko, on a intérêt à peindre le Lost Weekend comme un désastre total. Si l’on veut au contraire montrer Lennon comme un homme qui s’est retrouvé dans cette période, on doit reconnaître que Pang a joué un rôle positif. Et cette reconnaissance modifie l’équilibre moral du récit.

Ce qui est en jeu n’est pas seulement une histoire d’amour. C’est l’architecture d’une légende.

Loving John, Instamatic Karma : May Pang, archiviste de l’intime

May Pang ne se contente pas de raconter. Elle a aussi produit des archives : des photos. Son regard photographique sur Lennon est devenu une part importante de l’iconographie de l’époque. Un Lennon moins statufié, plus domestique, plus accessible, un Lennon saisi dans des instants qui ne ressemblent pas aux images officielles.

Elle parle aussi de son livre Loving John, longtemps épuisé, qu’elle a voulu réviser parce que l’édition initiale aurait été coupée, réduite, orientée vers le sensationnel. Là encore, le mécanisme est instructif : même quand May Pang essaye d’écrire un récit “équilibré”, l’industrie du livre préfère garder ce qui choque, ce qui vend, ce qui conforte la légende de la période “décadente”. Le bien, le productif, le réparateur, serait jugé moins rentable.

On touche ici à un problème plus large de l’histoire du rock : la culture populaire adore la destruction. Elle adore l’image du génie qui tombe. Elle adore le romantisme de la ruine. Parce que cela justifie le spectacle. Parce que cela rend l’artiste plus tragique, donc plus consommable.

May Pang, en insistant sur “il y avait beaucoup de bon”, se heurte à ce désir collectif de noirceur. Et c’est aussi pour ça qu’elle est une figure importante : elle oppose au romantisme glauque une banalité radicale, celle du travail, des relations réparées, des journées productives.

May Pang, femme asiatique-américaine, et la violence silencieuse des récits rock

Il faut aussi regarder May Pang avec un prisme rarement utilisé dans la mythologie Beatles : celui de la place sociale. Dans le rock anglo-saxon des années 70, une femme, et plus encore une femme asiatique-américaine, est facilement reléguée à un rôle exotique, fantasmé, minimisé. Le monde du rock a toujours été traversé par une misogynie structurelle : on accepte la femme comme muse, pas comme actrice. On accepte la femme comme anecdote, pas comme témoin.

La manière dont May Pang a été racontée — parfois traitée comme une “parenthèse”, parfois comme une “tentation”, parfois comme un simple décor de scandale — révèle cette violence silencieuse. Sa parole est souvent jugée suspecte parce qu’elle est une femme. Sa mémoire est contestée parce qu’elle dérange. Sa place est fragilisée parce qu’elle n’a pas le pouvoir institutionnel des ayants droit.

Or l’histoire n’est pas seulement faite par ceux qui possèdent les archives. Elle est faite par ceux qui se souviennent. Et ce souvenir, même imparfait, a une valeur irremplaçable.

Le Lost Weekend : non pas un week-end perdu, mais un moment où Lennon se ré-assemble

Si l’on veut être rigoureux, il faut accepter une conclusion paradoxale : le Lost Weekend est à la fois une période d’excès et une période de reconstruction. Les deux sont vrais. Ils coexistent.

Oui, Lennon boit trop. Oui, l’entourage encourage parfois le pire. Oui, la culture rock de l’époque normalise des comportements destructeurs. Oui, LA offre un théâtre idéal à la dérive. Mais dans le même temps, Lennon enregistre et retrouve une énergie créative. Il reconstruit un lien avec Julian Lennon. Il se rapproche de Paul McCartney. Il envisage même des plans de création commune. Il écrit des chansons qui reviennent au cœur intime. Il redevient, par moments, cet artisan du sentiment et du sarcasme qui a fait exploser la pop.

Et May Pang, dans ce tableau, apparaît moins comme la tentatrice que comme l’accompagnatrice d’une réparation. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est héroïque, ni qu’elle est parfaite, ni qu’elle est l’unique facteur de ces changements. Cela veut dire qu’elle est un acteur réel, et pas seulement un rôle dans un récit fabriqué.

Le Lost Weekend est “perdu” seulement si l’on considère que la seule trajectoire acceptable de Lennon est celle qui le ramène à Yoko Ono. Si l’on se libère de cette idée, le Lost Weekend devient autre chose : un moment où Lennon tente de respirer hors de la symbiose, où il se cherche, où il se détruit un peu et se reconstruit un peu, où il retrouve des liens fondamentaux, et où il produit une musique qui porte cette contradiction.

Ce que May Pang nous apprend, au fond, sur John Lennon

May Pang ne nous livre pas un Lennon plus sympathique pour le plaisir. Elle nous livre un Lennon plus humain. Et c’est souvent plus dérangeant.

Elle montre un Lennon qui peut être tendre et brutal, amoureux et lâche, créatif et auto-saboteur. Un Lennon qui joue avec les mots jusque sur les pochettes, qui transforme la vie en blague, mais qui peut être terrifié par les conséquences de ses propres excès. Un Lennon capable de replonger dans des “mind games” relationnels, parce qu’il est sensible aux manipulations, mais aussi parce qu’il cherche parfois lui-même à rester dans le drame, comme si le drame était une forme d’identité.

Elle montre aussi un Lennon qui, malgré les récits de haine, peut redevenir “frère” avec Paul en quelques heures. Parce que la fraternité Lennon/McCartney n’est pas seulement une alliance musicale. C’est un lien adolescent transformé en empire, puis brisé par l’argent et les blessures, mais toujours vivant sous la surface.

Et elle nous apprend enfin une chose cruciale : l’histoire de Lennon, comme toute histoire de rock, est une bataille de narration. Les chansons sont des récits. Les interviews sont des récits. Les biographies sont des récits. Les rééditions sont des récits. Les documentaires sont des récits. Et au milieu, il y a des personnes réelles qui essayent de sauver quelque chose de leur vérité.

May Pang fait partie de ces personnes.

Regarder le Lost Weekend sans le spectacle, écouter la période sans les slogans

On ne rend pas service à Lennon en le réduisant à un saint ou à un ivrogne. On ne rend pas service à Yoko en la réduisant à une sorcière ou à une muse. On ne rend pas service à May Pang en la réduisant à une note de bas de page. L’histoire des Beatles, et de ce qui a suivi, est trop importante pour être traitée comme un feuilleton simpliste.

Le Lost Weekend est un chapitre où Lennon marche sur une crête : il chute parfois, il se redresse souvent, il se cogne, il rit, il écrit, il boit, il travaille, il répare, il fuit, il revient. C’est une période où la vie privée et la vie publique s’écrasent l’une sur l’autre, où chaque geste devient un symbole, où l’intime est un champ de bataille.

Dans cette zone, May Pang n’est pas un accessoire. Elle est une actrice. Une témoin. Une archiviste. Une voix qui refuse qu’on réduise ces dix-huit mois à un slogan de débauche. Et c’est précisément ce refus qui fait d’elle une figure essentielle pour quiconque prétend s’intéresser sérieusement à John Lennon, aux années 70, et à la manière dont on fabrique — puis dont on fige — les mythes.

Car la vérité la plus rock’n’roll, finalement, n’est pas l’excès. C’est la complexité. Et le Lost Weekend, vu à travers May Pang, redevient ce qu’il a toujours été : un moment où Lennon ne s’est pas seulement perdu. Il a aussi, par endroits, tenté de se retrouver.


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