En 1980, John Lennon, alors engagé dans une réévaluation de sa carrière et de ses expériences passées, enregistrait une chanson qui, tout en étant profondément personnelle, portait également les traces d’une époque marquante de sa vie : sa rencontre avec l’Inde et le Maharishi Mahesh Yogi. « The Rishi Kesh Song », incluse dans la collection John Lennon Anthology en 1998, revient sur cette période mythique de 1968, où les Beatles ont étudié la Méditation Transcendantale à Rishikesh. Cette chanson, qui mêle à la fois réflexion, humour et une certaine forme de cynisme, est une exploration des idées qui ont marqué la vie de Lennon durant ses années de recherche spirituelle. Loin d’être une simple archive, « The Rishi Kesh Song » fait écho à la vision complexe de Lennon sur les croyances et le spiritualisme.
Sommaire
- Un Retour à Rishikesh
- Une Parodie à la Légèreté Subversive
- Le Contexte de 1980 : Un Homme en Recherche
- Le Coda : Un Echo des Beatles
- Un Retour à la Philosophie Beatles
- L’Inclusion dans la John Lennon Anthology
- L’Intérêt de la Chanson Aujourd’hui
- En Conclusion
Un Retour à Rishikesh
Le titre de la chanson fait référence à la ville de Rishikesh, située dans le nord de l’Inde, devenue célèbre pour être un centre spirituel majeur, notamment après l’arrivée des Beatles en 1968. C’est dans ce lieu que le groupe, sous la conduite du Maharishi, avait cherché une forme de paix intérieure par la méditation. L’Inde, pour Lennon, représentait un carrefour où il espérait trouver des réponses à ses nombreuses questions personnelles et spirituelles. Pourtant, après quelques mois, la relation de Lennon avec le Maharishi s’est détériorée, alimentant des rumeurs et des tensions au sein du groupe. Ce voyage a pourtant laissé une empreinte indélébile dans l’esprit de Lennon, et ce n’est pas un hasard si, en 1980, à la veille de la sortie de son album Double Fantasy, il revient sur cette période à travers « The Rishi Kesh Song ».
Une Parodie à la Légèreté Subversive
Dès le début de la chanson, le ton est donné. John Lennon, dans un moment d’ironie caustique, décrit la « mantra » comme étant la réponse universelle. « La magie est dans le mantra, on vous donnera les réponses, alors avalez ça – c’est tout ce que vous devez faire », chante-t-il, sur un ton mi-sérieux, mi-parodique. Ce n’est pas tant une critique acerbe du Maharishi ou de la méditation en soi, mais plutôt une réflexion sur la naïveté et la recherche désespérée de réponses simples à des questions existentielles complexes. C’est un John Lennon qui, tout en cherchant encore un sens à ses expériences passées, ne se prive pas d’une certaine moquerie.
Ce jeu d’esprit se poursuit tout au long de la chanson, où Lennon se positionne en observateur ironique d’un univers spirituel qu’il a lui-même traversé, mais dont il semble aujourd’hui plus sceptique. La chanson, loin d’être une simple satire, est aussi une forme d’autocritique, une manière pour Lennon de revisiter ses propres croyances avec le recul que lui offrent les années 1980.
Le Contexte de 1980 : Un Homme en Recherche
L’année 1980 était une période charnière pour John Lennon. Après plusieurs années d’absence du devant de la scène musicale, il avait fait son retour avec Double Fantasy, un album qui marquait un tournant dans sa vie personnelle et artistique. C’est dans ce cadre de réconciliation avec sa vie qu’il revisite, de manière détournée, son passé, en particulier ses expériences avec le Maharishi et la spiritualité indienne. « The Rishi Kesh Song » ne doit pas être vue comme une chanson isolée mais comme un écho aux autres compositions de cette période, comme India, India ou encore The Great Wok. Ces morceaux révèlent un Lennon en quête de réponses, oscillant entre l’adhésion et le désenchantement.
Mais au-delà de la simple évocation d’une période passée, « The Rishi Kesh Song » capture une réalité plus profonde, celle d’un homme qui, malgré son cynisme apparent, continue de chercher, de douter et de s’interroger. La référence à « quelque chose qui manque dans ce plan tout-puissant de Dieu » résonne ainsi comme une réflexion sur l’imperfection du monde et de la quête spirituelle elle-même.
Le Coda : Un Echo des Beatles
Un élément souvent mentionné par les collectionneurs de bootlegs est le coda de la chanson, parfois intitulé « Something Is Wrong ». Cette partie, qui évoque une mélancolie et un malaise palpable, rappelle le ton désenchanté de certaines chansons des Beatles, en particulier « Yer Blues », l’un des morceaux les plus sombres du White Album. Dans cette section, Lennon semble exprimer une forme de douleur existentielle, un sentiment de confusion qui l’habite et qu’il lie à ses expériences passées, à la fois avec le Maharishi et à travers ses voyages en Inde. La mention de « se sentir suicidaire » dans le coda n’est pas une simple provocation, mais un rappel de l’intensité des luttes intérieures de Lennon à l’époque, des angoisses existentielles qui l’ont marqué tout au long de sa vie.
Un Retour à la Philosophie Beatles
Il est intéressant de noter que cette chanson, bien qu’enregistrée en 1980, semble revisiter des thèmes présents dans les œuvres des Beatles. En particulier, Lennon se réfère à des concepts qui traversent l’ensemble de l’œuvre du groupe, de la quête spirituelle à l’absurdité du monde. Les années 1960 avaient été marquées par une intense recherche intérieure, notamment avec l’exploration des philosophies orientales et de la méditation. Pourtant, avec le temps, ces expériences avaient pris une tournure plus désabusée, comme en témoigne la chanson. Lennon n’était plus l’homme de 1968, croyant dur comme fer en la sagesse du Maharishi. Il était désormais un artiste plus mûr, plus cynique, mais toujours à la recherche d’une certaine forme de vérité.
L’Inclusion dans la John Lennon Anthology
La chanson « The Rishi Kesh Song » figure dans la John Lennon Anthology, une collection d’enregistrements rares, de démos et de morceaux inédits qui offre une vision d’ensemble de l’évolution artistique de Lennon. Ce morceau, bien que largement inconnu du grand public avant sa sortie, permet de saisir les préoccupations de Lennon au moment où il se réconciliait avec sa propre histoire. Cette anthologie, qui offre un aperçu précieux sur les coulisses de la création musicale de Lennon, permet de redécouvrir des morceaux qui, à première vue, semblaient anodins, mais qui, comme « The Rishi Kesh Song », résonnent profondément lorsqu’ils sont mis en contexte avec la vie de l’artiste.
L’Intérêt de la Chanson Aujourd’hui
Bien que « The Rishi Kesh Song » soit souvent vue comme une curiosité dans le répertoire de John Lennon, elle mérite une attention particulière. Elle incarne cette période de transition, un entre-deux où Lennon, tout en prenant ses distances avec certains aspects de son passé, ne peut s’empêcher de les revisiter. C’est une chanson qui, tout en étant une réflexion sur les errements spirituels des années 60, est aussi une méditation sur les limites de la quête de sens dans un monde où tout semble à la fois offrir des réponses et des questions.
Elle représente également un témoignage de l’humour noir et du cynisme qui caractérisaient de plus en plus Lennon à la fin de sa carrière. Loin des envolées lyriques de ses années Beatles, il a su se réinventer en tant qu’artiste solo, donnant à ses chansons une dimension plus personnelle, plus intime, tout en restant fidèle à l’esprit d’autocritique et de remise en question qui l’avait animé tout au long de sa carrière.
En Conclusion
« The Rishi Kesh Song » n’est pas seulement un morceau musical, c’est un retour à une époque charnière de la vie de John Lennon, un moment où il a cherché des réponses dans les mystères de l’Inde, mais où il a aussi pris conscience de l’imperfection et de la complexité de toute quête spirituelle. À travers ce morceau, Lennon nous invite non seulement à réfléchir sur ses propres recherches, mais aussi à remettre en question nos propres perceptions du spirituel, du sens et de la quête de vérité. C’est une chanson pleine d’humour, mais aussi d’une profonde introspection, qui dévoile un Lennon en pleine transformation, entre nostalgie et lucidité.
