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I Don’t Want to Be a Soldier: Un cri de protestation enragé de John Lennon

Publié le 31 décembre 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’album Imagine, sorti en 1971, constitue une des pierres angulaires de la carrière solo de John Lennon après la dissolution des Beatles. Parmi les morceaux qui composent ce chef-d’œuvre figure une chanson particulièrement marquante, “I Don’t Want to Be a Soldier Mama”. Cette pièce, à la fois bruyante et déstructurée, clôt la première partie de l’album, et reste l’une des compositions les plus audacieuses de Lennon. S’éloignant de la clarté et de l’optimisme de la célèbre chanson-titre Imagine, elle plonge dans une atmosphère chaotique, presque crue, où Lennon livre un combat intérieur, une protestation contre les attentes sociétales et les pressions du monde moderne.

Sommaire

Les origines de « I Don’t Want to Be a Soldier »

La chanson fut enregistrée en plusieurs sessions entre février et mai 1971, avant de trouver sa place finale dans l’album Imagine, le 8 octobre de la même année au Royaume-Uni et le 9 septembre aux États-Unis. Comme souvent chez John Lennon, les paroles sont directes, simples et chargées d’une signification profonde. “I don’t want to be a soldier mama, I don’t want to die,” répète le chanteur, un slogan pacifiste limpide qui résonne comme un cri d’alarme face aux horreurs de la guerre. Le morceau se nourrit de l’expérience personnelle de Lennon, qui, après avoir passé une décennie à observer les tensions mondiales et les luttes sociales, se sent de plus en plus désemparé par un monde en guerre et une société aveugle à ses souffrances.

C’est au cours des sessions d’enregistrement à l’Ascot Sound Studios, à Tittenhurst Park, que la chanson a pris forme. Le morceau fait partie des premières compositions de Lennon enregistrées pour Imagine, et, contrairement à l’intimité brute de John Lennon/Plastic Ono Band (1970), il manifeste un désir d’explorer des textures sonores plus riches et plus complexes. En dépit de l’audience de plus en plus large et des attentes accrues vis-à-vis de son œuvre solo, Lennon ne cherche pas à apaiser ses auditeurs ; au contraire, il cherche à les déranger, à les secouer.

Une session d’enregistrement débridée

Le processus de création de « I Don’t Want to Be a Soldier » est aussi fascinant que la chanson elle-même. Selon les témoignages des musiciens ayant participé aux enregistrements, le morceau débuta comme une simple jam session. Ce n’était pas une composition soigneusement structurée, mais plutôt une suite d’expérimentations spontanées et bruyantes. Lennon lui-même qualifia cette première version d’« incroyable jam session track ». Ce manque de forme traditionnelle dans la composition peut expliquer pourquoi, dans sa version finale, la chanson semble inachevée, comme une explosion d’énergie brute dénuée de toute retenue.

La première version de la chanson a été enregistrée le 16 février 1971, avec Jim Gordon à la batterie, Jim Keltner à la percussion, Klaus Voormann à la basse et Bobby Keys au saxophone. Cette version, plus axée sur le funk et l’énergie rythmique, se rapproche de l’esprit de John Lennon/Plastic Ono Band, en particulier du morceau “Well Well Well”. Cependant, Lennon ne fut pas satisfait de ce premier essai et chercha à reformuler la chanson pour mieux la lier à son univers sonore de Imagine.

Le 24 mai 1971, Lennon réenregistra la chanson, cette fois avec une formation élargie. Cette version impliqua, entre autres, George Harrison à la guitare slide, Nicky Hopkins au piano et les membres de Badfinger, Joey Molland et Tom Evans, à la guitare acoustique. Ce fut également pendant ces sessions que l’ingénieur du son Alan White enregistra les vibraphones dans une pièce adjacente à l’étude, un « studio de fortune » improvisé dans une salle de bain. La magie de l’enregistrement naquit de cet esprit d’expérimentation et de liberté, renforcée par des atmosphères sonores plus riches, notamment grâce à l’ajout des cordes et du vibraphone.

La tension entre chaos et beauté sonore

« I Don’t Want to Be a Soldier » reste un morceau en constante tension. La chanson se distingue par un son lourd et oppressant, produit en grande partie grâce à l’orchestre de Phil Spector, qui avait supervisé la production de Imagine après avoir travaillé avec Lennon sur Plastic Ono Band. Spector, bien connu pour sa technique de la « Wall of Sound », est ici à son apogée. La production de la chanson dégage une atmosphère dense et menaçante, un choix audacieux qui semble faire écho aux paroles de Lennon, à la fois désabusées et révoltées. Le titre marque ainsi un contraste saisissant avec l’optimisme de certaines autres pièces de l’album. Alors que Imagine appelle à l’unité et à la paix, “I Don’t Want to Be a Soldier” se transforme en un cri de protestation brute contre les contraintes imposées par une société en guerre et la violence systémique.

Lennon semblait avoir envisagé d’utiliser cette chanson comme ouverture de l’album. Toutefois, il opta pour un départ plus subtil, avec la fameuse mélodie de Imagine, et laissa “I Don’t Want to Be a Soldier” en position de clôturer la première partie de l’album. Cette décision se justifie dans la mesure où la chanson, avec son ton désespéré, aurait pu jurer avec le message utopiste de Imagine. Mais de toute façon, même en étant reléguée à la fin de la première face de l’album, elle demeure un point d’orgue, un cri presque inarticulé d’indignation, de souffrance et de révolte.

Le message de la chanson : guerre et désenchantement

L’une des raisons pour lesquelles “I Don’t Want to Be a Soldier” résonne encore de manière si forte aujourd’hui réside dans sa capacité à encapsuler un désenchantement radical vis-à-vis de la guerre. Cette chanson n’est pas uniquement un appel à la paix, mais un rejet profond du rôle que la société impose à l’individu. Lennon semble ici décrire l’individu comme une marionnette, forcée d’obéir aux ordres d’un système plus vaste, plus implacable, qui exploite la violence à son propre profit. Il exprime également une peur palpable du futur, où l’innocence humaine semble sacrifiée sur l’autel de la guerre.

En écoutant cette chanson, il devient évident que, pour Lennon, le refus de devenir « un soldat » dépasse la simple question militaire. Il s’agit également d’un refus de se soumettre aux attentes de la société, de la politique et de l’industrie musicale. Le mot « soldat », dans ce contexte, pourrait bien être vu comme une métaphore de toute forme de servitude imposée à l’individu. La chanson devient ainsi un hymne à la liberté et à la résistance personnelle, où Lennon s’affranchit des rôles que l’on cherche à lui imposer.

L’héritage de “I Don’t Want to Be a Soldier”

Le morceau n’a jamais eu le même statut iconique que “Imagine” ou “Jealous Guy”, mais son impact reste considérable dans le contexte de la carrière solo de John Lennon. À la fois élément de rupture et de continuité par rapport à Plastic Ono Band, cette chanson illustre bien les préoccupations de Lennon sur la condition humaine, la guerre et la politique. Elle révèle aussi un aspect moins connu de sa personnalité artistique, celui de l’expérimentateur sonore. Avec ses variations rythmiques, sa production décalée et son approche plutôt « brute », cette chanson continue de surprendre et de déranger, même des décennies après sa sortie.

Aujourd’hui, “I Don’t Want to Be a Soldier” incarne la puissance de la protestation musicale. Un cri de guerre de la part d’un homme qui ne voulait plus être un pion dans les mains des autres, qu’il s’agisse des militaires ou de l’industrie musicale. C’est cette même énergie et cette même révolte qui ont fait de John Lennon l’une des figures les plus audacieuses et visionnaires de la musique rock. Une légende toujours vivante à travers des morceaux comme celui-ci, qui, bien que parfois oubliés, n’ont cessé de nourrir la réflexion de ses fans à travers le monde.

Les raisons de son relatif oubli ne sont qu’une illusion temporaire, car « I Don’t Want to Be a Soldier » demeure un témoignage éclatant du refus de toute forme de soumission.


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