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Les charognards

Publié le 02 janvier 2026 par Paulo Lobo
charognardsJe pourrais, mais je ne le ferais pas, 

et puis si quand même, 

vous parler de charognards. M’exclamer : c’est quand même fort, c’est quand même révoltant - quelle grossièreté.

Les charognards dévorent ce qu’ils conspuent, pour le réduire à l’état de bouillie. 

Je n’aime pas les charognards. 

Je n’ai jamais aimé les charognards.

Ils avancent portés par la haine, et se drapent dans une supériorité morale de façade.

Outre leur férocité radi
cale, ils sont habités d’une gourmandise assoiffée de sang et de tripes.

Je n’aime pas les charognards.

Ils feignent la bienveillance et vomissent sur ceux qui leur déplaisent. 

Mais là n’est pas la question.

Je pourrais m’extraire du sentiment qui m’assiège, cette émanation à fleur de peau, basique et tellurique, mêlant colère et révolte,

pour aller vers un renoncement, un abandon, un apaisement, sachant que tout, en ce bas monde, est furtif et passager. Alors, pourquoi s’en faire ? Comme dirait l’autre, comme disait l’autre, tu veux ou tu veux pas. À toi de choisir. 

Si c’est oui, c’est oui. Si c’est non, c’est non. 

Alors, si on veut, on y va. Si on ne veut pas, on reste. 

Quoi ? Comment ? Vous n’avez rien pigé ? Tant pis, je reste volontairement flou.

Les rivières… Les rivières suivent leur cours, tranquilles, s’inscrivant dans l’ordre des choses créées et fonctionnelles. La rivière se laisse porter par son chemin, vers son destin immuable. 

La mer, l’océan, les nuages, puis, de retour, les arbres, la terre, le sol. Parfois le feu, parfois la glace. Puis les gouttes d’eau qui, somnolentes, se réveillent, se déversent, suivent leur instinct.

Et puis il y a moi, regardant ce cours d’eau.

Et puis il y a moi pensant aux charognards. Des gens sots, infantiles, vains, gonflés d’une suffisance qu’ils érigent comme une vertu.

Et pourtant , on continue d’écrire.

On compte, on effeuille, on égrène les années. Le temps s’accélère.

Chaque jour, nous avons moins de prise sur ce qui nous entoure. Les objets, les instants, les rencontres, tout passe sans résistance.

Et puis, un jour, il y a l’alarme. L’organe qui s’inquiète. L’organe qui flétrit, l’organe qui souffre. Alors l’esprit se met en mode panique à bord, sauvetage, quête de la guérison. Un objectif unique : survivre. Et quand le docteur nous dit : « vous voilà rétabli », grand soulagement, euphorie, le bonheur à portée de main, les journées comme un grand éclat de lumière, comme un immense feu de joie. Grande parenthèse enchantée, juste avant de retomber dans la banalité, les feuilles du calendrier qui s’arrachent l’une après l’autre.

Alors, oui, on voudrait s’échapper, s’envoler, faire exploser les carcans qui nous contraignent. Mais on ne sait pas vers quoi, vers qui, comment, où, quel est le continent qui pourrait redonner du peps à notre vie. Y a-t-il un ailleurs, quelque part, pour nous recommencer ?

Gonflez les voiles, soufflez le vent, en avant toute. Retrouvez vos héros et projetez votre enfance dans la salle obscure de votre cervelle.


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