Suite à mon immense coup de cœur pour « Novecento : Pianiste », je poursuis donc mon exploration de l’œuvre d’Alessandro Baricco. Dans « Soie », Alessandro Baricco tisse une histoire aussi légère et précieuse que l’étoffe dont elle porte le nom. Ce court roman d’une centaine de pages invite à suivre les voyages de Hervé Joncour, négociant en vers à soie, entre la France et le Japon du XIXe siècle. C’est entre ces deux pays, liés par la soie, qu’Alessandro Baricco tisse le fil invisible de la passion, offrant une méditation poétique sur le désir, le silence et l’infini qui se déploie.
« C’était du reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. »
Hervé Joncour, trentenaire installé dans le Vivarais avec sa femme Hélène, voit son métier menacé par une épidémie décimant les vers à soie. Sur les conseils du fantasque Baldabiou, il entreprend quatre périples vers le Japon, pays mystérieux et fermé, pour y acheter des œufs sains. Là-bas, il rencontre Hara Kei, seigneur local, et surtout une jeune femme énigmatique au regard occidental. Entre voyages et silences, Hervé Joncour se laisse emporter par une passion muette…
« Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille. »
Baricco, maître du style épuré, propose ici un texte à la frontière du roman, de la nouvelle et du poème. L’intrigue, minimaliste, laisse la part belle aux silences, aux non-dits et à la sensualité. Les personnages, esquissés à grands traits, semblent évoluer dans une brume poétique : Hervé Joncour, spectateur de sa propre vie, Hélène, épouse discrète et aimante, Baldabiou, mentor fantasque, et la mystérieuse Japonaise, incarnation du désir inaccessible.
« Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais. »
La force du roman réside dans sa capacité à suggérer plutôt qu’à décrire. Les paysages, les émotions, les gestes sont à peine évoqués, invitant le lecteur à combler les vides par son imagination. Certains y voient une froideur, voire une distance, tandis que d’autres y verront une invitation à la rêverie et à la contemplation. L’écriture, tout en retenue, fait de « Soie » une expérience sensorielle, où la lenteur et la répétition deviennent des vertus.
Si « Soie » maîtrise à merveille l’art du silence et du désir, tout en déployant la poésie d’un amour suspendu, sa simplicité et son minimalisme font que j’ai préféré la musicalité enivrante de « Novecento : Pianiste » ou l’intrigue plus foisonnante de « Océan mer ».
« Soie » est un voyage immobile, une rêverie suspendue entre deux mondes. C’est un livre à lire lentement, à savourer comme une tasse de thé au jasmin, en laissant les mots glisser comme la soie entre les doigts. Si vous aimez les romans qui suggèrent plus qu’ils ne racontent, qui font la part belle à la poésie et à la musicalité intérieure, laissez-vous tenter par cette caresse sensuelle de mots, tout en finesse et en retenue.
Soie, Alessandro Baricco, Folio, 114 p., 8€
