Après le succès retentissant d’ « Octobre », il aura donc fallu attendre 6 ans avant de voir enfin paraître ce deuxième roman de Søren Sveistrup. Ceux qui se demandaient où l’auteur scandinave pouvait bien se planquer, le voient donc réapparaître avec « Cache-cache », un thriller nordique de près de 700 pages qui plonge le lecteur dans les méandres d’une enquête haletante à Copenhague. Entre harcèlement anonyme, comptines enfantines détournées et meurtres sauvages, l’auteur danois confirme son talent pour tisser des intrigues aussi complexes qu’addictives.
Cette nouvelle intrigue débute le jour de Saint-Valentin par la disparition mystérieuse de Silje Thomsen, 41 ans. L’inspectrice Naia Thulin, désormais à l’Office nationale contre la cybercriminalité, découvre que la victime était la cible d’un stalker qui lui envoyait des photos volées et des messages inquiétants, inspirés d’une comptine issue de jeux d’enfants. Rapidement, l’enquête révèle des similitudes glaçantes avec une affaire non résolue : le meurtre de Caroline Holst, une lycéenne retrouvée démembrée deux ans plus tôt. Avec son binôme Mark Hess, Thulin se lance dans une course contre la montre afin de stopper ce jeu macabre où chaque comptine annonce une nouvelle victime.
Søren Sveistrup excelle à installer une atmosphère oppressante, jouant habilement sur le contraste entre l’innocence de l’enfance et la noirceur du crime. La comptine, fil rouge du roman, devient un leitmotiv terrifiant qui hante le lecteur à chaque apparition. En proposant des chapitres courts, un rythme soutenu et une tension qui monte crescendo jusqu’à l’apothéose finale, l’auteur démontre une nouvelle fois à quel point il maîtrise l’art du suspense. Les fausses pistes abondent, maintenant le doute et l’adrénaline, même si certains lecteurs aguerris pourront deviner l’identité du tueur avant la révélation.
Les personnages, loin d’être de simples archétypes, gagnent en profondeur. Naia Thulin, partagée entre sa vie de mère et son engagement professionnel, s’impose comme une héroïne attachante et crédible. Mark Hess, fidèle à lui-même, forme avec elle un duo efficace, dont la complicité et les failles enrichissent l’intrigue. Mention spéciale à Marie Holst, mère dévastée, dont la quête de vérité bouleverse inévitablement le lecteur.
Si la longueur du roman pourra en rebuter certains, elle permet à Sveistrup de densifier l’univers, d’explorer les traumatismes et les obsessions de ses personnages, tout en installant une tension quasi permanente qui font que les 700 pages se dévorent à tout allure. Quelques facilités scénaristiques ou longueurs sont relevées, mais elles n’entament donc absolument pas le plaisir de lecture. L’écriture, précise et fluide, rend l’ensemble addictif : une fois plongé dans Cache-cache, difficile d’en sortir indemne.
Cache-cache est un polar nordique redoutablement efficace, à la fois glaçant et bouleversant, qui confirme tout le talent d’un Sveistrup qui manipule avec brio le suspense et les émotions afin de transformer un jeu d’enfant en cauchemar nordique. Une comptine mortelle à dévorer d’une traite, idéal pour les amateurs de thrillers qui aiment frissonner et se perdre dans les méandres de l’âme humaine.
Reste à espérer que l’auteur scandinave ne mettra plus 6 ans à ressortir de sa cachette !
Cache-cache, Søren Sveistrup, Albin Michel, 704 p., 24,90 €
Elles/ils en parlent également : Nath, Nadia, Laurent, Rose, Caro, Mes échappées livresques, Le monde du polar, Cannibal lecteur,
