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Tout va bien, de Thomas Ellis

Publié le 07 janvier 2026 par Africultures @africultures

En sortie le 7 janvier 2026 dans les salles françaises, ce film issu d’ateliers et d’une longue pratique avec les jeunes migrants propose un changement de regard à leur égard, et en définitive qu’on leur foute la paix avec nos questions déplacées !

« La liberté, la liberté
La liberté c'est d'abord dans nos cœurs
La liberté, la liberté
La liberté nous, ça nous fait pas peur »

Soolking : La Liberté)

Ils ont entre 14 et 19 ans et sont arrivés seuls à Marseille via les déserts et les mers. Ils sont jeunes et ils en veulent - et ne cessent de répéter au téléphone « tout va bien » à leurs parents. En fait, ils se coltinent la dureté d’un accueil qui n’en est pas un. Les « mineurs non-accompagnés » dérangent et sont confrontés au mépris et au soupçon. Thomas Ellis les a suivis pendant longtemps, et durant la Covid, a organisé des ateliers avec des associations locales. Une centaine de jeunes y ont participé. Maraudes, tribunaux, écoles, lycées professionnels, foyers... Il a continué ensuite à les suivre. En 2022, il obtient du juge l’autorisation de filmer ces mineurs, lui qui avait une grande expérience du reportage en Asie du Sud-Est. Il veut témoigner de leur détermination à réussir, à apprendre la langue, à trouver leur place. En somme montrer leur vitalité. Ils sont en rupture, sont partis comme on fugue, prêts à risquer le tout pour le tout dans des embarcations de fortune.

Junior ne pense qu’à jouer dans un bon club de foot ; Aminata veut décider de sa vie alors que, chez elle, c’est la famille qui choisit le mari et le métier ; Khalil, casquette vissée sur la tête, est prêt à tout mais ne parle pas un mot de français ; Abdoulaye et Tidiane sont arrivés ensemble et doivent se débrouiller pour rester ensemble avec une police qui doute qu’ils sont tous les deux mineurs... 600 adolescents sont actuellement à la rue en attente de recours.

La force du film est de ne pas les enfermer dans leur histoire, leur traversée, ce qu’ils ont vécu, mais de s’intéresser à ce qu’ils veulent réaliser, même s’ils n’oublient pas le traumatisme par lequel ils sont passés. La mer est omniprésente à Marseille, tragique toile de fond, mais ils ont tourné la page. Junior refuse d’en parler à une télévision, alors même qu’il est la vedette en ayant été choisi pour lire une épitre au Pape en visite à Marseille - magnifique affirmation de soi face à cette exigence de justifier de sa présence de façon sociologique ou victimaire. Des plages oniriques incertaines évoquent ce passage entre deux mondes. La musique oxymorique de la compositrice Jeanne Susin mêle les sons du quotidien et ceux d’un orchestre. Le rappeur Soolking et l’Opéra de Marseille ont participé à la création sonore, un thème répétitif, obsessionnel, issu de sonorités orientales.

Leur obsession, c’est aussi d’élaborer les bonnes réponses aux multiples interrogatoires, famille ou administration, alors qu’eux ne pensent qu’à se réinventer. Ils s’autonomisent face à cette infantilisation, mais restent cependant des enfants vulnérables pour qui importe le jugement des parents. Ils cherchent à leur montrer qu’ils réussissent. Il leur faut se reconstruire après leur rupture, parfois écrasés par les affres du voyage. Ils luttent pour retrouver une base solide.

Le film est tourné en scope avec une focale 50mm, proche de la vision humaine. Les jeunes y sont naturels, profitant de sa belle luminosité et de sa spontanéité. Sa faible profondeur de champ les met en exergue, conforme à la volonté du réalisateur de les placer au centre du film et d’ouvrir nos sensibilités pour que l’on cesse de faire de l’immigration un problème.

Quand ils chantent sur le port « La Liberté » de Soolking avec les supporters marseillais en délire au milieu des fumigènes rouges, c’est une chanson qu’ils connaissent par cœur et qui dit notamment : « Rends-moi ma liberté, je te l'demande gentiment ». Un résumé pour le film.

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