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« Le Paquebot » de Pierre Assouline

Par Etcetera
Paquebot Pierre Assouline

Ce roman a été choisi par notre cercle de lecture. Comme l’indiquent assez clairement le titre et l’illustration de couverture, il s’agit ici du récit d’une croisière, avec ses passagers de première classe aux luxueux costumes et accessoires. Comme cela se passe à l’époque des années 30, certaines conversations autour de l’irrésistible ascension d’Hitler et des futurs méfaits du nazisme viendront donner un semblant de piment à un récit bien fade et bien vide, qui se traîne en longueur au-delà du raisonnable !
Bref, cette lecture fut pour le moins poussive et fastidieuse – non pas une croisière mais une véritable galère ! – et je l’ai abandonnée au bout de 150 pages.

Cette lecture s’inscrit dans mon mois thématique sur le voyage, bien que l’auteur consacre finalement assez peu de réflexions à ce sujet – ni, d’ailleurs, à d’autres sujets !

Note pratique sur le livre

Editeur : Gallimard
Année de publication : 2022
Nombre de pages : 391

Présentation par l’éditeur

Février 1932. Jacques-Marie Bauer, libraire spécialisé en ouvrages de bibliophilie, s’embarque à Marseille sur le Georges Philippar, un paquebot flambant neuf en route vers le Japon. Nouant des liens avec les autres passagers — le commandant Pressagny et sa petite-fille, l’assureur Hercule Martin, le pianiste russe Sokolowski, ou encore la séduisante Anaïs Modet-Delacourt —, il demeure mystérieux sur le motif de son voyage. Lorsque entrent en scène des Allemands, des camps ennemis se forment au sein de cette petite société cosmopolite : l’ascension d’Hitler divise l’assemblée. Aux sombres rumeurs du monde fait écho, sur le bateau, une suite d’avaries techniques inquiétantes…
(Source : Site internet de Gallimard)

Mon avis

C’est peu dire que, dans ce « roman », il ne se passe rien. Au moment de choisir les mots-clés pour référencer cet article dans WordPress, je me disais « Mais de quoi parle ce bouquin ? » et le grand vide intersidéral s’est aussitôt déployé dans mon crâne. Ca ne parle pas d’amour, ni d’amitié, ni de relations humaines d’aucune sorte. Ca ne parle d’aucun des sentiments humains qui peuvent habituellement constituer l’intrigue ou le moteur d’un roman (jalousie, trahison, désir, ambition, nostalgie, tristesse, introspection, deuil, etc.). Les trois malheureuses pages de discussion autour de l’hitlérisme (pour n’en dire rien d’autre que ce que tout le monde sait déjà) ne suffisent certainement pas à en faire un roman politique ou de débats d’idées. Et, pour autant, ce n’est pas non plus le grand roman sur le rien dont rêvait Flaubert, vous pouvez en être certains ! Car, quand on s’attaque au rien, il faut encore pouvoir en supporter le poids et se débrouiller avec, ce qui n’est pas le cas ici !
Etonnamment, l’auteur a l’art de fustiger, dans ce livre, tous les défauts qu’il nous démontre à longueur de pages. Ainsi, il critique durement les gens qui font du name-dropping – ce qu’il fait sans arrêt – il s’en prend aux gens superficiels, aux snobs, aux bavards, aux gens qui, dans une croisière, ne s’intéressent qu’aux premières classes sans un seul regard vers les moins nantis, etc.
Les cent ou cent vingt premières pages du livre sont consacrées à la présentation des différents protagonistes, ce qui est tout de même bien long pour une introduction ! Et bizarrement, l’auteur identifie presque toujours les passagers de cette croisière avec des personnages de célèbres romans préexistants : nous nous retrouvons ainsi avec un Oblomov, une Madame Verdurin, un docteur Knock, la famille Buddenbrock au complet, et je ne sais plus qui encore. Non seulement P. Assouline met cent vingt pages à nous présenter laborieusement les personnages de son paquebot mais, en plus, au lieu de les inventer lui-même, il va les piquer chez les grands noms de la littérature intemporelle ! Et, naturellement, ensuite, il fustige les gens qui n’ont pas d’imagination…
Dans l’écriture des dialogues, j’ai noté la prédilection de l’auteur pour les bons mots, les traits d’esprit et autres répliques bien envoyées, dans un style très français, à la Sacha Guitry, qui raffolait et abusait des petites citations piquantes, destinées à égayer les dîners en ville. Je ne sais pas si, de nos jours, cette tournure d’esprit peut encore se pratiquer – surtout en littérature – j’ai quelques doutes.
Vous l’aurez compris, ce roman m’est tombé des mains !

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Un Extrait

Page 140

Les repas, leurs apartés, leurs pauses et leurs lenteurs, étaient le moment le plus propice à l’examen des gens, une mise à nu détail par détail, parfois d’une table à l’autre… Ici une broche XIXe de Tiffany en quartz sculpté sertie de rubis, diamants et émeraudes à l’effigie de la reine Victoria ; plus loin, posé sur la table afin que nul n’en ignore, un étui à cigarettes de Fabergé ; là autour d’un cou ravissant un collier de chien d’aigue-marine et perles typique de l’atelier Cristofol… Parfois, mon œil de cambrioleur me surprenait tant il recherchait l’insolite des petits riens. Georges Modet-Delacourt se doutait-il de mon goût de l’accessoire et de l’ornement, à moins que ma manière d’observer ne fut moins discrète que je ne le croyais, toujours est-il qu’il me lança un regard ironique qui vint interrompre ma silencieuse mise en pièces détachées de nos commensaux ; après tout, qu’importe si l’on est un homme du détail, dès que l’on est capable de penser en grand. Mon indiscrétion était toute relative ; sa femme, assise à ma gauche, pouvait se lire à livre ouvert tant elle était impuissante à réprimer ses émotions ; quiconque l’avait un peu fréquentée était capable de déchiffrer ses intentions… Le genre de personne que l’on sent si embarrassée par sa retenue, qui n’ose pas oser. Elle guettait le jour où elle serait enfin débarrassée de ce qui l’avait jusque-là empêchée de vivre.
À dire vrai, sa montre m’intriguait plus que tout ; je n’osais pas lui demander de la défaire de son poignet afin que je puisse l’examiner, son mari l’aurait interprété comme le signe d’un corsage dégrafé ou que sais-je encore. 

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