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Paul Mescal, le silence avant les Beatles : McCartney en 2028 sous haute tension

Publié le 09 janvier 2026 par John Lenmac @yellowsubnet

On l’imaginait porté par la vague, prêt à enchaîner les rôles comme on collectionne les trophées. Et voilà que Paul Mescal, au moment même où tout s’accélère, parle de frein, de retrait, presque de disparition. Dans un entretien au Guardian, l’acteur irlandais met des mots simples sur un vertige très contemporain : la surchauffe. Pas seulement celle des tournages, mais celle de l’exposition permanente, de la promo qui vous use à force de vous rendre “disponible”, de cette impression de revenir trop souvent “dans le puits” pour en ressortir encore fier. Mescal ne veut pas détester ce qu’il aime, alors il apprend à rationner. Et il lâche, mi-drôle mi-inquiétant, une phrase-programme : qu’on ne le voie plus jusqu’en 2028… date où il devra redevenir visible à l’échelle mondiale en incarnant Paul McCartney dans l’événement Beatles de Sam Mendes, pensé comme quatre films et quatre points de vue. Comment se prépare-t-on à jouer un mythe que tout le monde croit connaître ? Que peut un acteur face à l’ogre Beatles ? Et si la meilleure stratégie, avant la tempête, était le silence ?


Il y a deux façons de vieillir vite à Hollywood. La première consiste à se brûler les ailes au contact du projecteur, à confondre vitesse et trajectoire, et à se réveiller un matin avec l’impression d’avoir vécu dix vies sans en habiter aucune. La seconde, plus rare, relève presque de la discipline monastique : apprendre à dire non avant même d’être dégoûté, préserver le désir avant que le métier ne devienne une corvée, et accepter qu’une carrière n’est pas une rafale mais une respiration. Paul Mescal semble être en train de choisir la deuxième voie, au moment même où la machine, elle, voudrait l’entraîner dans la première.

Dans un entretien récent accordé à The Guardian, l’acteur irlandais a formulé, sans pathos mais avec une lucidité presque désarmante, une idée simple : il ne pourra pas continuer à ce rythme. « Je suis là-dedans depuis cinq ou six ans maintenant, et je me sens très chanceux. Mais j’apprends aussi que je ne pense pas pouvoir continuer à en faire autant », dit-il en substance, comme on admet une limite physique après avoir couru trop longtemps. (

Ce n’est pas une déclaration de guerre à son métier, plutôt une déclaration d’amour préventive : se ménager pour ne pas finir par détester ce qui l’a sauvé, ce qui l’a révélé, ce qui l’a construit. Il le dit lui-même : « Je ne veux pas en vouloir à la chose que j’aime. (…) Je préférerais ne pas être dans le train si c’est ça le choix. » Et au fond, cette métaphore du train n’est pas anodine : le cinéma contemporain ressemble souvent à une ligne à grande vitesse où l’on monte parce que tout le monde crie qu’il faut monter, et où l’on découvre trop tard que descendre devient socialement inacceptable.

Le paradoxe, c’est que Mescal n’est pas en train de s’effacer au moment où l’intérêt se tasse. Il parle de retrait alors que sa cote, elle, grimpe, et que son agenda ressemble à un festival permanent. Ce mois-ci, il accompagne la sortie de deux films, Hamnet et The History of Sound, et il sait ce que cela implique : tapis rouges, interviews, extraction de l’intime, répétition du récit officiel, et cette sensation diffuse d’être constamment “à disposition”. C’est peut-être cela, au fond, qu’il veut rationner : pas seulement le travail, mais l’exposition.

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Rationner, ce n’est pas faire moins : c’est faire autrement

Le mot est intéressant, presque alimentaire : rationner. Comme si le talent était une ressource organique, un puits qu’on vide à force d’y replonger. Mescal ne dit pas « je veux ralentir », il dit « je dois apprendre ». Et il précise que rationner ne signifie pas forcément travailler moins. Rationner, dans sa bouche, ressemble plutôt à un réglage fin : distinguer les films qui rechargent de ceux qui épuisent, accepter que certains projets coûtent davantage que d’autres, et qu’on ne peut pas revenir indéfiniment « dans le puits » en espérant livrer, à chaque fois, une performance dont on sera fier.

Il cite The History of Sound comme un film qui “prend plus” qu’un autre. Cette nuance est précieuse, parce qu’elle renverse la logique industrielle : dans le discours classique, ce sont les gros films, les blockbusters, les productions à effets spéciaux, qui sont supposés vider un acteur. Or, Mescal suggère l’inverse : les films intimes, ceux où l’on met les mains dans le cambouis émotionnel, où l’on joue sans filet, sont parfois les plus coûteux. Ce n’est pas la taille du budget qui essore, c’est la quantité de soi qu’il faut déposer dans le rôle.

Dans The History of Sound, il interprète Lionel, un jeune homme qui rencontre David (joué par Josh O’Connor) au New England Conservatory of Music en 1917, puis le retrouve après la Première Guerre mondiale ; tous deux partent enregistrer des chants populaires dans le Maine rural, à l’hiver 1920. Rien que ce synopsis évoque déjà une œuvre de sensations : le froid, le silence, le temps long, l’obsession du son comme mémoire, l’amour comme archive fragile.

Et c’est précisément dans ce type de film que la notion de “puits” prend sens. Parce que ce qu’on exige de l’acteur n’est pas d’être spectaculaire, mais poreux. De laisser passer la lumière à travers les fissures. De devenir crédible dans l’invisible. C’est beau, et c’est violent.

« J’espère que personne ne me verra » : la tentation de l’invisibilité

La phrase qui a fait le tour des médias est à la fois drôle et inquiétante, comme une blague qu’on fait pour ne pas dire trop frontalement qu’on est au bord de la saturation : « Une fois que j’aurai terminé la promotion, j’espère que personne ne me verra jusqu’en 2028, quand je ferai les Beatles. Les gens auront une pause de moi et j’aurai une pause d’eux. »

Ce qui frappe, c’est le “jusqu’en 2028”. Pas “jusqu’à l’été prochain”, pas “jusqu’à mon prochain film”, mais une date lointaine, presque une échéance mythique. Comme s’il plaçait devant lui un grand rendez-vous inévitable, et qu’il construisait, autour, une sorte de désert volontaire : un espace vide pour arriver frais, ou du moins lucide, au moment où l’industrie le réclamera avec le plus d’insistance.

Ce retrait annoncé n’est pas un caprice d’artiste “trop vu” qui voudrait se rendre plus rare pour augmenter sa valeur. Mescal le formule plutôt comme une question de santé intérieure : « J’ai aussi des priorités différentes dans ma vie personnelle auxquelles je veux m’occuper. Je ne veux pas en vouloir à la chose que j’aime. »

Il y a, derrière ces phrases, une conscience aiguë du mécanisme de l’overdose médiatique. Josh O’Connor le dit dans le même entretien, avec une formule glaçante : plus on voit un acteur, plus il devient difficile pour lui de « vous tromper », de vous convaincre qu’il est quelqu’un d’autre. L’acteur devient une marque, et la marque finit par dévorer les personnages.

Mescal veut échapper à cette trappe. Non pas pour disparaître du monde, mais pour redevenir un mystère. Et dans un milieu qui adore disséquer, rationaliser, expliquer, “raconter l’arc”, le mystère est une denrée rare. Il le sait. Il le cherche.

Le rôle McCartney : jouer l’homme, affronter le mythe

Ce qui rend cette histoire si fascinante pour un œil beatlesien, c’est évidemment la destination : Paul Mescal incarnera Sir Paul McCartney dans le projet de Sam Mendes, The Beatles: A Four-Film Cinematic Event.

Jouer McCartney n’est pas seulement “jouer un musicien célèbre”. C’est jouer une silhouette que tout le monde croit connaître. Un visage qui existe en plusieurs versions simultanées, comme un hologramme collectif : le jeune homme au regard vif de Hambourg, le prince pop des années 1963-1966, l’architecte mélodique de 1967, l’homme qui encaisse la mort de Brian Epstein et la pression de la fin, le survivant post-Beatles, le patron de Wings, le veuf, le chevalier, l’icône vivante. Chaque époque a son McCartney, et chaque fan a son McCartney préféré, celui qu’il défendra comme on défend une vérité intime.

Le danger, pour un acteur, est de tomber dans la caricature. Le “moptop” de musée, la voix imitable, le sourire reconnaissable, la basse Höfner en bandoulière, et basta. Mais la promesse du projet Mendes — en tout cas, sa structure même — suggère autre chose : raconter l’histoire depuis l’intérieur, par fragments, en donnant à chacun des quatre une perspective dédiée.

Et là, Mescal se retrouve face à un défi singulier : il n’a pas seulement à ressembler à McCartney. Il doit faire sentir ce qu’il y a derrière l’image, cette combinaison étrange de discipline, de sens du travail, de sens du jeu, et de résistance à la tragédie. McCartney n’est pas un personnage “romantique” au sens où l’industrie aime parfois le romantisme : il n’est pas l’artiste maudit qu’on filme en train de s’autodétruire. Il est, au contraire, l’artiste qui continue, qui bâtit, qui reconstruit. Le drame de McCartney est souvent un drame de la continuité. Et ça, paradoxalement, est plus dur à jouer : comment faire vibrer une tension quand le personnage ne se brise pas ostensiblement ?

Sam Mendes et l’idée folle : quatre films, quatre points de vue, un seul choc

Le projet est simple à décrire et vertigineux à imaginer : quatre films centrés chacun sur un Beatle, réalisés par Sam Mendes, et prévus pour une sortie en avril 2028, tous au cinéma, dans une logique d’événement. Reuters rapporte que Mendes a présenté l’ensemble comme « la première expérience de binge au cinéma » — une formule qui dit beaucoup sur l’époque : même la salle veut désormais emprunter les codes de la série.

Sur le papier, c’est un geste de blockbuster culturel : raconter l’histoire la plus racontée du rock, mais la raconter autrement, en la fractionnant, en la dédoublant, en la faisant se répondre. Ce n’est pas seulement un biopic, c’est un dispositif. Et comme tous les dispositifs, il est excitant et inquiétant.

Excitant, parce que les Beatles ne sont pas un récit linéaire : ce sont des récits qui s’entrelacent. On ne comprend pas McCartney sans Lennon, ni Harrison sans la dynamique du groupe, ni Starr sans sa place d’équilibre. Inquiétant, parce qu’un dispositif peut écraser l’humain : à force de vouloir être ingénieux, on risque de perdre la chair.

Pour l’instant, ce que l’on sait officiellement, c’est la ligne générale : les quatre films retraceront la vie et la trajectoire de chacun, et ils bénéficient des droits sur la musique et l’histoire de vie, ce qui a été présenté comme une première pour des films biographiques scénarisés de cette ampleur.

À partir de là, tout repose sur un équilibre. Un biopic Beatles doit être assez concret pour satisfaire l’historien, assez incarné pour émouvoir le profane, et assez audacieux pour justifier son existence. L’erreur serait de croire que “les Beatles, ça marche tout seul”. Les Beatles, précisément, sont un piège : le public connaît déjà la fin, connaît déjà les chansons, connaît déjà les images. Il faut donc réussir à réintroduire de l’incertitude dans le connu. C’est l’exercice le plus difficile : faire sentir que l’histoire aurait pu bifurquer, alors que tout le monde sait qu’elle n’a pas bifurqué.

Le casting : quatre jeunes hommes face au panthéon

Autour de Mescal, le casting confirmé rassemble Harris Dickinson en John Lennon, Joseph Quinn en George Harrison, et Barry Keoghan en Ringo Starr.

Chacun, à sa manière, porte un imaginaire. Dickinson, visage anguleux, intensité moderne, a ce potentiel de tension qui sied à Lennon, figure à la fois magnétique et abrasive. Quinn, dont l’énergie peut osciller entre fragilité et feu, se mesure à Harrison, le plus silencieux, le plus intériorisé, le plus difficile à “rendre spectaculaire” sans trahir sa nature. Keoghan, acteur nerveux, imprévisible, doit incarner Starr sans tomber dans la simple bonhomie : Ringo est le rire, oui, mais aussi le battement, la solidité, l’homme qui voit tout et parle peu quand il le faut.

Le projet s’est aussi étoffé autour des proches : plusieurs médias ont rapporté, et des annonces de casting ont confirmé, la présence de Saoirse Ronan en Linda McCartney, de Mia McKenna-Bruce en Maureen Starkey, d’Anna Sawai en Yoko Ono, et d’Aimee Lou Wood en Pattie Boyd.

C’est une information cruciale : raconter les Beatles sans les femmes qui ont traversé leurs vies, c’est raconter une fiction tronquée. Et raconter ces femmes seulement comme “satellites”, c’est perpétuer une vieille paresse narrative. Le fait qu’elles soient incarnées par des actrices fortes signale peut-être une intention : rendre au récit sa densité humaine, sa dimension relationnelle, ses fractures privées.

2028 : la tournée promo comme tournée tout court

Ce que Mescal anticipe, ce n’est pas seulement le tournage ou la sortie. C’est la tempête médiatique qui accompagne les Beatles comme une ombre. L’album blanc des interviews, la symphonie des questions identiques, le marathon des apparitions, la conversion de chaque phrase en titre, puis en débat, puis en polémique, puis en “contenu”. Un film Beatles n’arrive pas dans le monde : il le secoue. Même avant d’exister, il déclenche des camps, des attentes, des procès d’intention.

Et c’est là que sa phrase prend une tonalité différente : « j’espère que personne ne me verra ». Ce n’est pas seulement le désir d’être absent. C’est le désir de contrôler, un peu, l’énergie qu’on va lui voler. De se présenter à l’événement en ayant encore quelque chose à donner.

La sortie en avril 2028 a été annoncée comme une sortie en salle, et l’ambition affichée est clairement événementielle.  Si l’on imagine le calendrier, cela signifie que la promotion pourrait s’étaler sur des mois : d’abord les premières images, puis les bandes-annonces, puis les présentations, puis les festivals potentiels, puis les interviews longues, puis les talk-shows, puis les avant-premières, puis la sortie. Pour un acteur qui dit déjà ressentir le coût personnel de l’accumulation, le choix de “disparaître” avant la vague ressemble à une stratégie de survie.

Liverpool, les repérages et le fantasme du pèlerinage

L’article que vous me donnez en trame évoque une rumeur presque inévitable : Mescal aurait été aperçu à Liverpool, et les fans ont spéculé sur un lien avec les biopics. Cette mécanique est devenue un sport mondial : le moindre déplacement d’un acteur associé à un rôle mythologique devient un indice, un “leak” émotionnel, une preuve que “ça commence”.

Liverpool, surtout, n’est pas une ville comme les autres dans la mythologie Beatles. C’est un lieu à la fois concret et imaginaire. Un port, une pluie, des briques, des accents, une sociologie, des bus, des écoles. Et en même temps une carte postale mentale : Cavern, Mathew Street, Penny Lane, Strawberry Field, des noms qui sont presque des chansons avant d’être des rues.

Pour un acteur, aller à Liverpool peut être un travail documentaire, un geste d’humilité, une façon de sentir la texture d’un monde. Mais cela peut aussi être un piège : vouloir “faire vrai” en se collant à l’anecdotique, croire que la vérité d’un personnage se trouve dans un trottoir. McCartney est né de Liverpool, bien sûr. Mais McCartney est aussi né d’autre chose : d’un rapport obsessionnel au travail, d’une discipline mélodique, d’une capacité à absorber et recombiner, d’une endurance psychique face à la gloire.

Le plus intéressant, peut-être, n’est pas de savoir si Mescal était à Liverpool pour “les Beatles”. Le plus intéressant est que, dès qu’il y est, le monde l’imagine déjà en McCartney. La transformation a commencé dans l’œil du public avant d’avoir commencé dans le film.

Jouer McCartney, c’est jouer la contradiction

Il y a chez Paul McCartney une contradiction qui le rend passionnant et, pour un acteur, périlleux. Il est à la fois l’homme de la légèreté et l’homme de l’architecture. L’homme qui peut écrire une comptine apparente et y glisser une sophistication harmonique qui ridiculise la concurrence. L’homme qui sourit beaucoup et qui, pourtant, a traversé des drames intimes et collectifs dont on ne sort pas indemne.

Les biopics aiment les arcs clairs : chute, rédemption, triomphe. McCartney est moins confortable. Sa “chute” n’est pas spectaculaire, sa “rédemption” n’est pas dramatique, son “triomphe” est continu. Il faut donc inventer une tension plus subtile : celle de l’homme qui tient, qui encaisse, qui continue de composer quand le monde attend qu’il s’effondre.

Et c’est là que l’expérience Mescal peut être un atout : il sait jouer les forces silencieuses. Dans ses rôles, il y a souvent une retenue, une pudeur, un travail sur la respiration. Ce n’est pas un acteur qui “sur-joue”. Or, McCartney, si l’on s’en tient à l’image publique, pourrait inviter au mimétisme. Mais la vérité d’un biopic n’est pas le mimétisme. La vérité, c’est quand on croit à l’être humain sous la légende.

« Les Beatles » : une histoire trop connue pour être simple

On dit parfois : « pourquoi refaire un film sur les Beatles, on sait déjà tout ». C’est faux. D’abord parce qu’on ne sait jamais tout. Ensuite parce que “tout” est une illusion : ce qu’on croit savoir est un montage de récits, de documentaires, de souvenirs, d’interviews tardives, de mythologies entretenues. Les Beatles sont l’un des plus grands exemples de récit culturel fabriqué en temps réel, puis recomposé en permanence.

Le projet Mendes, en choisissant la fragmentation, semble vouloir rappeler que l’histoire n’est jamais unique. Qu’un même événement — une séance d’enregistrement, une tournée, une dispute, une décision artistique — n’a pas le même sens selon celui qui la vit. C’est, en théorie, une excellente idée : faire des Beatles non pas un monument, mais une somme de subjectivités.

Reuters rapporte que Mendes et Sony ont présenté le projet comme capable de “dominer la culture” au moment de la sortie, avec l’idée de ramener le public vers les salles grâce à l’ampleur de l’événement. C’est un langage de conquête, presque militaire, qui dit aussi la pression : si l’on promet de dominer, on n’a pas le droit de décevoir.

Et qui subit cette pression ? Tout le monde, évidemment. Mais en première ligne : les quatre acteurs, qui devront absorber les attentes de générations entières. Jouer Lennon ou McCartney, ce n’est pas seulement jouer un personnage : c’est entrer dans un débat mondial sur ce que ces hommes “étaient vraiment”.

La fatigue de l’époque : l’acteur comme contenu

Mescal parle de “coût personnel”. Ce coût, dans les années 2020, ne se limite pas à la fatigue physique d’un tournage. C’est le coût d’une existence transformée en contenu.

Aujourd’hui, un acteur ne “fait” pas un film. Il fait le film, puis il fait le discours sur le film, puis il fait le récit de sa propre trajectoire, puis il fait la version digeste de ses émotions, puis il fait la version drôle de ses émotions, puis il fait la version virale de son anecdote. Ce n’est pas une critique morale, c’est un constat industriel : l’œuvre ne suffit plus, il faut l’écosystème.

Quand Mescal dit qu’il espère qu’on ne le verra plus jusqu’en 2028, il exprime aussi un désir de sortir de cet écosystème. De redevenir un humain non-consommable pendant un temps. Et c’est peut-être, paradoxalement, une attitude profondément rock : non pas l’autodestruction romantique, mais le refus d’être avalé vivant par la machine.

Le rock, dans son histoire, a souvent glorifié l’excès. Les biopics, eux, adorent filmer l’excès. Mais l’excès, dans la vraie vie, finit rarement bien. Mescal semble l’avoir compris : la vraie transgression, aujourd’hui, c’est peut-être de se protéger.

Ce que ces films peuvent changer dans l’imaginaire Beatles

Pour les Beatles, chaque nouvelle incarnation à l’écran est une guerre de perception. Les fans redoutent la simplification, les non-fans redoutent l’ennui, l’industrie redoute l’échec, et les historiens redoutent la légende paresseuse.

Pourtant, il y a un potentiel immense. Parce qu’un grand film, même imparfait, peut réactiver des questions. Il peut ramener au centre des épisodes moins connus. Il peut redonner de la complexité à des figures réduites à des slogans. Il peut faire sentir, à une génération qui a grandi dans l’algorithme, ce que signifie vraiment l’émergence d’un phénomène culturel dans un monde sans réseaux sociaux : la lenteur, la matérialité, la radio, les villes, les salles, les foules.

Le point crucial sera l’équilibre entre le spectaculaire et l’intime. Les Beatles sont un récit de masse, mais leur moteur est souvent minuscule : une idée de mélodie dans une chambre, une ligne de basse trouvée à la guitare, une harmonie testée au piano, une phrase griffonnée. Si Mendes parvient à filmer la naissance des chansons non comme un miracle tombé du ciel, mais comme un travail, un frottement, une obstination, alors le projet aura une valeur historique au-delà de l’événement.

Et si Mescal, de son côté, parvient à faire sentir McCartney non comme une icône inoffensive, mais comme un homme traversé par des contradictions, alors il gagnera le pari le plus difficile : rendre vivant quelqu’un que le monde croit déjà connaître.

Disparaître pour mieux réapparaître

On peut sourire à l’idée d’un acteur qui voudrait qu’on ne le voie plus pendant deux ans. Dans un monde où l’on confond présence et existence, ça ressemble presque à un luxe. Mais ce sourire se fige quand on écoute vraiment ce qu’il dit : il ne s’agit pas de stratégie marketing, mais de survie émotionnelle.

Mescal a 29 ans. Il parle déjà comme quelqu’un qui a compris que la carrière, si on la laisse faire, peut devenir une machine à regret. Il parle comme quelqu’un qui veut préserver la joie, protéger le puits, conserver la capacité de se sentir fier. Et il fixe, à l’horizon, cette date qui ressemble à un mur de son : avril 2028, le moment où il ne pourra plus se cacher, parce qu’il aura le visage de Paul McCartney sur les écrans du monde.

D’ici là, il veut du silence. Et ce silence, pour un acteur, est peut-être la plus belle préparation possible à un rôle aussi bruyant.


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