Cela faisait longtemps que j’avais envie de m’attaquer à un roman de Max Monnehay et, maintenant que j’ai lu ce thriller judiciaire qui interroge sur la violence, la justice et la part d’ombre qui sommeille en chacun de nous, j’ai de surcroît envie de m’attaquer à tous ses précédents ouvrages.
« Chiens fous » invite à suivre l’ascension professionnelle d’Alano Garcia, avocat pénaliste bordelais, qui voit sa carrière basculer lorsqu’il accepte de défendre Vincent Sauriol, surnommé « le Chien fou », accusé de viols en série d’une brutalité inouïe. Convaincu de l’innocence de son client malgré des preuves accablantes, Alano se lance dans une défense acharnée, quitte à mettre en péril sa vie personnelle. Quelques années plus tard, retiré dans un village andalou, il tente de fuir les fantômes du passé, mais la justice – et la violence – le rattrapent là où il s’y attend le moins. Entre Bordeaux et Malameria, passé et présent s’entrelacent dans une spirale de suspense et de doutes.
Max Monnehay signe ici un thriller judiciaire d’une rare intensité, où la salle d’audience devient un véritable théâtre de tensions morales et de joutes oratoires. La construction narrative, alternant entre le procès en France et l’exil en Espagne, donne au récit un rythme haletant et une profondeur psychologique remarquable.
La dimension judiciaire, centrale, est traitée avec une précision quasi documentaire : les scènes de procès, les stratégies de défense, les interrogatoires et les doutes du jury sont restitués avec une crédibilité et une tension qui happent le lecteur. On sent l’exigence de l’autrice, qui vulgarise sans jamais simplifier et qui interroge sans relâche la notion même de justice : la vérité judiciaire est-elle la vérité ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre un homme que tout accuse ?
Les personnages, en particulier Alano Garcia, sont d’une complexité saisissante. Cynique, ambitieux, parfois antipathique, l’avocat se révèle peu à peu dans ses failles, ses doutes et ses contradictions. Sa relation avec Rose, sa femme, apporte une dimension intime et bouleversante à l’intrigue, tandis que le sort des galgos espagnols, fil rouge animalier et métaphorique, vient renforcer la réflexion sur la violence et la bestialité humaine.
Mais ce qui m’a immédiatement accroché, c’est l’écriture ciselée, nerveuse et parfois mordante de Max Monnehay, qui donne au roman une énergie singulière. Les chapitres courts, les dialogues percutants et les descriptions sans fard créent une atmosphère anxiogène, presque suffocante, qui ne faiblit jamais. L’autrice maîtrise l’art du suspense et des retournements de situation, tout en distillant une réflexion profonde sur la justice, la culpabilité et la rédemption. Une plume qui demeure tranchante et qui ne lâche jamais sa proie… même lorsque la justice vacille !
« Chiens fous » est un roman noir, intelligent et viscéral, qui bouscule autant qu’il captive. Si vous aimez les thrillers judiciaires où la tension ne retombe jamais, où l’écriture vous saisit à la gorge et où chaque page interroge la frontière entre l’humain et la bête, ce livre est fait pour vous. Préparez-vous à être secoué, ému, et à remettre en question vos certitudes sur la justice et la nature humaine.
Me voilà fan !
Chiens fous, Max Monnehay, HarperCollins, 336 p., 20,50 €
Elles/ils en parlent également : Yvan, Aude, Anthony, Aurore, Rose, Fanny, Adrienne, Le monde du polar, Quoi lire
