Quatrième de couverture :
« Un jour, au milieu d’un silence, j’ai entendu la respiration de l’homme qui encourait la mort. Ce son ne m’a plus jamais quitté. Je devenais le dépositaire de la vie qui palpitait derrière moi. Un souffle fragile me reliait à lui. »
De ses origines familiales au combat pour l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter retrace, dans ces entretiens menés à la fin de sa vie par Darius Rochebin, les épisodes marquants de sa trajectoire exceptionnelle : celle qui a mené ce fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est au bureau du garde des Sceaux.
En résulte un portrait étonnant de liberté, de vivacité, souvent d’humour, où Robert Badinter raconte avec un égal naturel la lutte pour la survie sous l’Occupation, ses premières amours à New York, sa passion de la littérature et de la politique ou son apprentissage de l’art oratoire. D’un bout à l’autre, cet ouvrage poignant est traversé par la question de son rapport à la France et à une République qui aujourd’hui, avec son entrée au Panthéon, l’honore.
Le prêt de ce petit livre m’a donné l’occasion de lire quelque chose sur Robert Badinter fin 2025, l’année où il est entré au Panthéon. Le journaliste Darius Rochebin a réalisé cette série d’entretiens du printemps à la fin de l’année 2023 (Robert Badinter est mort le 9 février 2024, date anniversaire de l’arrestation de son père à Lyon lors d’une rafle en 1943).
Les deux hommes ont évoqué très librement diverses étapes du parcours et de la famille de Badinter, qui parle avec tendresse de sa grand-mère maternelle, Idiss, qui ne savait pas lire et qui était si fière de ce petit-fils ardent dans l’art oratoire ; il parle du scandale, de l’horreur de la rafle de son autre grand-mère, gravement malade, évacuée sur un brancard et morte dans le train qui l’emmenait à Auschwitz. Il ne peut que brièvement parler de son père – l’émotion est toujours aussi forte – qui avait mis tous ses espoirs dans la République française. Cette vie marquée par les persécutions contre les Juifs est aussi traversée d’une joie et d’une énergie indéfectibles dans ses études (à New York, où il avait obtenu une bourse d’études après la guerre, ses camarades l’appelaient « Mister Joie de vivre »), dans son métier d’avocat, dans son engagement politique et son combat pour l’abolition de la peine de mort, dans son amitié avec Miterrand. Les conversations sont aussi irriguées de littérature, notamment des oeuvres de Victor Hugo, de Charles Baudelaire, de Chateaubriand (plutôt admiré par Darius Rochebin que par Robert Badinter, qui préfère nettement Hugo).
Au final, je retiens de cette lecture la fraîcheur, la verdeur d’un homme pas résigné du tout à la vieillesse, son amour de la vie, ses valeurs profondes. Elle a respecté les promesses de son titre : elle fut vivifiante !
Quelques citations sur Babelio.
Darius ROCHEBIN, A la vie Entretiens avec Robert Badinter, Gallimard, 2025
Une participation au challenge Les gravillons de l’hiver de Sybilline La petite liste (le livre compte 104 pages).
