Magazine Culture

Cette Barbie autiste me donne de la joie

Publié le 14 janvier 2026 par Lana

Comme presque tout le monde ces derniers jours, j’ai un avis sur la Barbie autiste.

Depuis quelques années, Mattel a une volonté d’introduire plus de diversité parmi ses poupées et plusieurs Barbie avec des handicaps sont déjà sorties.

Barbie autiste vient d’être commercialisée. Elle a été réalisée avec le soutien de l’ASAN, une association d’adultes autistes aux États-Unis. Elle porte une robe ample et confortable, des chaussures plates, un casque antibruit, a un hand spinner à la main et dispose d’une tablette de communication alternative et augmentée pour l’aider à s’exprimer. Ses cheveux ne sont pas attachés car elle a des problèmes de motricité fine, son regard est un peu décalé et ses bras sont articulés pour qu’elle puisse stimmer. Comme toutes les Barbie, elle est jolie et stylée.

Cette Barbie autiste donne joie

J’ai adoré cette Barbie dès que j’en ai entendu parler et l’ai commandée le jour même.

Venons-en maintenant à la polémique qu’elle suscite: Mattel voudrait gagner de l’argent grâce à un handicap, la Barbie serait caricaturale et donc insultante, elle ne pourrait représenter tous les autistes car le spectre est trop large.

Les réseaux sociaux s’agitent autour de cette question: les uns craignent qu’on réduise l’autisme et sa complexité à quelques accessoires visibles, certains précisent qu’ils ne ressemblent pas à cette Barbie (que ce soit dans ses vêtements ou dans l’utilisation de ses aides techniques), SOS autisme veut même porter plainte contre Mattel car cette opération marketing serait extrêmement choquante.

Sur la question de l’argent: oui, Mattel veut gagner de l’argent. C’est une entreprise capitaliste qui essaye de toucher le plus de monde possible dans le but de vendre, comme absolument toutes les entreprises dans une société capitaliste. Si on doit rejeter une représentation d’une personne autiste sur ce seul argument, alors il faut le faire aussi quand il y a un personnage autiste dans une série Netflix par exemple (je pense notamment à Heartbreak high et à l’actrice elle-même autiste Chloé Hayden qui y interprète une jeune fille autiste), puisque Netflix est une des entreprises les plus capitalistes qui soit. Nous n’aurons donc aucune représentation dans la culture mainstream avant la chute du capitalisme 🤦‍♀️.

Concernant son côté caricatural : c’est une Barbie. Les Barbie sont effectivement très stéréotypées. Elle n’est pas là pour donner une formation universitaire sur l’autisme mais juste pour montrer que les filles autistes existent, et le faire comprendre à travers quelques traits visibles. Bien sûr que l’autisme est bien plus complexe que cela. Mais je trouve ça déjà très bien de normaliser notre existence auprès des enfants et que celles qui sont concernées par l’autisme puissent se sentir représentées. Il ne faut pas trop exiger d’une poupée. J’adorais les Barbie quand j’étais petite (elles menaient toutes sortes de vies et d’aventures, j’avais même la Barbie cosmonaute) et je suis quand même devenue féministe (extrémiste, selon certains 💪) en jouant avec cet objet capitaliste et sexiste par excellence 🤣. Une poupée n’est qu’une poupée, n’en attendons pas trop et n’en craignons pas trop non plus. Elle ne va ni révolutionner la vie des autistes ni nous enfermer dans une représentation problématique jusqu’à la fin des temps.

Je ne comprends d’ailleurs pas en quoi cette représentation serait problématique. Quand je lis certaines personnes dire Moi, je ne m’habille pas comme ça ou Je n’utilise pas de hand spinner, j’ai juste envie de répondre Et ? Personne n’a jamais dit que cette Barbie représentait tous les autistes. C’est impossible puisque le spectre est très large et varié. C’est une critique qui revient souvent quand une minorité est représentée. Que ce soit dans la fiction, dans un témoignage ou ici un jouet, on voit immanquablement poindre des reproches parce que tel sujet n’est pas évoqué, tel aspect n’est pas montré. Mais on ne peut pas demander cela à une seule représentation. Aucun groupe humain ne peut se retrouver à travers une unique représentation, et heureusement ! C’est pour cela que nous avons besoin de multiples représentations et cette Barbie en est une parmi d’autres. Le danger de refuser toute représentation qui ne serait pas parfaite, c’est de n’en avoir plus aucune.

Je suis beaucoup plus gênée par les personnes qui disent Je suis autiste et je ne porte pas de casque, je n’utilise pas de tablette de CAA, c’est stigmatisant d’être associé à une Barbie qui a besoin de ces aides techniques. Alors, ce qui me semble stigmatisant, c’est de refuser d’être associé à des personnes dont l’autisme est visible quand on a soi-même un bon passing. Ce que je trouve très problématique, ce n’est pas la Barbie, mais le fait de faire des hiérarchies entre nous.

Concernant les associations de parents, je dirais juste que leur avis ne m’intéresse pas tellement s’ils sont choqués car pour une fois on a une autre représentation qu’un petit garçon habillé en bleu qu’il faudrait prendre en pitié 🧩.

Une des choses qui me choque beaucoup dans cette histoire, c’est l’attitude des médias. Quasiment aucun journal n’a été capable de simplement reprendre le communiqué de Mattel qui parle d’une Barbie autiste (dans les nombreux articles que j’ai vu passer, seuls Le Soir et Moustique l’ont fait). Non, il a fallu qu’il parle d’une Barbie atteinte d’autisme.

En conclusion, je dirais que la stigmatisation, la pathologisation et le rejet, c’est principalement dans les différentes réactions à l’existence de cette poupée que je les vois.

Barbie autiste est juste une Barbie autiste, avec ses particularités à elle, qui veut vivre tranquillement à Barbie World.

Il y a quelques mois, j’ai écouté Iris Brey à une conférence au sujet du film Barbie: est-ce un film parfait ? Non. Représente-t-il toutes les femmes ? Non. La réalisatrice Greta Gerwig a-t-elle dû modérer ses propos pour garder ses financements ? Oui. Mais il apporte de la joie, et dans un paysage cinématographique très patriarcal, c’est déjà beaucoup.

La joie, c’est nécessaire pour tenir dans un monde qui nous est hostile. Avoir une représentation positive, toute imparfaite et incomplète soit-elle, dans un monde neurotypique où nous sommes invisibilisées, c’est nécessaire et ça fait du bien. Voilà ce qu’est pour moi cette Barbie, et la raison pour laquelle je l’ai achetée: une représentation joyeuse 🥰 ♾.

Cette Barbie autiste donne joie

Retour à La Une de Logo Paperblog