Quatrième de couverture :
Elle appelle au milieu de la nuit, et demande à chaque fois : « Play Misty for me ». Oui, comme dans le film de Clint Eastwood. Qui est cette femme qui hante bientôt les pensées de Bob Richard, animateur de radio à la station WZCZ de Solitary Mountain? Dès le jour où cet albinos à l’humour amer accepte de quitter le Québec et de s’exiler dans le Vermont pour y animer une émission de nuit, une menace plane autour de lui, puis les cadavres se succèdent. Tout ça parce qu’une désaxée s’identifie à une héroïne de cinéma ?
Ce roman traîne dans ma PAL depuis 2017, quand je l’ai acheté lors du festival Quais du polar à Lyon. Et je suis bien en retard pour la LC proposée par Alexandra autour de l’autrice Andrée Michaud, dont je n’avais lu (et fort apprécié) que Bondrée jusqu’à présent. Je suis moins enthousiaste pour ce titre mais je reconnais le travail !
Bob Richard, un homme sans attaches (on comprendra au fil des pages le drame qui a marqué sa jeunesse), dont le seul ami est le chien de ses voisins, est aussi marqué par son physique d’albinos qui l’éloigne un peu d’une sociabilité « normale ». Il quitte le Québec pour le Vermont et une petite ville typique de l’Amérique profonde, Solitary Mountain, où il remplace au pied levé un animateur radio de nuit démissionnaire. La ville, où tout le monde se connaît ou est au courant de tout, est peuplée de personnages typiques, le patron de la radio, assez obtus, le shérif Cassidy, un homme très fatigué, des femmes lassées des hommes (mais en réalité toutes plus cinglées les unes que les autres) et tout le monde ou presque se retrouve au Dinah’s, pour consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre un café au goût de lavasse et des burgers réconfortants. C’est là que Bob se fera un ami sûr, Charlie « the Wild » Parker (tandis que sa propriétaire très âgée s’appelle Rita Hayworth). Car oui, dans ce roman noir, les références au jazz et au cinéma américain, surtout des thrillers ou des films d’horreur, sont très nombreuses. A commencer par ces coups de fil nocturnes à la radio où une femme à la voix rauque demande « Play Misty for me » comme dans le film de Clint Eastwood (en français Un frisson dans la nuit) et le harcèle petit à petit, créant peu à peu l’angoisse pour Bob Richard. La police ne croit pas au danger et la situation se dégrade encore quand les accidents et morts suspects commencent à se multiplier et que tout semble désigner Bob comme coupable… Quant à Lazy Bird, le titre de ce roman, c’est un morceau de John Coltrane extrait de l’album Blue Train en 1957 et c’est le surnom que donne Bob à une très jeune fille perdue sur les routes du Vermont, une punkette pour qui il va se prendre d’affection (et réciproquement, comme frère et soeur).
Pourquoi suis-je moins enthousiaste que pour Bondrée ? Parce que le rythme m’a semblé assez lent. Certes il faut du temps pour installer l’ambiance poisseuse instillée par « Misty » mais le lecteur traîne un peu dans les pensées douces-amères de Bob Richard, le narrateur principal. De temps en temps, des passages à la troisième personne mettent le projecteur sur l’un ou l’autre personnage de Solitary Mountain, dévoilant leurs faces cachées pas très glorieuses. Je suis naïve, je n’avais pas deviné qui est réellement Misty, et toute l’histoire peut paraître un poil tirée par les cheveux, mais elle nous aura permis de fréquenter des personnages peu sympathiques en général mais savoureux et de goûter une nostalgie lancinante, ce qui n’est pas rien.
« J’ignore ce que j’aurais fait si j’avais été coloré. Je ne me suis jamais réellement posé la question. Quand on a les mots « accident de la nature » tatoué sur le visage, on apprend rapidement que la différence possède un pouvoir répulsif plus puissant que la bêtise. Quant à Reynolds, il était clair qu’il n’appréciait pas le blanc outre mesure, mais il a finalement consenti à me serrer la main. Il a ensuite failli proférer quelque lieu commun à propos de ma transparence, c’est ce qu’ils font tous, pour dissimuler leur ignorance et se donner l’air encore plus con, mais Reynolds ne devait pas être si crétin que ça, car il s’est abstenu. Un bon point pour lui, qu’il a reperdu un peu plus tard quand il m’a demandé si c’était de naissance. »
« C’est aussi à ça que servent les types qui parlent dans la nuit, à préserver la tranquillité de ceux qui dorment du sommeil du juste. Pendant que les innocents roupillent, ils aident ceux qui ne peuvent fermer l’œil à franchir le silence parfois glacial précédant l’aube. »
Andrée A. MICHAUD, Lazy Bird, Seuil, 2010 (Editions Québec-Amérique, 2009)
Une participation au challenge Un hiver Polar d’Alexandra Je lis je blogue
Et comme l’action se passe dans le Vermont, ce roman peut participer au Challenge American Year 3 de Belette.
