
La suspension consentie de l’incrédulité…
… c’est dés l’entrée au ciné quand Tom Cruise trouve dans un hangar désaffecté un F 16 antédéluvien bi place avec les clés sous le pare soleil et le plein de kéro. Final Cut et happy end pour Top Gun
… c’est aussi dans la vraie vie ce bourgeon timide sortant la tête croyant au redoux d’un printemps en avance et ce coup de pute du gel qui brise son élan
… c’est aussi cette jeunesse Iranienne sortie de la tranchée sous l’égide et les encouragements du cow boy hachée par la mitraille en attendant la cavalerie
Fin de la suspension consentie de l’incrédulité, la vie c’est pas du cinéma
La suspension consentie de l’incrédulité……c’est aussi consentir à regarder un vieux Chabrol de 69 sous la double condition que tu ne puisses t’enfuir de la pièce fermée de l’intérieur et que la politesse envers ta partenaire de canapé l’exige. Plus exactement un Chabrol spécialiste du profond ennui de la bourgeoisie parisienne dans la décennie épuisée Pompidolienne d’un 69 — assez éloignée d’une année érotique mais très actuelle finalement — de notre Hitchcock français avec un suspense encore plus subtil et des métaphores psychologiques qui défoncent Freud, Nietzsche et Irvin Yalom *.On est content d’être fauché au regard de cette propriété cossue et sinistre en Yvelines. Faux candélabres et doubles rideaux sur porte-fenêtres à petits carreaux, meubles massifs Henri II, papiers peints hideux qui coûteront des années d’analyse au fils unique de la famille et des envies d’adultère à la maîtresse de maison et de Maurice Ronet. Oui, c’est Momo- les-belles-chasses * qui s’y colle pour jouer l’amant contrastant avec le visage veule de Michel Bouquet, ses falzars en Tergal, ses chandails serpillières et ses érections de notaire le vendredi soir.Dans la salle de bain de la suite parentale Stephane Audran n’est pas pressée de se pieuter prés de ce géniteur en pyjama plongé dans Le Figaro. Elle se fait les ongles des pieds puisqu’il lui semble inutile de se laver la moule pour un gonze qui ignore ce qu’est la chasse au clito dans le buisson ardent— Tu vas à Paris demain?— Oui, chez Carita et faire un peu de shopping chez FauchonLe lendemain soir elle reviendra épuisée de sa dure journée que son mari a passé au bureau à partager des considérations de mufles avec son associé qui baise la secrétaire/boniche extravertie. (* Irvin D. Yalom Nietzsche a pleuré * — t’as de beaux yeux tu sais, Maurice!)Bref, les deux époux s’emmerdent chacun de leur côté avec l’homme qui gagne du fric et sa femme qui le dépense. Voilà pour les clichés sur la bourgeoisie pas encore de gauche, ses amours ancillaires et ses adultères de diversion.Question déco c’est pas mieux à Neuilly chez l’amant Paul/Maurice Ronet écrivain fortuné et divorcé qui doit représenter pour Chabrol le dernier degré de la dissidence et de l’oisiveté. Voyant que l’ambiance n’était pas à l’affaire Markovic avec Ronet en Delon de pacotille et sans Madame Pompidou dans un boîte à partouze avec trois mecs sur elle et deux qui attendent leur tour, j’allais quitter la pièce quand la femme de ma vie de canapé annonça du rab de sorbet citron méringué. Version courte: chuis restéEt là c’est le grand Chabrol des mœurs bourgeoises du Paris intra muros entre alcôves des baise-en-ville et les Maigret du quai des orfèvres. Une fois la mise à jour effectuée d’un Franck Prouvost à la place de Carita, d'un Aldi délogeant Fauchon et de Roche et Bobois en place du buffet Henri II, on ne change rien pour Stéphane Audran, son élégance est intemporelle, on peut jouer à je sais que tu ne sais pas que je sais grâce à des regards en forme de dialogues. Le mari se présente au domicile de l’amant qui ne sait pas que sa maîtresse ne sait pas que son mari sait mais qui croit que son mari sait tout de ce libertinage convenu entre la femme du mari et son amant qui désormais sait par le mari que cette épouse Bovaryste n’est que la Messaline d’un gigolo de banlieue. Bouquet boit du petit lait en sirotant son whisky jubilant du pouvoir de celui qui sait sur celui qui croit savoir mais ignore tout. Bouquet engrange des points Karma en réduisant ce concurrent en simple passade. Cependant, en poussant la désinvolture hors les frontières de son ego, lorsqu’il voit le lit défait, le manipulateur se trouve manipulé par son propre narcissisme et devient un tueur impulsif. Nous spectateurs, tous dans le rôle du cocu à un moment ou un autre enfin celui qui n’est pas marié à un laideron imbaisable, on sent le stupre et la fornication dans ce plumard défait parce que, juste avant, on a vu la magnifique plastique de Stéphane qui n’a de masculin que le prénom et nous savons que l’image de ta régulière écartelée par un autre peut être dévastatrice. Ainsi l’homme ordinaire confronté à une situation extraordinaire se révèle efficace dans le rôlede nettoyeur, la chance comblant les vides de la non—préméditation. Et plouf, l’amant n’existe plus sauf roulé dans un tapis sous la fange d’un étang des Yvelines. Le jeu du je sais que tu ne sais pas que je sais change de protagonistes avec le quai des Orfèvres qui apporte les pièces manquantes du puzzle. Le mari sait que l’épouse irritable, la maman affectée et la Messaline délaissée ne font qu’une. Alors, cette scène de l’enfant, qui sent le renard dans ce couple uni soudain dysfonctionnel, évoque subliminalement l’amant dans cette pièce manquante de son puzzle forcément escamoté par le père. La Mère comprend que son amant ne l’a pas abandonnée. C’est bon pour le cœur siège de l’ego quand celui du mâle est plutôt localisé sous la ceinture mais pas bon pour ce nouveau statut d’épouse d’un criminel. On s’arrangera de tout cela sur le dos de la passion et de son crime valeur cardinale des familles unies du coté de Versailles dans les Yvelines maispasque. La fin est laissée à la libre interprétation du spectateur car la présence des deux flicards un dimanche de jardinage familial à l’entrée de la proprièté laisse le choix libre dans le no man’s land du mensonge et de la morale