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Le Claypool Lennon Delirium : le Delirium rallume l’alarme avec “WAP” : nouveau single et concerts !!

Publié le 20 janvier 2026 par John Lenmac @yellowsubnet

Ils ne reviennent pas en ouvrant doucement la porte : ils la claquent, rient dans le couloir et te laissent un goût de psychédélisme sur la langue. The Claypool Lennon Delirium sort de son hibernation avec un single au titre volontairement piégé, “WAP (What A Predicament)”, et l’idée derrière le clin d’œil est plus acide qu’il n’y paraît : morale, IA, optimisation sans empathie, époque qui patine et machines qui accélèrent. Surtout, ce retour sert de détonateur à Claypool Gold, une tournée 2026 pensée comme un mini-festival ambulant où Primus, Les Claypool’s Fearless Flying Frog Brigade et le Delirium se croisent, se contaminent, et promettent des setlists mouvantes plutôt qu’un show sous cloche. Au centre, Les Claypool, metteur en scène du groove bizarre, et Sean Ono Lennon, héritier qui a choisi le détour : pas la nostalgie, mais l’atelier, la texture, l’étrangeté qui respire. Le tout annonce déjà plus grand qu’un simple single : un opéra techno-psyché-rock en gestation, un disque-concept qui veut parler du présent sans renoncer au délire. Dates, enjeux, et pourquoi ce chaos pourrait être exactement ce qu’il nous fallait : on fait le point.


Il y a des groupes qui reviennent comme on rentre chez soi, doucement, avec un trousseau de clés et des habitudes rassurantes. Et puis il y a ceux qui reviennent comme une porte qui claque dans un couloir d’hôtel à trois heures du matin, avec un rire que personne n’a demandé, une odeur de vin rouge, et une idée vaguement dangereuse au fond des yeux. The Claypool Lennon Delirium appartient à la seconde catégorie. On les croyait en hibernation, dissous dans les projets parallèles, dans les agendas qui s’enchevêtrent, dans le temps long qui avale les “supergroupes” comme des bonbons. Et pourtant, les voilà : un nouveau single, une tournée 2026 tentaculaire, et, comme si cela ne suffisait pas, une promesse de disque à la hauteur de leur nom, c’est-à-dire à la hauteur d’un vertige.

Le single s’appelle “WAP (What A Predicament)”. Rien que le titre ressemble à un piège à clics et à une blague privée en même temps. “WAP”, acronyme trop chargé de connotations pour qu’on fasse semblant de l’ignorer, puis la parenthèse qui recadre : “What A Predicament”, quel sacré pétrin. Il y a là, d’emblée, un de ces tours de magie très Claypool-Lennon : attirer l’attention avec un clin d’œil potache, puis t’embarquer ailleurs, vers quelque chose de plus tordu, de plus moral, de plus contemporain. Le morceau est présenté comme une méditation déformée sur la morale, la sécurité de l’intelligence artificielle, et cette pente glissante qui consiste à optimiser sans empathie. Autrement dit : un morceau qui regarde notre époque et qui lui tire la langue, mais en gardant un scalpel dans la main.

Ce retour ne se contente pas d’un single. Il s’accompagne d’une annonce de tournée à la mesure du personnage principal de cette histoire : Les Claypool. Le bassiste-chanteur-cérémoniaire, éternel trublion de Californie, a décidé de réunir sous une même bannière trois de ses univers : Primus, Les Claypool’s Fearless Flying Frog Brigade et The Claypool Lennon Delirium. Nom de code : Claypool Gold. On pourrait croire à un slogan, à une étiquette pour vendre des packages VIP, à un simple placage marketing. En réalité, c’est plus étrange et plus ambitieux : l’idée affichée est celle d’un show fluide, changeant, où les projets se mélangent, où les setlists mutent, où les musiciens partagent la scène “tous en même temps”, comme si Claypool montait un petit laboratoire itinérant, un mini-festival internalisé, un cirque de poche qui se déploie à l’échelle des États-Unis.

Le retour de The Claypool Lennon Delirium a donc deux jambes : la musique nouvelle et la scène. Et c’est logique, parce que ce duo est né de ça : de la collision de deux mondes qui ne se ressemblent pas, et qui pourtant s’attiraient depuis longtemps, comme deux aimants mal polis. D’un côté, Claypool, figure d’un rock américain qui a appris à être virtuose sans devenir pompeux, à être technique sans devenir ennuyeux, à être bizarre sans être incompréhensible. De l’autre, Sean Ono Lennon, fils de John Lennon et Yoko Ono, musicien qui porte un nom trop lourd pour être confortable, et qui a choisi une voie plutôt rare : celle de l’artisanat, de la curiosité, du détour. Pas l’imitation, pas la nostalgie, mais l’héritage comme carburant pour aller ailleurs.

Ce qui se joue en 2026, c’est donc plus qu’un “retour”. C’est une relance d’univers. Une relance d’esthétique. Une relance d’idée : et si le rock psychédélique, le prog, le freak, pouvaient encore être des outils pour parler du présent, sans se transformer en musée ? Et si le délire, le vrai, celui qui prend des risques, était précisément ce dont on a besoin à une époque obsédée par l’optimisation, l’algorithme, la fonctionnalité ?

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Les Claypool : l’art de faire de la virtuosité un sport de combat comique

Pour comprendre pourquoi l’annonce Claypool Gold a quelque chose d’événementiel, il faut accepter une évidence : Les Claypool n’est pas seulement un musicien, c’est un metteur en scène. Sa basse est un personnage. Sa voix est un narrateur. Ses projets sont des épisodes d’une même série, avec des acteurs récurrents, des clins d’œil internes, des codes, une mythologie. On a parfois résumé Primus à une bizarrerie des années 90, un groupe de “funk metal” trop étrange pour le mainstream et trop populaire pour l’underground. C’est passer à côté de l’essentiel : Primus est une matrice. C’est la preuve qu’on peut être techniquement redoutable et, en même temps, profondément grotesque, au sens noble du terme : un art du décalage, du personnage, du conte.

Claypool joue comme quelqu’un qui refuse de choisir entre le cirque et la cathédrale. Entre le slap et le mantra. Entre la blague et l’étrangeté. Sa basse est souvent percussive, bondissante, elle saute comme un animal nerveux, puis elle s’enfonce dans des zones plus lourdes, plus lentes, comme si elle traînait un monde sous-marin derrière elle. Ce qui le distingue, ce n’est pas seulement le son, c’est l’intention : Claypool veut qu’on sente la matière, qu’on entende le bois, les doigts, la friction. Il a toujours eu un rapport très physique à la musique, presque théâtral. Et cette théâtralité n’est pas un masque : c’est une méthode pour rendre l’expérimentation accessible, pour rendre le bizarre habitable.

C’est aussi pour ça que Claypool a toujours adoré les side-projects. Ils lui permettent d’échapper aux attentes. De déplacer le centre de gravité. Avec Les Claypool’s Fearless Flying Frog Brigade, il a exploré l’idée du groupe comme communauté mouvante, comme troupe de théâtre musical. Là, le répertoire s’autorise des détours, des reprises, des longues séquences, un goût du jam, parfois un amour assumé pour les monuments prog. La Frog Brigade a, par exemple, cultivé une relation avec des œuvres “totems”, des morceaux-labyrinthes qu’on habite plutôt qu’on ne joue. C’est une formation qui dit quelque chose de Claypool : il aime les structures, mais il aime aussi les fissurer.

Et puis il y a The Claypool Lennon Delirium, qui, à sa manière, est le projet le plus “pur” dans son étrangeté : un duo d’auteurs qui s’assume comme tel, avec un goût pour les harmonies, les textures, les couleurs, les refrains qui apparaissent comme des mirages dans un désert d’arrangements. Claypool n’a jamais caché qu’il cherchait, au moment de la naissance du Delirium, une manière de continuer à créer quand certaines planètes ne s’alignaient pas. Il ne s’agit pas ici de raconter une légende de coulisses, mais de rappeler une dynamique : Claypool est un musicien qui n’aime pas l’immobilité. Il bouge, il invente, il remue. Et quand il rencontre quelqu’un qui peut suivre, il s’accroche.

Ce qui rend l’idée Claypool Gold excitante, c’est justement cette tension : trois univers, trois façons de jouer, trois publics qui se recoupent sans se confondre. Et l’annonce suggère un format hybride, un show “fluide” où les groupes ne seraient pas seulement l’un après l’autre, mais comme imbriqués. Comme si Claypool décidait de faire de son propre catalogue un organisme vivant, avec des organes qui communiquent.

Dans un monde de tournées calibrées, de shows chronométrés, l’idée d’un concert qui assume l’improvisation, les “surprises”, l’instabilité, a quelque chose de presque subversif. Claypool, au fond, a toujours été ce type de rockeur : pas celui qui cherche à dominer, mais celui qui cherche à déséquilibrer.

Sean Ono Lennon : l’héritier qui s’est inventé une issue de secours

Parler de Sean Ono Lennon sur un site qui s’adresse en partie aux amoureux des Beatles, c’est marcher sur une ligne de crête. Parce qu’il y a deux pièges symétriques. Le premier consiste à réduire Sean à son état civil : “le fils de”. Le second consiste à surcorriger en prétendant que cela n’a aucune importance. Les deux sont faux. Le nom Lennon, qu’on le veuille ou non, est un aimant. Il attire les projections. Il attire les attentes. Il attire aussi les procès en illégitimité, comme si l’héritage était un crime, ou une dette infinie.

Sean Ono Lennon a grandi dans une histoire déjà écrite par d’autres, dans une légende où l’intime est public, où la famille est un mythe, où chaque geste est potentiellement interprété. Dans ce contexte, la manière la plus saine de faire de la musique n’est pas de courir après une “grande œuvre” qui prouverait quelque chose. C’est de travailler. D’essayer. De collaborer. De s’autoriser le jeu. Sean, depuis longtemps, navigue dans des zones où l’identité se construit par accumulation plutôt que par proclamation. Il a exploré des textures pop, des atmosphères psyché, des formes plus expérimentales. Il a une manière très particulière de chanter, souvent douce, parfois distante, comme s’il laissait volontairement un espace entre lui et la performance.

Ce qui est frappant chez lui, c’est qu’il ne cherche pas à “sonner” comme son père, mais il ne fuit pas non plus les affinités. Il y a chez Sean une sensibilité mélodique, un goût pour certaines progressions harmoniques, une manière d’aimer la chanson comme forme malléable, qui peut rappeler la tradition Lennon sans jamais la singer. Il y a aussi, et c’est essentiel, une liberté dans le rapport au studio, aux arrangements, aux textures, qui le rapproche d’une certaine idée de la musique des années 60 et 70 : une époque où l’on croyait que le son était un terrain d’aventure.

Dans le Delirium, Sean est plus qu’un “invité prestigieux”. Il est un moteur. Il joue, il écrit, il co-produit. Il apporte une couleur, une forme de psychédélisme qui n’est pas seulement décorative, mais structurante. Et Claypool, de son côté, semble fasciné par cette combinaison de génétique et de singularité. Il a même formulé, dans une phrase qui dit beaucoup, l’idée que Sean reflète non seulement les sensibilités de son père mais aussi la perspective abstraite et l’approche unique de sa mère, Yoko Ono. On peut sourire devant la formule, on peut y voir une façon de romantiser l’héritage, mais elle a le mérite de dire quelque chose de vrai : Sean n’est pas un clone. Il est un carrefour.

Il y a un détail, dans les récits de naissance du Delirium, qui amuse et qui éclaire : Sean aurait lancé à Claypool qu’il était le neveu de Neil Diamond, comme une blague absurde, et Claypool aurait répondu à cette absurdité avec enthousiasme. Ce genre d’échange n’est pas anecdotique. Il dit l’esprit dans lequel le projet s’est formé : une complicité de freaks, un humour de coulisses, une capacité à se moquer des étiquettes, précisément parce qu’on les connaît.

Pour un public “Beatles”, cela compte : voir un Lennon (au sens biologique) s’engager dans un projet qui assume le prog, la saturation, l’étrangeté, l’ironie, c’est une manière de rappeler que l’héritage psychédélique des Beatles n’est pas seulement une époque dorée, mais une méthode. Une manière de penser la musique comme terrain d’exploration. Sean ne rejoue pas Sgt. Pepper. Il prolonge l’idée qu’on peut tordre les formes.

The Claypool Lennon Delirium : quand deux manières de rêver se télescopent

The Claypool Lennon Delirium, dès son nom, annonce le programme : une collision, un délire, une alchimie qui ne cherche pas la sobriété. Il ne s’agit pas d’un projet “prestige” où deux noms s’additionnent pour vendre des billets. Il s’agit d’une rencontre de tempéraments. Claypool et Lennon partagent un goût pour le psychédélisme, mais pas le même. Claypool est un psychédélique de la matière, du groove bizarre, du riff qui trébuche. Lennon est un psychédélique de la couleur, de l’harmonie, de la dérive. Ensemble, ils produisent une musique qui a souvent l’air de sourire tout en te regardant dans les yeux.

Le Delirium a déjà une histoire. Un premier album, Monolith of Phobos, puis un second, South of Reality, et cette impression qu’ils avaient trouvé un territoire : un rock qui assume l’héritage des années 60 et 70, sans tomber dans la reconstitution. Des morceaux qui peuvent être lourds, puis soudain pop, puis soudain dissonants. Des arrangements qui aiment les instruments comme des jouets sérieux. Le Delirium, quand il est bon, donne l’impression d’un studio transformé en laboratoire, mais avec des mélodies qui accrochent.

Ce duo a aussi une dimension très “live”. Les concerts du Delirium n’étaient pas des récitals. C’étaient des expériences de groupe, avec des musiciens supplémentaires, des passages instrumentaux, des moments de tension. Et c’est là que l’idée de 2026 devient excitante : la tournée Claypool Gold semble vouloir amplifier cette dimension, la rendre plus instable encore, en mélangeant les univers.

Il faut imaginer ce que cela signifie pour les morceaux. Un morceau de Primus peut être désossé, réhabillé par une section plus psyché. Un thème de Frog Brigade peut se greffer à une chanson du Delirium. Une ligne de basse peut devenir un pont entre deux répertoires. Dans le meilleur des cas, ce format peut générer ces moments rares où le concert devient un événement unique, pas seulement la reproduction d’un album.

Évidemment, il y a aussi un risque : trop de mélange peut produire un show illisible, un patchwork. Mais Claypool n’a jamais eu peur du risque, et ses meilleurs projets existent précisément à cet endroit : là où le public n’est pas tout à fait sûr de ce qui va se passer, mais sait que quelque chose va se passer.

“WAP (What A Predicament)” : un titre-piège, une chanson-alarme, une époque en miroir

Revenons au nouveau single. Parce qu’au fond, tout commence là : par une chanson. Le titre “WAP (What A Predicament)” est un hameçon. Il te fait lever un sourcil, puis il te pousse à cliquer, puis il te fait comprendre que tu t’es mis toi-même dans une situation : tu as voulu savoir. Et “quel sacré pétrin”, oui, parce que la chanson se présente comme une réflexion sur des thèmes rarement traités avec autant de frontalité dans le rock “psyché” contemporain : la morale, l’intelligence artificielle, la question de l’optimisation sans empathie.

Il y a, derrière cela, une idée très 2026 : nous vivons dans un monde où les systèmes automatiques, les algorithmes, les optimisations permanentes, décident d’une partie de nos vies. Ce n’est pas un thème réservé aux ingénieurs. C’est un thème existentiel. Ce qui est intéressant, c’est que Claypool et Lennon choisissent de l’aborder non pas par le prêche, mais par le délire, par l’ironie, par une forme de fable. Ils ne se transforment pas en conférenciers. Ils se transforment en conteurs.

L’annonce autour du morceau laisse entendre qu’il s’agit d’une introduction à quelque chose de plus vaste : un projet décrit comme un opéra techno-psychédélique-rock. Là encore, on pourrait rire et penser “encore un concept album”. Mais il faut se souvenir que le concept album, dans la tradition rock, est souvent un prétexte pour explorer, pour construire un univers. Et dans le cas de Claypool et Lennon, l’univers n’est jamais décoratif : il est un terrain de jeu narratif.

Le thème évoqué autour du projet est celui d’un dilemme bien connu des discussions sur l’IA : l’idée qu’un système extrêmement puissant, programmé pour atteindre un objectif simple, peut détruire tout le reste s’il n’est pas encadré par des valeurs. Une machine chargée de fabriquer des trombones pourrait, par optimisation, transformer le monde entier en trombones. C’est absurde, c’est effrayant, et c’est précisément le genre d’absurdité effrayante qui convient au Delirium.

Il y a quelque chose de profondément rock dans cette manière d’aborder le présent : prendre une angoisse contemporaine, la rendre grotesque, la transformer en satire, puis y injecter des guitares, des grooves, des harmonies. C’est une tradition qui remonte loin. Les Beatles eux-mêmes, à leur manière, ont souvent utilisé l’absurde pour parler du réel. Lennon, John, savait faire ça : écrire des chansons qui semblaient jouer, alors qu’elles visaient quelque chose. Sean, dans un autre contexte, prolonge cette méthode. Claypool, lui, est un maître du conte grotesque. Leur rencontre est donc logique.

Le single, dans cette perspective, est moins un “retour” qu’un signal : le Delirium ne revient pas pour refaire la même chose. Il revient avec un thème, avec une intention, avec une volonté de parler du monde tel qu’il est, mais sans sacrifier l’excès, la couleur, le bizarre.

Claypool Gold : la tournée comme mini-festival, le concert comme matière vivante

La grande nouveauté, en 2026, c’est donc ce format Claypool Gold. Sur le papier, cela ressemble à une affiche trop belle pour être vraie : Primus, Les Claypool’s Fearless Flying Frog Brigade, The Claypool Lennon Delirium. Trois univers, une même soirée. Et surtout une promesse : les formations ne seraient pas seulement juxtaposées, mais mêlées. Chaque soir, un show fluide, avec des setlists qui changent, des surprises, de l’improvisation.

Pour un public français habitué aux concerts assez “carrés”, cette idée mérite qu’on s’y attarde. Il existe, aux États-Unis, une tradition du concert comme expérience variable, héritée des jams, du psychédélisme live, des scènes où l’on accepte que la musique se réécrive sur scène. La Frog Brigade appartient à cette tradition. Primus, malgré son image parfois “metal alternatif”, appartient aussi à cette tradition, parce que le groupe a toujours aimé tordre ses propres morceaux, jouer avec les tempos, étirer certains passages. Le Delirium, lui, a une dimension plus “studio” dans ses textures, mais il a prouvé qu’il pouvait devenir un monstre live.

Le mélange des trois peut produire une soirée unique. Imagine Claypool au centre, comme un chef d’orchestre malicieux, faisant circuler les musiciens, changeant de rôle, passant de la basse au chant, laissant Sean Lennon prendre la batterie sur un morceau, puis revenir à la guitare, puis dialoguer avec Larry LaLonde, puis se perdre dans un passage psyché. Ce n’est pas seulement un fantasme : le Delirium, à ses débuts, était déjà un projet où les instruments circulaient, où les rôles bougeaient.

Ce format a aussi un intérêt narratif : il raconte la carrière de Claypool non pas comme une succession de chapitres, mais comme un ensemble cohérent. “Gold” n’est pas seulement une couleur. C’est une idée de best-of vivant, de répertoire qui se mélange, de discographie qui devient un terrain de jeu.

Et puis il y a la dimension “Lennon”. Voir Sean Ono Lennon au cœur d’une tournée qui se revendique comme un show mutan, c’est voir un héritier des années 60 plongé dans un laboratoire rock américain contemporain. C’est, à sa manière, un pont entre deux cultures : celle des Beatles et celle de l’underground américain, celle de l’expérimentation pop et celle du groove étrange.

De Reno à Napa : carnet de route d’un été 2026 sous acide contrôlé

La tournée Claypool Gold s’étire sur plus de vingt-cinq dates américaines, de la fin mai au début juillet. Ce n’est pas un sprint, c’est une transhumance. Un long ruban de villes, d’amphithéâtres, de salles outdoor, de lieux où le rock peut encore respirer l’air chaud de l’été. Et ce ruban a quelque chose de cinématographique : on imagine les bus, les balances, les répétitions, les improvisations, les soirées où les musiciens se passent des idées comme on se passe des bouteilles.

Le démarrage se fait le 20 mai 2026 à Reno, Nevada, au Reno Events Center. Reno, ville de passage, ville de casinos, ville un peu fantomatique, parfaite pour lancer un délire. Deux jours plus tard, le 22 mai, cap sur Bend, Oregon, au Hayden Homes Amphitheater : un décor plus naturel, une autre lumière, le genre d’endroit où les guitares prennent une couleur différente.

Le 23 mai, Redmond, Washington, à Marymoor Live. Puis le 25 mai, Bonner, Montana, au KettleHouse Amphitheater, dans cette zone où les paysages donnent l’impression que le rock peut encore être une aventure de plein air. Le 26 mai, Salt Lake City, Utah, au Lot at The Complex : autre atmosphère, autre tension, autre public.

Le 28 mai, Kansas City, Missouri, au Starlight Theatre, puis le 30 mai à St. Louis, Missouri, au Factory. Le 31 mai, Rochester Hills, Michigan, à Meadow Brook Amphitheatre : on traverse l’Amérique comme on traverse un disque, piste après piste.

Le 2 juin, Cleveland, Ohio, à Jacobs Pavilion. Le 3 juin, Chicago, Illinois, au Salt Shed : Chicago, ville de musique, ville de scènes, ville où Primus a souvent eu un public solide. Le 5 juin, Pelham, Tennessee, au Caverns Outdoor Amphitheater : là, l’image devient presque trop parfaite, comme si le Delirium devait littéralement jouer près des cavernes.

Le 6 juin, Columbus, Ohio, au KEMBA Live! Outdoor. Le 9 juin, Portland, Maine, à Thompson’s Point, puis le 10 juin, Boston, Massachusetts, au Leader Bank Pavilion. Deux villes de côte Est, deux ambiances différentes, mais la même idée : l’été, le plein air, le son qui se répand.

Le 12 juin, Saratoga Springs, New York, au Saratoga Performing Arts Center, lieu chargé d’histoire, où l’on imagine très bien un passage plus prog, plus étiré. Le 13 juin, Asbury Park, New Jersey, au Stone Pony Summer Stage : Asbury Park, c’est une ville qui porte en elle une mythologie rock américaine, un décor parfait pour une soirée bizarre.

Le 14 juin, arrêt à Columbia, Maryland, dans le cadre du festival All Good Now. Là, le format prend une autre dimension : un show Claypool Gold au milieu d’une affiche plus large, comme si l’organisme vivant se greffait à une autre communauté.

Le 16 juin, Charlotte, Caroline du Nord, au Amp Ballantyne. Le 17 juin, North Charleston, Caroline du Sud, à Firefly Distillery. Puis le 19 juin, St. Augustine, Floride, au St. Augustine Amphitheatre, et le 20 juin, Atlanta, Géorgie, au Synovus Bank Amphitheater at Chastain Park : le Sud, la chaleur, la moiteur, le groove qui colle.

Le 22 juin, Rogers, Arkansas, au Walmart Arkansas Music Pavilion. Le 23 juin, Austin, Texas, à ACL Live at the Moody Theater : Austin, capitale de la musique live, où un projet comme Claypool Gold peut se sentir chez lui. Le 25 juin, Irving, Texas, au Pavilion at Toyota Music Factory : un autre Texas, plus urbain, plus “arena”, autre public.

Le 27 juin, Dillon, Colorado, au Dillon Amphitheater, puis, particularité notable, un second soir à Dillon le 28 juin : deux dates au même endroit, comme si la montagne réclamait une double dose. Le 30 juin, Phoenix, Arizona, à l’Arizona Financial Theatre. Le 1er juillet, San Diego, Californie, à Gallagher Square. Le 3 juillet, Long Beach, Californie, au Long Beach Amphitheater. Et le 4 juillet, conclusion à Napa, Californie, au Meritage Resort & Spa : une fin “hometown-style”, presque symbolique, comme si Claypool bouclait la boucle dans une Californie qui lui ressemble, entre vin, chaleur et ironie.

Ce parcours raconte aussi une chose : Claypool ne fait pas une tournée “promotionnelle” comme un simple passage obligé. Il construit une traversée. Il construit une histoire. Et il le fait avec un format qui, s’il tient ses promesses, peut transformer chaque date en événement singulier.

Préventes, billets, VIP : les rites modernes d’une aventure rock

Le rock, aujourd’hui, ne se vit plus seulement dans la sueur et les amplis. Il se vit aussi dans les fenêtres de prévente, dans les codes, dans la panique douce des fans qui savent qu’un concert peut se remplir en quelques minutes. L’annonce Claypool Gold n’échappe pas à cette réalité. Une prévente artiste est annoncée à partir du mercredi 21 janvier, à 10h heure locale, avec un mot de passe communiqué : GOLD. Les ventes générales sont annoncées pour le vendredi 23 janvier à 10h heure locale. Des options VIP sont également proposées sur certaines dates, dans la logique actuelle des tournées américaines : expériences, packages, accès anticipés, objets, souvenirs.

On peut déplorer cette industrialisation, on peut la trouver pénible, mais il faut aussi être lucide : ce sont les conditions contemporaines de la musique live, surtout quand il s’agit de projets de cette envergure. La meilleure manière de l’aborder est simple : savoir ce qu’on veut. Si l’on veut vivre Claypool Gold comme un concert unique, la priorité est d’être prêt au moment des préventes. Si l’on veut une expérience plus immersive, les options VIP existent, mais elles ne doivent pas faire oublier l’essentiel : ce qui compte, c’est la scène, le son, le moment où la basse de Claypool et la guitare de Lennon se croisent.

Et puis il y a un autre facteur, plus excitant : la promesse de setlists changeantes, de surprises. Cela signifie qu’un même fan pourrait, en théorie, faire deux dates et vivre deux soirées différentes. C’est le rêve du public jam, mais aussi un rappel de ce que le rock peut être : quelque chose qui se transforme.

Pourquoi les fans des Beatles devraient y prêter attention, même s’ils jurent fidélité à Abbey Road

Sur Yellow-Sub.net, la question est inévitable : pourquoi parler de The Claypool Lennon Delirium avec autant de place ? Parce que Sean Ono Lennon n’est pas un détail. Il est un lien. Il est un point de friction. Et surtout il est, dans ce projet, un musicien actif, un co-auteur, un co-architecte.

Les Beatles, on le répète parfois trop, ont changé la manière dont la pop pouvait penser le studio, l’arrangement, la narration. Ils ont aussi participé à populariser l’idée que le rock pouvait être psychédélique sans être marginal, expérimental sans être incompréhensible. Le Delirium, à sa manière, rejoue cette tension. Il ne fait pas de la pop au sens strict, mais il cherche des mélodies dans l’étrangeté. Il cherche des refrains dans le labyrinthe. Il cherche, comme les Beatles à leur époque, à faire coexister la chanson et l’aventure sonore.

Il y a même, dans les récits de Claypool, une phrase qui devrait faire sourire n’importe quel amateur de Beatles : Claypool explique que Sean, derrière l’étiquette “fils de”, est un guitariste redoutable, et il décrit son jeu de batterie comme un mélange de Ringo Starr et de Nick Mason. Qu’on prenne cela comme une formule ou comme une vérité, cela dit une chose : l’ombre de Ringo traverse cette histoire, mais elle traverse un autre monde, un monde de prog et de délires.

Pour les fans des Beatles, le Delirium est aussi une occasion de voir comment l’héritage Lennon peut s’exprimer dans un contexte inattendu. Sean n’est pas là pour rejouer “Help!” ou “Strawberry Fields Forever”. Il est là pour co-écrire des fables sur l’IA, pour se perdre dans des textures psychédéliques, pour faire vivre une tradition d’expérimentation. C’est une autre manière de prolonger l’esprit Beatles : non pas répéter, mais oser.

Et il y a, enfin, un plaisir très simple : celui d’entendre un Lennon (au sens très concret du terme) dans un univers où l’on croise des grooves tordus, des riffs à tiroirs, des ambiances qui rappellent parfois les grands disques psychédéliques de la fin des années 60, mais filtrés par une ironie américaine, par une culture du bizarre, par une virtuosité décomplexée.

Vers un opéra techno-psychédélique-rock : ce que 2026 pourrait changer

Le plus intrigant, dans ce retour, n’est peut-être pas la tournée, ni même le single pris isolément. C’est la promesse d’un projet plus vaste, d’une œuvre qui assume le concept, la narration, la durée. Dans un monde où l’attention est fragmentée, où la musique est souvent consommée par morceaux, annoncer un double album conceptuel, une sorte d’opéra psychédélique, a quelque chose de presque provocateur.

Ce n’est pas une nostalgie. C’est une déclaration : nous allons prendre de la place. Nous allons construire un univers. Nous allons faire un disque qui demande du temps. Et ce temps, paradoxalement, est peut-être précisément ce qui manque à l’époque des algorithmes. Si “WAP (What A Predicament)” est bien l’introduction annoncée, alors le Delirium revient avec une idée claire : parler du monde contemporain avec les armes du rock psychédélique, du prog, de la satire.

La tournée Claypool Gold est alors plus qu’un support promo. Elle devient un laboratoire. Un endroit où les morceaux peuvent évoluer avant même que le disque n’arrive. Un endroit où les thèmes peuvent se tester, où les arrangements peuvent se transformer, où la musique peut respirer autrement que dans un flux numérique.

Le rock, dit-on souvent, n’a plus de place dans la culture dominante. C’est vrai, et c’est faux. Il n’a plus la place hégémonique qu’il a eue. Mais il a encore une place très particulière : celle des communautés, celle des concerts, celle des expériences. Claypool et Lennon, en 2026, semblent miser sur ça : sur l’expérience. Sur l’étrangeté vécue en direct. Sur la sensation que quelque chose d’inattendu peut encore se produire dans une salle.

On ne sait pas encore à quoi ressemblera la suite exacte du Delirium. On ne sait pas si l’opéra techno-psychédélique sera un monument ou un délire de plus. Mais il y a, dans ce retour, une énergie précieuse : l’idée que la musique peut encore être un terrain d’aventure, un endroit où l’on rit, où l’on doute, où l’on se perd, et où l’on revient, un peu différent.

C’est peut-être ça, au fond, le vrai “predicament” : vivre dans un monde qui optimise tout, et essayer quand même de garder une place pour le bizarre, pour l’empathie, pour l’imprévu. Et si une basse élastique, une guitare psyché, et un Lennon qui refuse la cage, peuvent aider à ça, alors oui : le délire est bienvenu.


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