Quatrième de couverture :
Personne n’aime être dérangé un samedi par un visiteur impromptu. Surtout pas le commissaire Guido Brunetti, et encore moins pour une sombre affaire de permis de construire concernant son propre appartement… Simple formalité ? Pas si sûr. De fil en aiguille, le commissaire découvre l’existence d’un vaste réseau de corruption. Derrière la façade fastueuse de la Cité des Doges, le monde interlope des dealers, des usuriers et des ripoux dicte sa loi.
Guido Brunetti est en pleine lecture de l’Anabase (Xénophon) quand le signor Rossi, employé du Cadastre à Venise, vient confirmer un courrier officiel : il est bien possible que l’appartement du commissaire n’existe pas, que l’on n’ait jamais demandé de permis de bâtir ni établi de plans… et que si ces documents ne sont pas fournis, il y a risque d’amende très élevée et même de démolition du lieu ! Guido refuse que Paola demande l’intervention de son très influent père et espère se tirer d’affaire non par la voie officielle mais par la bande, en demandant de l’aide, des idées à des amis ou connaissances. De toute façon, l’administration semble s’être rendormie jusqu’au jour où le commissaire apprend la mort « accidentelle » de Franco Rossi, tombé d’un échafaudage lors d’un contrôle. Or, lors de la visite de l’appartement, l’employé a manifestement fait preuve d’un vertige incontrôlable… Entretemps, Brunetti a compati aux malheurs du vice-questeur Patta dont le fils a été arrêté en possession de drogue et est soupçonné non seulement de consommation mais aussi de vente. Une affaire, on le verra, que Patta est bien décidé à sous-estimer et à glisser sous le tapis. Mais Brunetti est appelé à enquêter sur la mort par overdose d’un jeune étudiant architecte, et pourtant le trafic de drogue n’est pas très développé à Venise. Son enquête va amener le commissaire à s’intéresser aux usuriers dont l’immonde commerce semble, lui, très florissant et au fonctionnement de la direction du Cadastre, évidemment « soumise » aux pots-de-vin, à la corruption.
On dirait que Donna Leon dresse, au fil des romans, la liste des magouilles, des dysfonctionnements des divers services administratifs de Venise (mais pas seulement – on devine que le système ronge une bonne partie de l’Italie) et elle lance ainsi des petites remarques piquantes sur les Vénitiens en général (on comprend qu’elle a choisi d’écrire non en italien mais dans sa langue maternelle, pour préserver ses amitiés vénitiennes) tandis que son cher commissaire Brunetti, tout en sachant jouer habilement du système, reste intègre et travaille avec sérieux (et avec l’aide de la signorina Elettra) à tenter de résoudre voire réparer si cela est possible les injustices insupportables de ce système pourri. Je ne m’en lasse toujours pas, pas plus que de la cuisine alléchante de Paola.
« A aucun moment il ne leur vint à l’esprit, pas plus à lui qu’à Paola, de s’attaquer au problème de manière légale, en recherchant les noms des services concernés, en suivant les étapes juridiques qu’il convenait de suivre. Il ne leur traversa pas non plus l’esprit, d’ailleurs, qu’il pouvait exister une procédure administrative clairement définie, susceptible de leur permettre de résoudre le problème. Même si elle existait, même si on pouvait l’exhumer, les Vénitiens préféraient l’ignorer, sachant que la seule manière de régler ce genre de question passait par les conoscienze, les relations, les amis, les contacts et les dettes morales contractées au cours d’une vie passée à ferrailler avec un système considéré par à peu près tout le monde, y compris ceux qui y étaient employés – surtout par ceux-là, peut-être -, comme étant d’une inefficacité confinant à la paralysie, porté sur les abus d’autorité découlant de siècles de prévarication,
et imprégné d’un goût byzantin pour le secret et la léthargie. »
« L’immeuble dégageait, au moins pour un Vénitien natif (c’est-à-dire quelqu’un né avec la passion des transactions immobilières), un sentiment d’abandon qui l’aurait frappé sans même qu’il y prête véritablement attention. »
« Parfois, Brunetti voyait l’Italie comme un pays où tout le monde était au courant de tout et où personne ne voulait dire quoi que ce soit. Les gens, en privé, ne demandaient pas mieux que de commenter les affaires douteuses des politiciens, des mafiosi ou des stard de cinéma comme s’ils étaient dans le secret des dieux ; mais dès qu’ils se retrouvaient dans une situation où leurs déclarations pourraient avoir des conséquences légales, les citoyens italiens faisaient de leur pays le plus vaste parc à huîtres du monde. »
Donna LEON, Des amis haut placés, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond, Points, 2004 (Calamnn-Lévy, 2003)
Une participation au challenge Un hiver Polar d’Alexandra Je lis je blogue, en cochant la case du bingo « Trafic de drogue ».
Comme l’autrice est américaine et écrit en anglais, j’inscris ce livre au Challenge American Year 3 de Belette.
