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«L’assassin du genre humain» de Tobie Nathan, la France antisémite et les crimes du docteur Petiot
Publié le : 24/01/2026 – 07:00
À travers l’affaire Petiot, le romancier et neuropsychiatre Tobie Nathan raconte les profiteurs et la barbarie antisémite dans la France de l’Occupation.
Le procès Petiot, en 1946, est -comme le rappelle Tobie Nathan- le premier procès de la Shoah en France. Se présentant comme membre d’un réseau de résistance et prétendant faciliter l’évasion de familles juives, Marcel Petiot est accusé de vingt-sept assassinats. Mais tout laisse à penser que le nombre de ses victimes est plus élevé encore. Le médecin les dévalisait, les droguait et les faisait disparaître dans le calorifère du 21 rue Le Sueur (16è arrondissement de Paris). Reconnu coupable, il fut condamné à mort et guillotiné le 25 mai 1946.
Dans ce livre nourri par les archives, par la plume alerte et souvent ironique du grand conteur qu’il est, et par le regard acéré du psychiatre, Tobie Nathan fait aussi le procès d’une époque : celle du Paris de l’occupation, où les délateurs et les profiteurs côtoyaient la pègre et les bas-fonds, dans une atmosphère poisseuse nourrie par l’appât du gain et l’antisémitisme le plus crasse. Parmi les personnages, la plus romanesque est sans doute Eryane Kahan, demi-mondaine juive aux origines roumaines, qui fit office de principale rabatteuse de Petiot. Un personnage complexe et sans scrupules qui se présenta un temps comme une résistante traquée par le contre-espionnage allemand, mais qui navigua longtemps en eaux troubles, usant de ses charmes pour étancher sa soif d’argent comme pour assurer sa propre protection.
Le roman met en miroir cette France peu glorieuse et l’époque contemporaine, à travers le personnage de Jade, brillante étudiante parisienne en criminologie, qui prépare une thèse de doctorat sous la direction du professeur Nagral, personnage ambigu dont le comportement équivoque suscite bien des interrogations. Et pour corser un peu plus l’intrigue et renforcer ses doutes au sujet de l’universitaire, l’auteur l’a affublée d’un don qui lui permet d’avoir des visions du passé comme du futur. D’un chapitre à l’autre, on croise ainsi Louis-Ferdinand Céline, mais aussi Jeanne d’Arc et Gilles de Rais. Et on traverse aussi Chéu, un village bourguignon du département de l’Yonne dont la tradition rattachée à la sorcellerie et au Malin cessa brusquement en 1829, lorsqu’il fut entièrement détruit par un incendie.
Au-delà du récit historique, le livre témoigne aussi d’une inquiétude contemporaine abondée par l’antisémitisme d’aujourd’hui : la crainte d’un nouveau pogrom.
Par :Jean-François Cadet
L’assassin du genre humain, Tobie Nathan (Stock).
Tobie Nathan raconte à quel point les yeux de Petiot ont fasciné le public de son procès et les lecteurs de la presse. © Éditions Stock
Tobie Nathan présentera son livre au
Mémorial de la Shoah, à Paris, le 19 février. © DR 2023
