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De la douceur et des liens sécures

Publié le 25 janvier 2026 par Lana

Il y a environ un an, j’ai dit à mon kiné que j’étais en train de devenir quelqu’un que je n’appréciais pas. Parce que c’est ce que fait la douleur, quand elle est sévère et permanente, elle nous change.

On peut recevoir toutes les injonctions du monde (telle que « C’est important de garder un état d’esprit positif », avec un ton moralisateur en bonus), quand ces injonctions ne s’accompagnent d’aucune piste pour aller mieux, d’aucun début de solution pour que la douleur commence à diminuer, pour retrouver le sommeil, pour pouvoir enfin tenir debout sans tanguer (je parle au sens littéral), ces injonctions ne seront qu’une violence de plus. Une violence reçue alors que nous sommes à bout, en mode survie, pas encore mort on ne sait trop par quel miracle, et qui nous fait comprendre qu’on pourrait quand même faire un petit effort pour être positif et que si on n’y arrive pas, eh bien c’est que la situation qui s’enlise est un peu de notre fait quand même. Bref, de la positivité toxique en plein, de celle qui isole, culpabilise et aggrave les problèmes sous des formules toutes faites et des sourires de façade.

Un an plus tard, tellement de choses ont changé. Parce que j’ai compris les origines de mes douleurs. Parce qu’on m’a proposé des solutions concrètes et parce que je me suis mise en sécurité. Parce que chaque jour j’en apprends un peu plus sur moi-même. Parce que je protège mes sens, et que je les utilise aussi pour m’apaiser (mon lit, c’est quasiment un espace snoezelen ☁), que je me concentre sur des relations respectueuses, que j’écoute mon corps, que j’évite les situations trop anxiogènes et que je respecte mes besoins.

Depuis quelques temps, je me sens mieux. Certes, aux yeux de la société, je suis plus handicapée, j’ai l’air plus autiste. Je respecte mes limites en me mettant en sécurité, et c’est vrai que ça me restreint considérablement au quotidien. Mais je suis en train de me réparer, de m’offrir de la protection et de la douceur. Je vis dans un cocon, et je vois régulièrement des personnes qui me soignent en m’apportant de la sécurité, de la contenance, de la prévisibilité. Des personnes qui accueillent mes émotions sans me faire comprendre qu’elles sont exagérées ou que je devrais faire plus d’efforts, et qui me voient telle que je suis : moi, sans nier mes difficultés, ni jamais m’y réduire, et avec qui je peux démasquer sans conséquences négatives. Des personnes qui me disent d’être indulgentes avec moi-même. Et je m’y emploie.

Après des décennies passées à être violentée par une société qui veut que tout le monde rentre dans la norme, à n’importe quel prix, je m’autorise enfin à être moi-même, à ne plus être étouffée, et surtout à ne plus m’excuser de ma différence.

J’ai également compris que la partie de moi qui souffre devait être écoutée, qu’elle avait des choses importantes à dire, qu’elle parlait des limites qui n’avaient pas été respectées, du repos qui n’était pas accordé, des traumas non pris en compte. Cette partie, ce n’est pas une maladie que je devrais combattre à coups de médicaments, ce n’est pas un ennemi intérieur. C’est moi aussi, c’est ma partie vulnérable, c’est mon côté le plus sensible. Renier cette partie, c’est fermer les yeux sur la complexité de notre humanité, notre fragilité et notre force entremêlées.

Et c’est ainsi que je me reconstruis : en m’autorisant à être vulnérable, face à moi-même et face à des personnes capables de respecter cette vulnérabilité. Je me répare avec de la douceur et des liens humains solides. Avec des personnes qui me voient. Vraiment.


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