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Pauvre Bayrou

Publié le 09 septembre 2008 par Argoul

On aime bien François Bayrou (Ba-ye-rou, il tient à la prononciation !). Ni droite, ni gauche mais ailleurs, il se tient à la position « morale » qui séduit la génération Mitterrand, celle née à la politique après 1968 au temps du gaullisme vieilli, et initié à Machiavel sous le Florentin vers 1983. Conservateur provincial sagement catholique, François Bayrou a quelque chose de l’image qui fit la fortune du candidat de 1981 : la force tranquille, sur fond de clocher de village. Dans une France réduite par la mondialisation, vieillie et soumise au recentrage d’État pour cause d’économies, et au chômage pour cause de délocalisations et d’excès bureaucratiques, ce côté baba cool rangé des voitures fait recette. Le personnage a un côté « éternel ». Il séduit aussi bien ceux qui rejettent la lutte mimétique entre les egos activistes (Ségo/Sarko) qu’une frange des intellectuels qui y retrouvent la modération inhérente aux bonnes décisions de long terme. Le MoDem se veut libéral et social. Il refuse à la fois l’État socialiste « kipeutou » comme la remise en cause à droite de toute solidarité sociale. Européen et anti-conservateur de droite (qui voudrait revenir à l’avant) ou de gauche (crispé sur les Zacquis), il se dit hostile au changement pour le changement.

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Il est sûr qu’un parti démocrate moderne progressiste constituerait une alternative à la droite républicaine comme à la gauche volontariste. Le problème est qu’à refuser le jeu, on est mis à l’écart dans l’arène. Bayrou a congédié les notables en refusant de dire avec qui s’allier ; il s’est fâché avec nombre d’amis, qui le pressaient de clarifier ; il n’a pas su gérer son demi-succès au premier tour de la Présidentielle. Créer une alternative crédible nécessite un travail d’analyse qui paraît bien faiblard, une œuvre de réflexion qui paraît bien confuse, une tâche de propositions qui associe partisans et intellectuels aujourd’hui bien absents. Où aperçoit-on seulement l’ombre de tout cela dans cette « université » d’été déjà en retard d’une bonne rentrée ?

François Bayrou est-il capable de travailler avec les autres ? A-t-il la volonté d’attirer à lui ? Il vient de proposer – sans le dire – une alliance aux socialistes, avec ce sens pataud du moment qui lui fait rater nombre d’occasions. « Nous aurons bien besoin les uns des autres le jour où il s’agira de construire ensemble », a-t-il dit en clôture de son université d’été, « toute victoire électorale suppose des rassemblements ». C’est entre les deux tours de la Présidentielles que cela aurait eu un sens ! Mais en pleine déliquescence idéologique socialiste, après avoir – manque de Pau – cafouillé aux municipales, après s’être isolé comme jamais – pourquoi faire croire qu’un « rassemblement » en vue d’une future « alternance » aurait du sens ?

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Si vendredi dans Libération Vincent Peillon, député européen proche de Ségolène et auteur d’un livre intéressant (La Révolution française n’est pas terminée ), a parlé d’un possible « contrat de gouvernement » avec le Modem, la gauche socialiste n’en veut pas. Paul Quilès cite une enquête d’opinion pour affirmer « l’attachement » de l’électorat de gauche à la stratégie d’unité. Il attend de Bayrou qu’il précise ses idées, l’opposition à Sarkozy ne saurait suffire. C’est que le PS n’a toujours pas choisi. Il est coincé par la tactique Mitterrand – la seule qui lui ait un jour réussi – du rassemblement de toute la gauche, des strausskahniens à Besancenot, en passant par les Verts et le PC. Tactique archaïque depuis que la chute du Mur a voté contre toute politique communiste et que les Verts, tiraillés entre mystique Gaia et localisme municipal ne représentent quasi rien au niveau national. Reste le fan de Che Guevara, qui voudrait bien fédérer les antisystèmes. Mais est-ce bien « politique » de s’allier aux extrêmes dans un pays vieillissant, obsédé de sécurité sous toutes ses formes (emploi, climat, immigration, retraites, santé, éducation…) ? Dans un monde où seul le niveau européen a encore un sens ?

Nous l’avons dit et redit sur ce blog, l’avenir crédible du parti socialiste réside dans un recentrage : abandon de l’extrême-gauche et changement de nom. Là, une alliance avec les divers centres, dont Bayrou, assurerait les gros bataillons dont manque la gauche réaliste. Les Français aimeraient un tel parti qui les ferait – enfin - ressembler aux autres Européens, nos partenaires, avec acceptation du marché et aide à l’offre, plus solidarité nationale pour assurer le lien social ; avec moins d’impérialisme de l’Exécutif et moins de démagogie événementielle au Parlement (une émotion médiatique ? – vite, une loi !).

Mais François Bayrou paraît mal armé pour séduire une gauche atteinte de rétention anale. Il occupe une « position » et attend que les fils prodigues rallient le domicile familial. Il se dit effrayé de l’activisme de Nicolas Sarkozy ; il n’est pas moins effaré des errements naïfs de la gauche idéologique. Mais une dynamique ne s’enclenche pas sur une suite de craintes. Où est le programme ? Dans l’éternel entre-deux ? Tout cela paraît vide. Le problème est que, lorsqu’on regarde les dessous de la politique, rester assis entre deux chaises apparaît fort indécent : dès que les chaises s’écartent un tant soit peu, on aperçoit le trou.

François Bayrou sur Fugues :

La tentation de l’extrême-centre
La France centripotente
Papa, maman, grand-frère et moi
Et si gagne Bayrou ?
Bayrou a perdu : La réalité en face
Bayrou parmi les prétendants : A droite, la volonté qui manquait
Commentaire après le premier tour des Présidentielles 2007
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Bayrou vu par Simone Veil
Bayrou dans le positionnement droite / gauche
Bayrou dans : l’impasse politique française  


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