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Deux Poèmes de James Sacré sur les Etats-Unis

Par Etcetera
Deux Poèmes James Sacré Etats-Unis

Ces deux poèmes sont extraits de l’anthologie personnelle « Choix de poèmes » parue aux éditions Unes en 2025.

Note biographique sur le poète

James Sacré est né en 1939. Il grandit dans une ferme en Vendée, avant d’entreprendre des études de lettres qu’il achève aux Etats-Unis où il s’installe en 1965, puis enseigne au Smith College (Massachussetts). Il fait de nombreux voyages au Maghreb, principalement en Tunisie et au Maroc, qui deviennent des paysages récurrents de ses livres. Il est l’auteur d’une œuvre considérable tournée vers l’émotion et l’altérité où se mêlent le terroir et le patois de son enfance, l’éclat des arbres américains, l’ocre marocain, dans une langue fraternelle qui atteint le lecteur avec la simplicité d’une poignée de main.
Parmi ses livres importants : Cœur élégie rouge (Seuil, 1972) ; Figures qui bougent un peu (Gallimard, 1978) ; Âneries pour mal braire (Tarabuste, 2000) ; America Solitudes (André Dimanche, 2011).
Il a reçu de nombreux prix littéraires : prix Apollinaire en 1988 pour Une fin d’après-midi à Marrakech (André Dimanche). Prix Max-Jacob en 2013 pour Le paysage est sans légende (Al Manar). Prix Roger-Kowalski et Théophile-Gautier de l’Académie française en 2019 pour Figures de silences (Tarabuste).
James Sacré a remporté le prix Goncourt de la poésie en 2025.
(Source : Editions Unes)

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(Page 70)

J’ai aussi pensé à un autre titre pour ce livre, America solitudes
Mais je connais trop peu tous les paysages de ce pays
Et pas vécu vraiment parmi tant de gens divers ;
Petits bourgs hispaniques, de Chimayo à Cordoba, quelques endroits chinois dans la vallée du Sacramento,
Bayous avec des airs d’accordéon, et là où qu’on chante avec tout son corps donné
Dans de petites églises perdues, mais pas si loin d’une station-service
Et d’un Kentuky Fried Chicken, au sud. J’ai pas su penser
Tout un émiettement d’anciennes querelles politico-religieuses,
Les Italiens, les Irlandais, ceux qui parlent français dans les magasins de tissus à Holyoke,
Les avocats de New York et de partout, ceux qui sont profs
Dans les universités ou les Seven Sister Colleges
Tant de gens qui se rencontrent si peu et tous dans leur solitude
Avec le sentiment d’un être ensemble, à cause des autoroutes peut-être
Ou d’un dieu qui serait avec eux toujours, à cause de Coca-Cola
A cause de rien, leur solitude jamais partagée : si j’en sais quelque chose ?

*

(Page 77)

A Mary, ce livre qu’elle et son pays m’ont donné

Entre Raton et Wagon Mound
Les terres sont en altitude, on voyage
Comme au large de pluies qui joignent les nuées
A l’espace vert du plateau. Avec des bleus fins
A des endroits de l’horizon. La route en fait
Comme en plein ciel.
Il y a dans le paysage
Une très légère écriture de fil de fer barbelé et d’éoliennes
Et la ponctuation de quelques arbres, en taches vert plus foncé. On voit des fermes
Des troupeaux très loin sont comme dans l’immobilité paisible du temps.

On pense à des bisons éperdument courant
A travers les orages et la prairie,
Dans un autre temps disparu, immense. Et disparu.

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