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« Dodes’kaden » d’Akira Kurosawa

Par Etcetera
Dodes’kaden d’Akira Kurosawa

Ce mois de février sur La Bouche à oreilles sera consacré à l’Asie et nous allons commencer par le Japon, avec un classique du cinéma, qui n’a pas été un succès à sa sortie mais qui reste une œuvre forte et poétique.
Depuis ma découverte du superbe « Dersou Ouzala » (1975), l’année dernière, je cherchais à voir d’autres films d’Akira Kurosawa (1910-1998) et j’ai pu en effet me procurer « Dodes’kaden » qui date de 1970 et qui a la particularité d’être le premier film en couleurs du cinéaste, alors âgé de soixante ans et traversant une période professionnelle difficile.
J’ai appris par Wikipédia que le scénario de « Dodes’kaden » était tiré du roman « Une ville sans saisons » (1962) de Shûgorô Yamamoto et que le titre était une onomatopée imitant le bruit d’un train : l’équivalent de « tchou ! tchou ! », si on veut.
J’ai également appris que « Dodes’kaden » avait été un échec commercial, mettant en grande difficulté financière Kurosawa, qui fera même une tentative de suicide l’année suivante – le lien entre les deux événements n’est pas forcément direct et exclusif mais on peut supposer que cela a dû compter.

Note pratique sur le film

Genre : Drame
Année de sortie en salles : 1970
Couleurs, Japonais sous-titré
Durée : 2h20

Résumé de l’histoire

Dans le quartier misérable d’une ville japonaise, aux abords d’une décharge publique, nous suivons les mésaventures parallèles des différents habitants. Une dizaine d’histoires sont ainsi entremêlées, se déroulant dans un même périmètre. Plusieurs de ces histoires concernent le couple, la vie maritale, et plus précisément l’infidélité, avec différents cas de figures, des plus légers aux plus dramatiques. Parmi les plus légers : deux compagnons de beuverie, habitués aux soirées arrosées, échangent leurs femmes durant quelques temps – l’un prenant la place de l’autre dans sa maison – sans que ça ne crée ni tension ni jalousie, et même à la satisfaction de tous. Parmi les plus dramatiques : un homme a été trompé et quitté par sa femme, il est devenu comme un zombie, complètement livide et muet, mais le jour où sa femme revient pour lui demander pardon et reprendre leur vie commune, il reste apathique, toujours aussi muet, et la femme repart seule, on ne sait où.
Plusieurs histoires ont aussi un rapport avec la paternité. Ainsi, nous suivons les journées de misère d’un clochard avec son petit garçon, vivant tous les deux dans une vieille 2CV et imaginant, détail après détail, la superbe maison dans laquelle ils rêveraient d’habiter. Dans une autre maison, un mari trompé, dont aucun des cinq enfants n’est de lui, leur témoigne sa grande affection : il leur affirme qu’il est leur père et les met en garde contre les commérages.

(Pour un résumé plus détaillé et complet, cf. la fiche Wikipédia du film)

Mon avis

C’est un film qui mêle une certaine légèreté, voire un brin d’humour, avec des éléments beaucoup plus dramatiques, pour ne pas dire désespérés. Au fur et à mesure, et de plus en plus dans la dernière demi-heure, on a l’impression que la noirceur l’emporte, ce qui se ressent aussi à l’image, avec davantage de scènes nocturnes ou crépusculaires, des costumes bruns ou sombres, des maquillages noirs sur les visages de certains acteurs – tout cela rendant la dernière partie très impressionnante.
Avant ce visionnage, j’étais prévenue que « Dodes’kaden » était le premier film en couleurs de Kurosawa, aussi j’ai particulièrement fait attention à cet aspect. Et j’ai été étonnée par l’utilisation parcimonieuse et visiblement très calculée, très précise, de la couleur. Il m’a semblé que la plupart des images donnent une sensation de noir et blanc (ou de gris et bistre) avec, très ponctuellement, une tache vive sur laquelle se focalise soudain l’œil du spectateur. En particulier, les vêtements de certaines femmes attirent l’attention : la robe rouge vif de la méchante femme qui refuse de donner les restes de sa nourriture aux pauvres ; le chemisier rose bonbon de la femme qui a fait cinq enfants avec cinq amants différents ; les fleurs en papier bleu, puis orange, que doit confectionner la jeune fille malheureuse, sur les ordres de son affreux oncle.
Le thème principal m’a semblé être la complexité et la diversité des relations homme-femme dans le couple ou, plus généralement, au sein de la famille. Kurosawa nous montre des échantillons représentatifs de la vie humaine, avec leurs misères physiques et psychiques, leurs réussites ou leurs échecs, leurs incompréhensions, leurs laideurs, leurs petits arrangements avec la vérité.
Un beau film, déconcertant au départ, qui nous propose des situations humaines fortes et émouvantes, certainement universelles – un film qui s’avère progressivement assez sombre, pessimiste. Certes, toutes les histoires ne finissent pas mal mais deux d’entre elles pourraient plonger le spectateur dans la déprime.

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