Maison & objet interroge à chaque édition plusieurs designers en leur donnant carte blanche pour imaginer un espace qui réponde à la question What’ s new ?En janvier 2026, trois espaces ont été proposés, habilement situés en fond de hall, de manière à ce que le visiteur soit incité à longer des stands avant de les découvrir, et parfaitement signalisés en suivant une bande matérialisée au sol, et parfaitement un éclairage idoine au plafond.
Ce sont Rudy Guénaire, François Descleaux et Elizabeth Leriche qui nous ont fait entrer dans leur univers pour approcher ce qui pourrait être nouveau respectivement en hôtellerie, dans le commerce de détail et en décoration intérieure, trois concepts qu’on a l’habitude de voir traité sous leurs termes anglais sur le salon, en toute logique puisqu’il est tres international.
Je commence par celui qui m’a le plus enchantée, c’est le mot juste, le What's New ? In hospitality by Rudy Guénaire qui promettait un décollage immédiat pour la Suite 2046.
Il a rédigé un manifeste qu'il nous soumet avant la visite d'où il ressort que seul l'art peut nous sauver :Dans un monde où tout semble avoir déjà été dessiné, où des sommes faramineuses ont été englouties par les hôteliers pour financer les idées les plus folles (un mammouth baigne dans du formol, face à l'océan, à Miami Beach) ;Dans un monde où la poursuite du confort est devenue l'unique préoccupation, et cela quel que soit l'impact sur la planète, la beauté des paysages, la beauté de nos villes et de nos bâtiments ;Plus rien ne dérange. Tout se ressemble.Plus rien ne laisse de trace.Le voyage ne nous élève plus.Le trop de confort devient dérangeant.Et nous devenons vulgaires.Une seule chose peut nous sauver, l'art.Parce que l'art est beau et l'art dérange.Parce que l'art est grâce et taché d'imperfections.Et parce que sans l'art, l'homme ne voit plus les étoiles.Dans ce monde poétique et utopique :Les hôtels des Maldives n'auraient pas de piscine.Les palaces vénitiens laisseraient leurs murs s'effriter avec grâce.Les ryokans japonais ne serviraient pas de café.Les guesthouses grecques n'auraient pas de chauffe-eau.Les desert lodges fonctionneraient sans électricité.Les hôtels new-yorkais permettraient d'ouvrir les fenêtres.Les hôtels de Miami Beach se voueraient au silence.Les chalets de montagne verraient parfois leur chauffage tomber en panne.Dans les palaces de Chicago, les ascenseurs grinceraient en s'élevant lentement.Les lodges d'Alaska verraient parfois les grizzlis manger les clients.Les riads marocains laisseraient le Wi-Fi ne jamais fonctionner.
Voilà quelqu’un qui a bien assimilé la devise de l’année, Past reveals future. Il nous propose de traverser une suite d’hôtel qui pourrait être celle dans laquelle nous séjournerons en 2046, pourvu que les hôteliers suivent ses préconisations.L’architecte d’intérieur commence par camper le décor en magnifiant quelques objets représentatifs de l’univers, disposés sur des piédestal à la manière d’antiques statues (nouveau clin d’œil au passé) qu’il suggère de dépoussiérer. Inutile de se pencher pour déchiffrer un cartel écrit en lettres minuscules. Une voix envoûtante (celle de son frère), s'adresse aux "chers hôteliers", leur disant l’essentiel à la manière d’un poème alors que notre oreille commence à percevoir la musique du film In the Mood for Love du réalisateur chinois Wong Kar-wai. S’il est sorti en l’an 2000 l’action se déroulait en 1962, encore une référence au passé.
Egalement fondateur de la chaîne de restaurants PNY, Rudy Guénaire est passionné de philosophie, ce qui lui a fait prendre conscience que beaucoup de récits ont déjà été écrits. Il estime qu'il en est de même en décoration même si le créateur se perd souvent dans des recherches d’effets, dans une quête d’avant-garde. Il apprécie les esprits libres qui se situent en dehors des courants comme l’architecte américain Franck Lloyd Wright, Antoni Gaudi ou l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry.
Il traduit le thème de l'édition Maison & objet de janvier 2026 en imaginant Suite 2046 comme un espace hors-temps, suspendu, une chambre rêvée au-dessus des nuages, avec des hublots qui regardent vers un paysage foisonnant. Ce type de fenêtre symbolise une fenêtre sur le monde, rappelant la dimension nomade du voyage, et amenant à regarder vers l’horizon en mobilisant notre capacité à convoquer l’imaginaire.Il propose de revisiter le vide-poche, un objet essentiel où l'on se déleste du chaos de la journée. Il recommande de soigner la qualité de l'eau. Il fustige les
cartes à bande magnétique et aimerait qu'on remplace les énormes et lourds porte-clés des chambres par de la belle passementerie par exemple Houlès.
Un beau jour, quelqu'un se dit qu'il serait bon de remplacer les lourds et beaux glands qui agrémentalent les clés magiques de nos chambres d'hôtels préférés par des cartes magnétiques IBM. Et l'humanité sombra dans une décadence sans retour.J'ose le dire : je déteste les clés magnétiques et j'aime sans fin les clés à pompon. Jamais la carte en plastique n'atteindra un quelconque niveau de sensualité et de poésie, même si, chers hôteliers, vous écrivez dessus une mauvaise blague, imprimez votre logo ou que vous la plaquiez or. La clé à pompon, c'était autre chose.Je crois bien que seul Amex a su rendre sexy une carte en plastique de 10 x 5,5 cm, mais ils ont investi des milliards. En tout cas, j'utilise mon Amex pour allumer la lumière.Étant de nature étourdie, je repars toujours avec une carte de mon hôtel, oubliée dans une de mes poches. J'ai ainsi chez moi une immense collection de vos cartes magnétiques, qui sont un panorama de la tristesse de ce qu'est devenu le monde moderne, qui préfère la fonction à la poésie.Appréciez son humour :La dernière fois que j'insistais pour avoir ma chambre avant l'heure réglementaire de check-in (qui recule au même rythme que la fonte glaciaire, bientôt 18 h ?), en guise de représailles, je me suis vu attribuer une chambre avec une télévision cassée.Bien évidemment, je me fous éperdument qu'une TV soit fonctionnelle et de l'existence de cet équipement aussi laid qu'abrutissant dans ma chambre d'hôtel. Ai-je traversé la moitié du monde, aggravé d'une manière létale mon empreinte carbone pour ne surtout pas rater la diffusion de Cash Investigation ?Chers hôteliers, soyez visionnaires, bannissez de vos chambres ces équipements inutiles, surtout quand ils sont montés sur des bras télescopiques. L'humanité n'a jamais eu besoin de télévision. Préférez une collection de livres bien choisis. On ne se trompera jamais avec quelques recueils d'aphorismes bien écrits, un roman à l'eau de rose ou un SAS hot. Accompagné d'une belle boisson dans des verres d'exception, voici un moyen de rendre l'expérience de votre chambre d'hôtel mémorable.
Comme exemple de verres d'exception il suggère les verres Pearl, fabriqués à la main en verre borosilicate du Studio Nudo.
Il pratique l'autodérision en prétendant ne pas aimer le design, mais c'est tout de même une chaises qu'il a dessinée qu'il présente :Ayant commencé par dessiner des restaurants et n'étant pas designer de formation, j'ai tout de suite dessiné des chaises — sans comprendre un instant que c'était l'objet le plus difficile à dessiner.Je n'aime pas vraiment le design, je crois. C'est toujours trop moderne. On s'en lasse vite. Et quand il y a trop de meubles design dans une pièce, on se croirait dans une boutique de meubles. Ce n'est pas chic.Quand j'ai montré cette chaise pour la première fois, un ami m'a dit : "Ah, c'est marrant, je l'ai déjà vue quelque part." C'était évidemment impossible. Mais on ne pouvait pas me faire meilleur compliment. Pour moi, un bon design, c'est un design qui semble avoir toujours été là. C'est comme un bon copain, notre amoureuse ou notre enfant chéri.
Les chaussons d'hôtel en prennent pour leur grade : Existe-t-il réellement un être humain sur cette planète qui utilise les chaussons d'hôtel ? Et peut-on décemment appeler chaussons ce petit rectangle de carton recouvert de la serviette éponge la plus cheap jamais produite, enfermé dans un sachet plastique que tout le monde palpe, soupèse, hésite à ouvrir... et n'ouvre pas ?Pour ma part, je préfère sécher mes pieds sur un mode plus naturaliste : en errant pieds nus sur la moquette, parfois le lit, jusqu'à ce que mes extrémités retrouvent, seules, leur équilibre hydrique naturel.Ne chaussant ni du 48 ni du 34, j'hésite toujours à enfourner mes pétons dans ces objets hybrides, par peur du ridicule ou de l'irréversible. Dans un monde idéal, chers hôteliers, vous nous offririez de vrais chaussons : élégants, confortables, et adaptés à l'anatomie humaine. Et il présente un modèle "idéal" de chaussons Maserano par Elena Ballerina, en cachemire extra-pur et daim
Parlons sérieusement.Merci, chers hôteliers, d'avoir muni l'intégralité de vos chambres de machines Nespresso rutilantes. Au Mexique, en Alaska ou chez les Papous, il peut manquer du gel douche mais jamais de machine Nespresso. Ainsi, dès le moindre coup de mou, nous pouvons nous envoyer du café à tire-larigot, et cela "complimentary", mon ami, annihilant ainsi toutes nos chances de surmonter notre décalage horaire.Mais, chers amis hôteliers, sachez deux ou trois choses.Proscrivez les tasses en verre. On ne peut pas boire une boisson chaude dans un récipient transparent — cela est compliqué à expliquer et nous n'avons pas le temps de faire appel ni à Bachelard, Perec et Kawabata, donc prenez-le comme un fait. Prévoyez toujours quelques petits biscuits. Vos clients, tous coffee junkies, vous en seront aises.Enfin il n'oublie pas la papeterie et je suis tout à fait d'accord avec lui : Je dois avouer un faible chronique pour les palaces grand genre.Non pas pour vos spas flambant neufs et profondément lisses qui ne m'intéressent guère, ni vos kilomètres de buffet qui, par trop de choix, finissent par déstabiliser mon système nerveux, ni vos entrées grandiloquentes où des gens avachis sur des canapés combattent leur jetlag devant TikTok.Non. Ce qui me fait fondre, c'est votre papeterie.Quand j'entre dans vos chambres aux moquettes moelleuses, je m'assieds aussitôt au petit bureau, ouvre tous les tiroirs à la recherche du papier à lettre.J'étale alors les larges feuilles et les belles enveloppes et je deviens un prince romantique, tenant une dizaine de relations épistolaires avec des amantes de toutes contrées. Mes billets doux partent vers les îles paradisiaques et humides, des oasis de palmes et de désert et des cités magiques aux mille diamants.
Hormis son idée un peu borderline de faire évoluer le plan d’évacuation en œuvre d’art tout le reste est superbe, intelligent, … et pédagogique. On applaudit.

What's New ? In decor by Elyzabeth Leriche
L’experte des tendances propose de s’interroger sur les archétypes d’une époque, s’inspirer des racines d’une culture et réinterpréter un imaginaire, tel est le jeu de style pour inventer une archéologie du futur.
Elle rappelle que la création n’est jamais partie de nulle part et qu'il faut avoir des références culturelles pour créer le futur. Les arts décoratifs sont remis à l’honneur avec des savoir-faire ancestraux pour créer des décors, du mobilier et des objets porteurs de sens. Le passé rassure face à un avenir incertain, parce qu'aujourd’hui nous avons besoin de se reconnecter à nos racines pour se projeter dans le futur.
Elle a puisé dans la richesse du Salon pour orchestrer une scénographie immersive où les époques se mêlent et font naître de nouveaux codes esthétiques. On remarque immédiatement qu'elle a travaillé l’espace en s’inspirant de l’architecture néo-classique. On y voit un grand fronton, une colonnade et des collections de céramiques et d’objets qui évoquent des fouilles archéologiques.Le péristyle dévoile dans sa déambulation différentes capsules. Ainsi, un premier chapitre est consacré à une esthétique néo-grecque mettant en scène mobilier et céramiques. Un second évoque une maison néo-romaine dont le tapis a été commandé au spécialiste des tapis, moquettes, papiers peints et tissus sur-mesure, à savoir Galerie B.
On trouve aussi bien une table en marbre qu’un banc en travertin signé Stéphane Parmentier pour Giobagnara, que les céramiques peintes à la main d’Onofrio Acone, et les amphores de Silver Sentimenti et Lisa Maiofiss. Une très belle table en marqueterie de bois de Collector illustre parfaitement les nouveaux arts décoratifs. Des pièces de caractère incarnent également le style néo-futuriste.
Chaque époque inspire la suivante, pour finir sur une vision néo-futuriste.
What's New ? In Retail by François DelclauxL'espace a été conçu pour refléter les résonances du thème : racines, passé, influences, nouveauté en tissant entre les lignes des tendances inédites.
Le choix des objets fait apparaitre une hybridation entre passé et futur, et consacre une place importante aux matières brutes et/ou recyclées.
François Déchaux a voulu faire de son espace un manifeste de cette vision libre de l’avant-garde autour d’écho d’usages, de matières et d’aspects.
La vitrine se réinvente, casse les codes du passé pour en imaginer de nouveaux. Certaines sont opaques, monochromes ou affichent un graphisme à forte identité. Le message derrière l’identité de marque joue un nouveau rôle.
La mise en scène de cet espace invite, par ailleurs, le visiteur à se nourrir de différentes solutions inspirantes. S’adressant aux grands acheteurs comme aux boutiques de quartier, il a pensé le parcours de visite autour de différents dispositifs scénographiques et d’une sélection pointue d’objets d’exposants du Salon.
Sa sélection de produits incarne notamment la tendance du Minimalisme et est conçue autour de 4 grands âges thématiques de la matière. Ils s’intitulent Stone Age, Wood Age (matière végétale, bois), Metal Age et Tech Age. J'ai choisi de l'illustrer avec des produits réalisés par (de haut en bas) : Sheyn, Natura Nova, Yüssée (qui proposait une expérience gustative et olfactive immersive très novatrice) et Mineral Series.
