Alors que son tant attendu nouvel album, Sexistential, arrivera enfin en mars prochain sur le label Young (oui, comme son ami, collaborateur et remixeur Jamie xx), petit retour sur une décennie qui aura couronnée la Suédoise comme la nouvelle reine de la pop mondiale !
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« Don’t fucking tell me what to do » est une entrée en matière explosive, avec des paroles qui tournent sur elles-mêmes, lancinantes à se damner. Body Talk Pt. I est lancé, sur une production qui l’éloigne de la culture pop traditionnelle. De toutes façons, avec de telles paroles, il n’est sûrement pas question pour la jeune Suédoise de faire dans le consensuel. Les basses sont assez lourdes, mais pas pesantes. Robyn réussit à se démarquer de l’électronique britannique et de celle du continent, notamment celle menée depuis bientôt quinze ans par le célébrissime duo versaillais désormais robotisé. Elle s’en démarque en en intégrant le meilleur. À aucun moment cela ne ressemble à une parodie de « French touch » ou de « Lady GaGa-ism » ou autre « Madonnism ».
Effectivement, la chanteuse, également blonde, le clame sur « Dancing on my own » : elle n’a besoin de personne pour s’imposer en tant qu’artiste. Et en tant que femme aussi, sur « Fembot », dont on reconnaît parfaitement l’origine du mot, qui n’est pas un néologisme puisqu’on peut en voir dans les films d’Austin Powers. « Cry when you get older » me conforte dans l’idée que cette musique est très féminine. Féminine, mais pas féministe. Elle s’adresse aux femmes, sans pour autant glisser de barrières entre les « genres » (j’utilise ce terme à dessein).
Le tube providentiel arrive quand résonne le son de Diplo : « Dancehall queen » est étonnant de justesse et précision rythmique et lyrique. Nouvelle collaboration : « None of dem » reste en Scandinavie, les voisins de Röyksopp rendent la pareille à la chanteuse qui était venue sur « The girl and the robot » dans l’album Junior du duo norvégien. Tiens, ce titre semble avoir eu un écho en « Fembot », non ? Cependant, il n’y ressemble pas une seconde ; il est plus froid, sombre, robotique. Quelle surprise quand « Hang with me » commence : un piano, du violon, la jolie voix de Robyn. Grandiose ! Effectivement, le titre nous prévient que c’est une version acoustique, mais tout de même. Serait-elle capable d’aller enregistrer Body talk en session unplugged ? J’en mets ma main à couper, et je lui en fais surtout la requête !
En cerise sur un bien joli gâteau, « Jag Vet En Dejlig Rosa » nous rappelle que le suédois est une langue que l’on n’entend jamais, donc pas assez. Et que Robyn partage un lien, c’est certain, avec une certaine petite islandaise. Et, comme elle, elle sort des albums passionnants, qui ont un relatif succès commercial, mais très en dessous de ce qu’ils mériteraient. Deux petites minutes apaisées, et la Suède devient une terre chaleureuse. Pour qui n’est jamais allé de ce grand et beau pays, c’est la meilleure façon de vous en donner l’envie. Sinon, il vous reste les huit titres de ce tout petit album.
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Suite logique de Body Talk Pt. 1, ce second volume ne se sera pas fait attendre puisqu’il est sorti trois mois seulement après. À nouveau, huit petits titres pour ce nouveau mini album ou EP, appelez-les comme vous le préférez. « In my eyes » reprend la formule des titres électro de la première partie. « Include me out » poursuit également, et l’on commence à sentir que l’on possède de quoi faire un album traditionnel, en réunifiant le tout sous un Body Talk qui verra peut-être le jour assez rapidement. J’adore les paroles de ce titre, ainsi que sa musique très bien martelée et emplie de blip-blips.
D’habitude, on a droit à la découverte d’un titre, puis, éventuellement, de sa version acoustique. Robyn a inversé le processus, et inclut dans Body Talk Pt. 2 la version club de « Hang with me », qui semblerait donc être la version originale du morceau. Cependant, il s’agira d’une erreur de croire que c’est le cas : la version initialement publiée dans le premier volume est celle de départ ayant donné lieu à un remix. Bref, peu importe, c’est le résultat qui prime, et j’avoue que je ne sais pas laquelle des deux préférer puisqu’en effet, une fois qu’on les connaît l’un et l’autre, on ne peut les dissocier. J’explique : à l’écoute de la version acoustique, vous aurez en écho la seconde, et inversement. C’est un très joli tour de force, une grande preuve du talent de Robyn, car il est rare que deux versions d’un même morceau réussissent à coexister sans que l’une des deux ne prennent le pas sur l’autre.
« Love kills » semble un tube classique en devenir, que j’aimerais pourtant garder pour moi. C’est toujours aussi bon, efficace, et les musiques continuent à s’enchaîner dans un même univers, telle une palette, tout en en étant chacune une couleur distincte. « We dance to the beat » est l’un des premiers morceaux sur lesquelles la voix de la chanteuse est déformée, robotisée. L’effet est un peu troublant aux premières écoutes, puis nous rappelle qu’il s’agit d’une artiste électro, et non pop. Et ce morceau en est sûrement le meilleur exemple.
Un peu plus de lascivité avec « Criminal intent » : deuxième collaboration pour Diplo et Robyn. Le duo vocal entre la chanteuse et le producteur apporte ce côté sensuel à la chanson. Jamais deux sans trois ? En tout cas, s’il ne devait en avoir que deux, ces deux morceaux sont parfaits !
Après la surprise de genre sur Body Talk Pt. 1, c’est à une autre surprise que nous avons droit sur Body Talk Pt. 2 : Snoop Dogg ! Étonnant, mais l’Américain n’est pas là pour l’anecdote. Et même si ce n’est pas non plus une collaboration proche du chef-d’œuvre, le rappeur qu’on ne présente plus depuis presque ses débuts fait une très belle prestation et prouve à tout le monde qu’il n’est pas encore près à s’arrêter. C’est bon signe pour lui, et pour la Suédoise qui se paye le luxe d’un invité de très grand standing. Respect.
Comme sur le précédent volume, il y a un morceau en acoustique (la version club arrivera-t-elle plus tard ?), « Indestructible » est magistrale, tant d’un point de vue lyrique (quelle voix !) que musicale (accompagnement de cordes absolument parfait). En somme, un très grand « petit album ». Vivement la suite, car on en redemande !
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Body Talk, troisième (et dernière ?) partie. Si les deux premières parties regroupaient huit titres chacune, il y a cette fois-ci cinq morceaux pour Body Talk Pt. 3 qui, en réalité, a été publié sous le titre de Body Talk, incluant cinq titres des deux premiers EP sortis plus tôt dans l’année.
Première nouveauté : le single « Indestructible », que l’on connaissait en version acoustique, et dont je ferai le même constat que pour « Hang with me » (cf. ma chronique de Body Talk Pt.2). Encore un très très bon titre de Robyn. La chanteuse n’aura jamais plus été à même de faire danser que sur « Time machine », dont les voix en chœur qui scandent un Hey ! Me font penser plutôt à l’univers gothique qu’à la dance. Je n’irai pas jusqu’à parler de Marilyn Manson, mais presque. En tout cas, pour ce qui est des racines glam, je ne vois pas comment ne pas le justifier : Robyn est effectivement une artiste electro-glam dans toute sa splendeur.
Sur « Call your girlfriend », elle s’adresse aux hommes, évidemment en tant que femme, et leurs (nous) donne des conseils sur comment rompre. Si ce n’est pas le meilleur morceau de la trilogie, les paroles sont parmi les plus sincères. L’un de mes morceaux préférés de la série Body Talk, c’est assurément « Get myself together ». Le refrain possède un petit quelque chose d’indescriptible qui me touche particulièrement.
Finalement, « Stars 4-ever » clôt le troisième volume, et la version compilant quinze titres. Peut-être est-ce la fin de l’aventure Body Talk. D’ailleurs, ce n’est pas l’un des titres les plus envolés, même s’il reste très branché club. Une façon pour Robyn de nous laisser languir malgré tout ? Très judicieux, et très frustrant. Car avec trois livraisons en l’espace de six mois, il va être extrêmement difficile de calmer nos ardeurs. Surtout que c’est l’hiver et qu’il fait froid. Je me plains, alors que j’ai quand même trois disques dans les mains. Jamais content. Si, je le suis même trop. Merci Robyn. Gourmand, je m’en vais de ce pas regarder son album éponyme de 2005.
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Enfin, depuis leurs derniers albums respectifs, sortis la même année 2010, à savoir Senior pour le duo norvégien, et Body Talk pour la chanteuse suédoise, voici quelque chose de nouveau et conséquent ! Après une tournée ensemble, notamment en Amérique du nord, un single était sorti, laissant deviner la suite, déjà palpable depuis un moment. En effet, suite à une première collaboration particulièrement réussie sur Junior en 2009 avec « The girl and the robot », puis « None of them » sur Body Talk, les trois artistes scandinaves semblaient de toute évidence prompt à prolonger leur effort commun. D’où la naissance de ce bébé-album, un EP.
Do It Again est seulement composé de cinq titres, mais ceux-ci s’étendent de quatre à dix minutes chacun pour un total de trente-cinq minutes, soit presque un album donc. Ainsi, les deux morceaux servant d’ouverture et de clôture atteignent quasiment dix minutes, ce qui en fait les plus long de la discographie de Röyksopp ou de Robyn. L’univers musical du duo norvégien fonctionne toujours à merveille, et sur les morceaux intermédiaires (durant entre quatre et six minutes) la Suédoise semble s’imposer un peu plus.
Au final, les fans de Röyksopp continueront d’apprécier la musique du groupe, de même, ceux de Robyn seront ravis par sa prestation tout au long de Do It Again. Pour ma part, appréciant aussi bien les premiers que cette dernière, je me réjouis de ce court album très bien conçu qui devrait réellement se révéler peu à peu dans les semaines à venir.
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À en croire et l’enthousiasme et la ferveur qu’elle reçoit depuis sa sortie, et puis également dans les classements de fin d’année, nulle doute que Robyn n’a pas perdu son temps. Et si les attentes étaient énormes, j’ai finalement maintenant l’impression que Body Talk ne date pas de si loin en arrière que ça… Pourtant, c’était déjà en 2010 ! Pourtant, j’ai pour ma part eu la chance de pouvoir l’écouter parallèlement avec le duo norvégien Röyksopp – et leur collaboration Do It Again demeure l’un des tout meilleurs EPs de la décennie, sans hésitation aucune.
Honey nous impose tout de suite une Robyn telle qu’on la connaît : sure d’elle, de ses choix, et assurément en phase avec le public qui la suit – je me répète – avec ferveur ! L’aide de son fidèle camarade Klas Åhlund, ainsi que celle de Joseph Mount (du groupe anglais Metronomy) ajoutent au bonheur ressenti. Si les singles « Missing u » et « Honey » n’auront pas besoin de moi, que dire du duo « Human being » avec l’artiste suédoise Zhala ? Du faussement naïf « Because it’s in the music » ? Ou encore de la complainte « Baby forgive me » ? Bien sûr, s’il est difficile d’oublier que les paroles ne sont pas forcément autobiographiques, « Send to Robin immediately » (notez l’orthographe, qui correspond à son vrai prénom…) sème volontairement le doute. Je pense « Between the lines » et « Beach 2K20 » et me demande comment il pourrait être possible que Robyn nous laisse sur « Ever again » ? Impossible, elle va revenir avec un nouvel album, c’est certain, en 2019.
Honey est incroyable : huit ans pour seulement neuf chansons ? Quelle frustration, surtout à l’écoute de « Ever again » par exemple. Diable, je n’ai pas fini d’écouter cet album. Qui me fait même penser à… Deee-Lite ?!
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(in Heepro Music, le 04/02/2026)
