Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût diplômé, y ai travaillé, en fût récompensé, en suis sorti, mais le cinéma n'est jamais sorti de ma personne.
Je vous parle d'un film dont j'ai aimé l'histoire, l'originalité, le sujet, la réalisation, le cinématographie, les interprètes, le décor, la mise-en-scène, l'audace, bref, je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix.
LE SAMOURAÏ de Jean-Pierre Melville.
Considéré comme père spirituel de la Nouvelle Vague Française, Jean-Pierre Grumbach, dit Jean-Pierre Melville était un grand réalisateur français. Il était un rare réalisateur à rallier succès critique et succès populaire tout en restant cinéaste indépendant. C'est lui qui a dit à Jean-Luc Godard de monter son film À Bout de Souffle de la manière que JLG l'a fait, en en gardant seulement ce qui lui plaisait et accélérait le rythme. Faisant inventer à Godard la technique du "jump cut" qui a depuis fait école.
Le 11e de ses 14 long-métrage sera radical. Presque ascétique. Il marquera le film policier français et le film noir moderne (alors). C'est moins un polar classique qu'une méditation sur la solitude, la rigueur et la mort, portée par une mise en scène guidée d'une précision presque obsessionnelle.
Le scénario de comptes à rendre reste assez simple. Sert une obligation à la réflexion sur l'isolement et l'inuléctabilité. Jef Costello est condamné, tel un samouraï, à sa fidélité et à une règle intérieure impossible à transgresser. Comme des tonnes de Républicains, aux États-Unis, en ce moment, il se punit de sa loyauté .
Moins il y a de mots, plus il y a de règles. Et quand ces règles se fissurent, le monde s'effondre. C'est ce que Melville tourne. On ne reconnait pas l'époque si on ne l'a pas connue, on reconnais le sentiment. Cette sorte d'état intérieur du travailleur mort en dedans, parce qu'étouffé de devoir. Paris y est abstrait.
Troublant et très beau à la fois. Un accès à une mémoire empruntée, à une émotion qui te précède. Ce film est hanté et nous habite, une fois vu.
Il m'a fait penser à Lutnick, Grahan. Leavitt, Patel, Bondi, Noem, Hegseth, DJT, Miller, Johnson, tout cet empire du mal.
Leur loyauté devrait leur être un jour, fatale.
