Dans le cadre de mon Mois thématique asiatique, j’ai cherché des recueils de poésie chinoise et j’ai découvert cette anthologie, sous le signe de la spiritualité zen, intitulée « L’art de la sieste et de la quiétude« .
Cette anthologie rassemble une soixantaine de poètes chinois, ayant vécu entre le VIIe et le XVIIIe siècle de notre ère. Bien qu’elle couvre une longue période de temps, j’ai trouvé qu’il y avait une belle unité : une même inspiration semble souffler sur ces pages, une esthétique similaire les lie.
Ce livre suit la progression des saisons, en commençant par le printemps. J’ai parfois pensé aux « mots de saison » présents dans les tanka et haïkus japonais, car ces poèmes chinois évoquent la période de leur création grâce à certains phénomènes naturels bien précis : chutes des pétales de fleurs typiques du printemps, champs de blé mûr ou arbres de couleur émeraude caractéristiques de l’été, givre de l’hiver, etc.
Connaissant mal la poésie chinoise, ce livre m’a beaucoup intéressée et, en même temps, beaucoup plu.
Il m’a donné envie d’en découvrir davantage.
Note pratique sur le livre
Editeur : Albin Michel
Date de publication : 2010
Poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun
Nombre de pages : 235
Présentation de l’éditeur
Dans cette anthologie de poésie chinoise, l’art de la sieste est célébré comme jamais : sous la brise douce de l’été, maîtres ch’an et taoïstes célèbrent le non-agir, le détachement, la joie de vivre et de se laisser vivre en harmonie avec la nature… Autant de réjouissances qui s’accompagnent souvent d’une coupe de vin, seul ou entre amis. Orné de superbes calligraphies, ce recueil est le compagnon idéal des longs après-midis à l’ombre des pins, ou des douces nuits embaumées de jasmin… « sur la mousse verte qui recouvre la terre, le début de l’éclaircie sous les arbres verdoyants, de la sieste je me réveille, personne seul le vent du sud, ancienne connaissance, ouvre furtivement la porte et feuillette un livre ».
(Source : Site internet d’Albin Michel)
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Choix de Poèmes
(Page 65)
Dans la montagne, question et réponse
Li Po (701-761)
Vous me demandez pourquoi je perche
sur la montagne émeraude
je ris, sans répondre, le cœur libre,
les pétales de fleurs de pêcher au fil de l’eau
s’éloignent
ciel et terre ici diffèrent du monde ordinaire
*
(Page 104)
Inscrit sur une peinture de montagnes et d’eaux
Tang Yin (1470-1523)
dans le petit kiosque au bord de l’eau, pareil à un
chapeau en bambou, le vent frais abonde
devant la fenêtre ouverte, d’une traite je termine
un roman anecdotique
au soleil de midi, sous l’ombrage dense des arbres
qui entrelacent leur émeraude,
la fumée gracile de l’encens accompagne le torrent
limpide
*
(Page 195)
Poème montré à Wu Yuan
Wang An-Shih (1021-1086)
l’écriture en pattes de mouche entrave la lecture
du vieil homme
une longue natte en bambou convient parfaitement
pour reposer mes yeux brouillés
je trouve mon bonheur en m’accordant du repos
renoncer à la lecture me fait retrouver ma jeunesse
*
(Page 234)
La sieste
Lu Yu (1125-1210)
mon poignet fatigué, soudain le livre tombe
par terre
le cœur limpide sans rêve, le ventre bien rebondi
mon élixir d’immortalité a beau être au point,
pour autant je ne m’envole pas en chevauchant
les nuages
je m’attarde un moment dans le monde
des hommes, tel un immortel du sommeil
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