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Géorgie : un nouveau Munich ?

Publié le 09 septembre 2008 par Hmoreigne

medv.1220948355.jpgDerrière l’euphorie de façade le dossier Géorgien a des allures de Munich pour le président Sarkozy et pour l’Union Européenne. Après l’erreur originelle de la reconnaissance précipitée de l’indépendance du Kosovo, Nicolas Sarkozy a fait preuve de naïveté avec les Russes en avalisant au mois d’août un accord qui faisait l’impasse sur l’essentiel à savoir l’intégralité territoriale de la Géorgie. Les derniers ballets diplomatiques n’y changeront rien. Les Russes ont franchi le Rubicon et ont reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Tout le reste n’est qu’un habillage d’un échec de la diplomatie européenne contrainte d’avaliser le coup de force Russe.

La Russie a gagné. Sur toute la ligne. Elle retrouve sont statut de grande puissance en rappelant à la face du monde qu’il y a des choses qui ne se font pas notamment dans ce qu’elle considère comme son périmètre de sécurité. L’interdépendance économique aura été fatale au principe d’intangibilité des frontières. Evidemment les Russes finiront par se retirer de Géorgie mais, quand ils le voudront. Les derniers événements ont prouvé que le respect des calendriers et des promesses souscrites n’étaient pas leur priorité.

Les Russes ont su habilement jouer sur les ambiguïtés et les lacunes du  plan de cessez-le-feu en six points négocié par l’Elysée le 12 août. Au final c’est bien la France et l’UE qui auront été roulées dans la farine. Face à la mauvaise foi, l’Union Européenne, dépendante économiquement des hydrocarbures, n’avaient pas beaucoup d’atouts dans sa manche. Le Président Medvedev, bon prince mais surtout fin renard, a choisi de sauver la face de ses interlocuteurs.

S’engouffrant dans cette sortie de secours inespérée la France s’est employée a négocier la présence d’observateurs de l’UE en Géorgie le temps du retrait des troupes russes et l’organisation d’une conférence internationale le 15 octobre à Genève afin d’évoquer la sécurité et la stabilité de la région. Au final la rencontre du 8 septembre aura été une redite nécessaire pour assurer la simple mise en œuvre du «plan Medvedev-Sarkozy» du 12 août.

Le rappel de la condamnation par l’Union européenne de la reconnaissance par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud a été de pure forme. Les chiens aboient, la caravane passe. Le pseudo-incident qui aurait opposé la délégation européenne à la diplomatie russe constitue une anecdote de circonstance. Selon « certaines sources » citées par l’AFP, les négociateurs russes ont indiqué  à un moment des discussions vouloir supprimer la partie de l’accord précisant que les troupes russes devaient se retirer «sur leurs positions antérieures au début des hostilités». Nicolas Sarkozy se serait alors levé et aurait déclaré « on s’en va. Ce n’est pas négociable. Nous ne pouvons pas accepter l’invasion d’un pays indépendant ». Il n’y a bien que le Président Français pour ne pas vouloir réaliser que sa réaction arrive trop tard, que la sécession des provinces d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie est un fait acquis.

Cette sortie aux allures théâtrales aura simplement contraint le président Medvedev à revenir dans la salle dont il s’était « momentanément » absenté. Le coup de poker de Nicolas Sarkozy n’empêchera pas au final M. Medvedev d’affirmer que la décision russe de reconnaître l’indépendance des deux régions séparatistes géorgiennes était irréversible et que des troupes russes y resteraient stationnées.

Bégaiement de l’histoire, le dernier accord obtenu le 8 septembre 2008 rappelle toutes proportions gardées, avec MM Sarkozy et Barroso dans les rôles de Daladier et Chamberlain celui conclu 70 ans plus tôt à Munich un 30 septembre. Il fallait alors s‘appeler Churchill pour ne pas partager l’optimise ambiant et lancer: «Nous avons subi une défaite totale et sans mélange (…). Notre peuple doit savoir que nous avons subi une défaite sans guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin».

Il n’y a bien que les Européens pour se féliciter et croire en leur unité diplomatique de façade. Nicolas Sarkozy de son côté a vanté «l’émergence d’un acteur de poids dans cette crise, l’Union européenne», incarnée à ces côtés par la présence deJosé Manuel Barroso, le président de la Commission, et de Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne jusqu’àlors soigneusement écarté du traitement de la crise caucasienne. Au bal des hypocrites, la France a gagné la première valse en considérant que “seule” la version originale en français du plan de paix géorgien du 12 août présentée par Nicolas Sarkozy “fait foi”. Les difficultés dans la mise en œuvre de l’accord du 12 août seraient imputables, selon le Quai d’Orsay, à la traduction en russe jugée « divergente » de la notion de « zones tampons ».

En photo: conférence de presse Medvedev-Sarkozy à l’issue du plan de paix du 12 août


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