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“Tout sauf l’EHPAD” : la politique du grand âge qui ne règle rien (sauf pour les riches)

Publié le 11 février 2026 par Angrymum @VeryAngryMum
On nous le répète en boucle : 85% des Français veulent vieillir chez eux. Pas en EHPAD. Jamais en EHPAD. Plutôt crever — littéralement — que de finir dans ces mouroirs dont tout le monde connaît maintenant les dérives depuis l’affaire Orpea et le livre Les Fossoyeurs. Alors le gouvernement a sorti son plan miracle : “la politique domiciliaire”. Traduction ? Vous resterez chez vous le plus longtemps possible. C’est beau, c’est noble, c’est ce que tout le monde veut. Sauf que personne ne dit comment on fait quand on n’a plus un rond, qu’on ne peut plus marcher seul, et qu’on habite un trois-pièces au quatrième sans ascenseur. Le mythe du “chez soi” pour tous Vivre chez soi le plus longtemps possible, ça sonne bien sur le papier. Dans la réalité, ça veut dire quoi ? Ça veut dire aménager sa salle de bain (plusieurs milliers d’euros), installer un monte-escalier (encore plusieurs milliers), faire intervenir des aides à domicile plusieurs fois par jour (entre 600 et 1800€ par mois selon le degré de dépendance). Et tout ça, c’est si vous êtes encore relativement autonome. Parce qu’une fois que vous basculez dans la vraie dépendance, celle où vous ne pouvez plus sortir de votre lit tout seul, le coût du maintien à domicile explose. On parle facilement de 3000 à 4000€ par mois. Pour une pension de retraite médiane à 1500€, je vous laisse faire le calcul. Alors certes, il y a l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), l’APL, et quelques aides par-ci par-là. Mais ça ne couvre qu’une fraction des besoins réels. Le reste ? C’est la famille qui trinque. Encore et toujours. L’alternative pour ceux qui ont les moyens : La Ménardière et consorts Parlons-en, de La Ménardière. Cette belle histoire qu’on nous vend comme un modèle alternatif formidable. À Bérat, près de Toulouse, 14 seniors de 62 à 81 ans ont acheté ensemble une magnifique maison de maître du 18ème siècle pour 1,1 million d’euros via une coopérative. C’est merveilleux : chacun a son appartement privé (de 25 à 60m²), il y a une cuisine commune, une bibliothèque, un jardin, des anciennes écuries transformées en salle culturelle où ils organisent concerts et projections de films. Ils cuisinent ensemble, ils rient ensemble, ils vieillissent ensemble dans la dignité et la convivialité. Le hic ? Le droit d’entrée est de 90 000€, plus un loyer mensuel de 400€ pour 31m². QUATRE-VINGT-DIX MILLE EUROS Qui a 90 000€ à sortir pour acheter son droit à vieillir dignement ? Certainement pas la caissière qui a bossé toute sa vie au SMIC. Pas le chauffeur routier qui s’est explosé le dos pendant quarante ans. Pas l’aide-soignante — tiens, justement — qui a passé sa carrière à torcher les vieux en EHPAD pour des clopinettes. La Ménardière, c’est LA coloc pour bourgeois. Point. C’est magnifique, c’est humain, c’est tout ce qu’on voudrait pour nos parents et pour nous-mêmes. Mais c’est réservé à ceux qui ont les moyens. Et pour les autres ? L’EHPAD, c’est tout Parce que oui, soyons clairs : quand on n’a pas l’oseille, on a le droit à l’EHPAD. C’est tout. Oh, le gouvernement fait semblant de diversifier l’offre. Il parle de “résidences autonomie”, d'”habitats intermédiaires”, d'”habitats inclusifs”. Il prévoit de construire 100 000 logements nouveaux d’ici 2030. Il a même créé une “aide à la vie partagée” pour l’habitat inclusif, financée à hauteur de 45 millions d’euros par an. 45 millions d’euros. Pour un pays de 67 millions d’habitants qui compte plusieurs millions de personnes âgées. C’est une goutte d’eau dans un océan de besoins. Et pendant ce temps, les 700 000 places en EHPAD actuelles ne suffisent déjà plus. D’ici 2030, il en faudrait 108 000 de plus. Puis encore 211 000 entre 2030 et 2050. Sauf que personne n’a envie de les construire, ces EHPAD. Parce que tout le monde sait ce que c’est devenu : des entrepôts à vieux sous-staffés où on vous parque en attendant que vous creviez. Notre fin de vie ressemble à notre vie : bosse et tais-toi Ce qui me met en rage dans toute cette histoire, c’est le mensonge. On nous a vendu toute notre vie le même discours : bosse dur, tais-toi, économise pour tes vieux jours, et tout ira bien. Sauf qu’une fois arrivé aux “vieux jours”, le discours change subtilement mais reste le même dans l’esprit : crève et tais-toi. Si t’as les moyens, tu pourras peut-être t’offrir une coloc sympa style La Ménardière, ou une résidence services avec animations et kinés. Si t’as pas les moyens, t’auras l’EHPAD low-cost où trois aides-soignantes épuisées s’occupent de trente résidents pendant que le groupe privé qui gère l’établissement optimise ses marges. Il faut réfléchir et s’organiser MAINTENANT Voilà pourquoi je dis qu’il faut qu’on réfléchisse. Qu’on s’organise. Qu’on arrête d’attendre que l’État nous propose des solutions parce que les solutions qu’il propose sont soit hors de prix, soit indignes. Nous serons TOUS concernés. Moi, vous, nos parents, nos enfants. Ce n’est pas un problème qui concerne seulement “les vieux”. C’est NOTRE problème. Alors quoi ? On fait quoi ? On commence par en parler. Vraiment. Pas juste “oh la la c’est triste les vieux en EHPAD” en regardant un reportage à la télé. Non, on se pose et on discute : comment on veut vieillir ? Avec qui ? Où ? Dans quelles conditions ? On regarde les alternatives qui existent déjà : les colocations seniors (pas que les bourgeoises), les habitats partagés, l’accueil familial, les petites unités de vie. On se renseigne sur les aides financières réelles, pas fantasmées. On calcule ce que ça coûte vraiment, le maintien à domicile. On anticipe. Et surtout, on arrête de croire que “ça n’arrive qu’aux autres”. Parce que l’autre, là, dans dix, vingt ou trente ans, ce sera vous. Le mot de la fin L’Inspection générale des affaires sociales elle-même a émis de sérieux doutes sur la capacité de l’État à mettre en œuvre sa politique domiciliaire. Le coût est colossal. Les métiers […]

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