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« Leçons de grec » de Han Kang

Par Etcetera
Leçons grec Kang

Après avoir lu « La Végétarienne » et les poèmes de Han Kang, j’ai eu envie de tenter un troisième livre d’elle et j’ai choisi celui-ci, « Leçons de grec« , un roman sur le thème de la communication entre les êtres, ou peut-être plus exactement l’incommunicabilité de nos émotions, pensées ou sentiments.

Note pratique sur le livre

Editeur : Livre de poche
Année de publication initiale : 2011 ; (en français) 2024
Traduit du coréen par Jeong Jeun-Jin et Jacques Batilliot
Nombre de pages : 186

Notule biographique sur l’écrivaine

Autrice de poèmes, de nouvelles et de romans, dont six publiés en France, Han Kang est devenue en 2024, à l’âge de cinquante-trois ans, la première Sud-Coréenne et la première femme née en Asie à remporter le prix Nobel de littérature pour son œuvre. Traduits dans le monde entier, plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma. En 2016, elle a reçu le Man Booker International Prize pour La Végétarienne (Le Serpent à plumes) et, en 2023, le prix Médicis étranger pour Impossibles adieux (Grasset). Elle a aussi reçu le prix Emile-Guimet de littérature asiatique en 2024.
(Source : éditeur)

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Mon avis

J’ai lu les deux premiers tiers de ce roman alors que j’étais en vacances à la montagne, tard le soir, après des journées fatigantes, et j’ai attribué à ce contexte inhabituel le fait que le livre ne me plaisait pas. Chaque soir, je rejetais sur ma fatigue et sur mes courbatures – voire sur mes coups de soleil bien cramoisis ! – mon manque d’intérêt pour cette histoire. Et puis, nous sommes rentrés à Paris, j’ai laissé reposer le roman pendant deux/trois jours (de même que mes jambes et ma peau endolories !). J’ai donc terminé le dernier tiers dans de bonnes conditions de confort et de santé mais, pour autant, ces « Leçons de grec » ne m’ont pas davantage intéressée ou plu.
Il me semble que la situation de départ est artificielle, cette idée de mettre face à face une femme qui a perdu la parole et un homme qui est en train de perdre la vue, en plus dans le cadre d’un apprentissage de langue (le grec ancien, une langue morte !)… tout cela participe d’une symbolique assez factice, assez lourde, et plombe cette histoire, à laquelle on ne croit pas une seule minute. Jamais je n’ai cru à cette femme mutique, errante, traumatisée, qui s’est inscrite à des cours de grec ancien sans savoir comment ni pourquoi et qui se met à écrire des poèmes dans cette langue, en cachette de tout le monde. Han Kang se refuse visiblement à toute explication psychologique, se contentant de décrire des gestes, des attitudes, des expressions faciales.
Le mélange de narration et de lyrisme poétique m’a laissée perplexe. Il y a parfois de très belles comparaisons ou fulgurances – par exemple : comparer la neige au silence et la pluie à des phrases morcelées. – mais, d’une manière générale, ce trop-plein de lyrisme et cette irruption de longs passages en vers libres au sein du roman, m’ont fait décrocher des derniers chapitres et m’ont ennuyée. Ces passages « poétiques » cassent complètement le rythme, ils semblent vouloir nous embarquer dans des flux d’émotions, débordants à l’excès, tandis que le lecteur a plutôt envie de rester dans le romanesque et de connaître la suite des événements, sans qu’on vienne lui tirer des larmes forcées et peu motivées.
Ce troisième livre de Han Kang a été pour moi une déception, comparé aux deux autres qui m’avaient vraiment beaucoup plu, aussi je préfère rester sur mon excellente impression de « La Végétarienne » et recommander plutôt ce dernier.

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Un extrait page 86

παθεῖν
μαθεῖν

«Ce sont deux verbes qui signifient respectivement « souffrir » et « apprendre ». Ils se ressemblent, n’est-ce pas ? Par cette espèce de jeu de mots, Socrate est en train de signifier que ces deux actes s’apparentent.»

Elle saisit son crayon qu’elle écrasait inconsciemment avec son coude endolori qu’elle masse un peu. Puis elle copie dans son cahier les deux mots écrits sur le tableau. D’abord en grec ancien, mais elle ne parvient pas à noter le sens en coréen. Avec son poing gauche, elle frotte ses yeux qui ne sont pourtant pas ensommeillés. Elle regarde le visage pâle de l’enseignant. La craie blanche qu’il tient, les lettres coréennes tracées sur le tableau, qui lui évoquent du sang séché blanchâtre.

«Cependant, on ne peut pas se contenter d’y voir un simple jeu de mots. Car en réalité, pour Socrate, apprendre signifie souffrir. Même s’il ne le pensait pas lui-même, c’était sans doute ainsi que l’entendait le jeune Platon.»

L’homme d’âge mûr assis à côté du pilier sirote le café du distributeur. C’est à cause de lui que le cours était repoussé à vingt heures depuis une semaine, car il s’était plaint de ne pas avoir le temps de dîner, vu qu’il arrivait directement du travail. Mais il semble encore plus fatigué qu’avant, probablement à cause de la digestion. L’étudiant en philo est absent depuis la semaine précédente, sans doute rentré chez ses parents après la fin du semestre.

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