
De passage sur cette terre, j'ai les poches vides.
De passage sur cette terre, je retiens mon être.
D’avoir trop chanté tout l’été,
je ne suis pas prêt pour l’hiver.
J'ai beaucoup regardé autour de moi.
J’ai été curieux, contemplatif, ronronnant.
Surpris, enthousiasmé, amusé.
Dans la cour, les garçons jouent à terroriser plus petit qu’eux.
La vie a été une suite incalculable de pas sur des chemins réels et sur ceux, rêvés, de mon imaginaire.
Chaque chemin était un hasard.
Chaque chemin était une larme de fond.
J'ai eu les yeux plus grands que mes orbites. Toujours j’ai cherché le fil rouge de mes idées noires, encapsulé dans mon enveloppe charnelle.
En vain.
Il n’y avait rien à comprendre.
Mais j’ai pensé. J'ai aimé. J’ai pleuré.
J’ai marché tant que j’ai pu.
Chaque saison a été un recommencement de tout. Autant qu'un crissement de pneus.
J'ai cherché à respecter les règles.
J'ai pris plein de coups sur la figure.
J’ai joué aux dés et j’ai perdu.
J’ai payé la commande sans rechigner.
J’ai laissé l’oseille et je me suis tiré.
Comme une évidence, je ne sais pas ce qui m'attend. Le futur est-il aussi important que ce qu’on dit ?
Le futur est un enfant imbu de son ignorance.
Le présent ne vaut pas mieux. Il est fuyant, volatile, et il s'évapore en un claquement de doigts.
Pourtant il y a tant de choses à voir, à voir et à entendre, à savourer.
Et puis il y a aussi une sorte de jubilation ressentie en observant les couleurs, la lumière, les formes, les expressions. La beauté m’a toujours subjugué.
Mais la beauté est malmenée.
Tout ce qui a compté un jour s'évanouit. Une génération vient, puis s'en va.
Les idoles d'autrefois sont déboulonnées, remplacées par de nouvelles icônes.
Les jeunes remplacent les vieux.
Les vieux se ratatinent, s’ankylosent, se recueillent dans leur tombe.
Si ça se trouve, il n’y aura personne pour venir cracher dessus.
L'oubli, au son des siècles, une souffrance par anticipation, être emmuré pour toute une éternité, ne pas s'en faire, se dire « ce n'est plus important ».
Adieu, mes amis.
Adieu, la galère.
Je quitte cette terre.
Les yeux embués.
La parole affaiblie.
Les gestes desséchés.
Je n'en veux à personne.
Si, quand même, un petit peu.
Je déteste ce qui avilit les êtres, ce qui les corrompt, moralement, psychiquement, physiquement.
Mon Dieu, faites que je sois en paix devant chaque instant.
