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La mort clandestine

Publié le 14 février 2026 par Lorraine De Chezlo
mort clandestined'Hadrien Laroche

Roman - 270 pages

Editions - janvier 2026

Il est Français, juif, marié, et travaille loin de sa femme, dans une capitale du golfe arabo-persique. Elle, elle est musulmane, a grandi au Maroc dans une famille pieuse et vit à présent avec son mari  et ses enfants dans un appartement d'une tour de cette capitale. Elle et lui vivent une histoire d'amour adultère, une relation risquée dans ce milieu d'interdits religieux et d'impossibilités sociales. Et pourtant, elle brave ces interdits pour le retrouver, en journée lorsque enfants et mari sont occupés, dans des lieux à la marge, une chambre, un parking, un spa. Sa vie maritale est telle une prison de peur et de violence. Sa vie passionnelle est une fenêtre de libération, d'émancipation arrachée, mais comment vivre entière écartelée entre promesses et retenues ?

Une aura de mystère sulfureux entoure ce roman. Une situation empreinte d'une forte dose d'autobiographie ? Un pays jamais nommé, mais capitale du golfe Arabo-Persique (Abu Dhabi ? Doha ? Oman ?). Leurs prénoms cachés, comme pour ne pas être démasqués.

Les chapitres alternent et la typographie en italique nous permet d'identifier le récit d'"elle". Les deux expatriés sont tour à tour narrateur, nous donnant à vivre les deux facettes de l'idylle.

Au delà des interludes sensuels que les deux protagonistes partagent, il y a surtout, tout au long du récit, les propos et les pensées d'un homme qui observe son amante se débattre, braver tant de choses. Il hérite ainsi d'une partie de sa charge mentale, mais souligne en le regrettant, ce grand déséquilibre entre la manière de se permettre de vivre l'adultère, qu'on soit "elle" ou "lui".

Extrait :

"31

Elle a ses règles et nous parlons du temps. Elle pointe le fait que ma peur de l'abandon, qui se traduit par des phases d'angoisse, lorsqu'elle quitte la maison, est aussi un rapport au temps.

Je n'accepte pas mon temps fini. J'ai peur de mourir. Le bébé craint que sa mère l'abandonne. Un bébé seul ne peut que mourir. 

Un bébé, ça n'existe pas, dit-elle. Elle dit l'avoir lu dans un livre de Catherine Dolto pendant sa grossesse. Un bébé ne peut pas exister tout seul, il fait essentiellement partie d'une relation.

Et un couple seul ? lui dis-je.

Je ne sais pas, répond-elle.

Je m'interroge. Un couple seul, est-ce que ça peut exister ? Un bébé a besoin d'une mère suffisamment bonne. Un couple d'amants, peut-être d'une société suffisamment bonne.

32

Ce que nous vivons est politique. Le corps, le sexe et l'amour sont politiques. Le corps de ma mère est politique. Nos corps sont politiques.

Ce que mon amante fait est une véritable révolution, et moi, avec elle, je milite aussi pour la libération.

Ensemble, nous éprouvons la passion de l'émancipation. 

Je suis amoureux de cette révolte qu'elle mène contre les hommes, le mariage, la religion, la société. J'aime son combat, je l'adore même."

Ce roman peut être un peu décevant par son rythme, par l'énergie qu'on pouvait attendre plus intense. Mais il a la grande qualité de donner l'impression d'un roman sincère qui donne à penser l'amour comme à la fois un don, un soutien, une admiration et une lutte de tous les jours pour que sa valeur ne puisse qu'être approuvée par tous les dieux possibles.

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