En sortie le 25 février 2026 dans les salles françaises, ce film à la fois pédagogique et sensible est essentiel pour qui voudrait mieux comprendre pourquoi perdurent les préjugés contre les étrangers et la situation sur le terrain. 5 ans de travail pour un véritable outil contre la désinformation.
Cyril Montana est journaliste et écrivain. Avec Thomas Bornot, il avait déjà coréalisé Cyril contre Goliath (2020) sur le bras de fer avec le couturier Pierre Cardin qui voulait privatiser Lacoste, le village de son enfance. Il est aussi petit-fils d’un combattant républicain de la guerre d’Espagne qui, après la Retirada, fut réfugié politique en France... et perçu comme un dangereux bolchevik. C’est en signalant cela qu’il démarre Welcome to Europe et c’est ainsi qu’il aborde les gens, pour expliquer sa démarche et les mettre en confiance. Il est toujours à l’écran : ce film est son enquête et il la mène comme un reportage. Confronté à la montée de l’extrême-droite, il veut donner à connaître les conséquences des politiques anti-migratoires et des stigmatisations envers ceux que l’on considère comme des barbares - un vieux mot qui dans l’antiquité voulait dire l’étranger.
Cela l’amènera loin, dans tous les points chauds, à la rencontre de plein d’activistes, de chercheurs et de responsables politiques. L’image est soignée, lumineuse, en scope, le son est parfait, le réalisateur est expérimenté : Thomas Bornot. Ayant créé avec lui leur société de production, et ainsi trouvé les financements nécessaires, Montana a les moyens de son ambition. Et le voilà sur les routes. Lui-même militant à Utopia 56, une association d’aide aux exilés, il accueille chez lui un Afghan ayant grandi en Iran, Yadullah Mousawi, qui a découvert le yoga sur l’île de Lesbos, dans la seule tente tranquille du camp, et cherche à l’enseigner arrivé en France.
Yadullah sera peu à peu le marqueur d’un périple qui part de Paris et passe par Barcelone, Villeurbanne, Calais, Vintimille, Lampedusa, Lesbos... Donc les portes d’entrée en France ou en Europe. A chaque fois, Montana rencontre des militants qui soutiennent les migrants. Il faudrait tous les citer, évoquer leur dévouement et leur générosité. On reconnaît au passage Cédric Herrou avec son équipe Emaüs dans la vallée de la Roya (cf. Libre de Michel Toesca et sa série en 6 épisodes Autrement)...
Mais il va voir aussi des personnalités à la parole solide. Le démographe François Héran au Collège de France qui évoque le brassage historique et un coût de l’immigration neutre pour le budget de l’Etat. Ou bien Jacques Toubon (« Ce sont nos enfants ! ») qui insiste sur leur apport. Ou encore Benoît Hamon qui décrit le vocabulaire utilisé : guerre ou catastrophe. Ainsi que le député européen Damien Careme qui rappelle que sur 100 millions de déplacés dans le monde, seulement 330 000 viennent en Europe, soit 0,3 % ! Ou François Gemmenne à Science Po, pour qui la fermeture des frontières coûte cher, engraisse les passeurs et provoque des drames tandis que leur ouverture permettrait au contraire de gérer les flux plus humainement, au bénéfice des économies des pays d’accueil.
Et puis il y a les témoignages, avec, toujours, l’horreur des prisons libyennes dont on ne ressort que si la famille se laisse extorquer une rançon. Et ces gardes-côtes qui y ramènent les canots à la barbe des ONG de secours en mer, avec le soutien financier de l’Union européenne...[1]
Le tour d’horizon est sensible et complet : ce film peut être montré à des élèves. Il a des documents pédagogiques d’accompagnement. Car le problème est de changer le regard, pour combattre la xénophobie. Car les vrais barbares ne sont pas ceux qu’on dit.
[1] Depuis 2020, au moins 130 à 200 millions d’euros (NDICI – “Global Europe”), sans oublier les refoulements sommaires (pushbacks) de Frontex.
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