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Intrusions

Par Luc24

Une intrusion dans le cinéma français dont on se serait bien passé

Pauline est une femme fatale, du moins c’est ainsi qu’on nous la présente en début de film avec une Natacha Régnier en robe moulante rouge (femme fatale d’ailleurs plus sur le papier à en juger par le manque de charisme de l’actrice) prête à séduire un « banal » comptable. Pauline est la fille d’un riche patron d’entreprises (Jacques Weber) qui avec le temps est devenu maitre dans l’art de manipuler les gens et de faire tomber ceux qui s’opposent à ses désirs. Pauline n’avait envie que d’un coup d’un soir mais la sotte se retrouve enceinte. Pas question d’avorter : elle gardera le bébé et François le comptable (Eric Elmosnino) se verra dans l’obligation de l’épouser (son « beau papa » le menace de le licencier et de faire passer cet incident pour un viol s’il ne s’engage pas). Mariage forcé, destin brisé : Pauline rêvait de finir dans les bras de son jeune amant (interprété par Thibault Vincon) et François avec une femme déjà en couple…Comme on pouvait s’y attendre, la vie de couple entre ces deux là tourne vite au néant. Courageux, François décide de divorcer. Ce qui a le don de mettre Pauline dans tous ses états, à tel point qu’elle va provoquer une chute fatale pour son bébé. Bien décidée à faire payer le prix fort à cet homme prêt à ruiner sa réputation, elle attend sa vengeance. Coup du sort : François est retrouvé mort suite à un énigmatique accident de voiture. Il semblerait que cet évènement ne soit pas le fruit du hasard mais l’œuvre de Alexis Target (Denis Podalydès), un ouvrier témoin de la détresse de Pauline. Ce moins que rien va commencer à faire chanter la fille à papa : si elle ne lui donne pas 100 000 euros, il dira qu’elle est à l’origine de l’accident. Du jour au lendemain, alors que sa maison est en pleine construction, Pauline voit sa vie s’écrouler devant ses yeux. Entre un maitre chanteur collant, un père autoritaire et dangereux, un amant absent, un mari mort et une servante fêlée : elle n’est pas au bout de ses peines…

Au départ, il y avait une crainte. Je me souvenais que la prestation de Natacha Régnier était un des points faibles du précédent film d’Emmanuel Bourdieu. Elle y était terriblement fade. La voir en tête d’affiche de son nouveau projet me laissait perplexe. Et malheureusement, dès les premières scènes mes craintes se sont avérées justifiées. L’actrice ne colle pas du tout avec le personnage de Pauline. Elle n’a ni le sex appeal d’une femme fatale, ni le charisme d’un personnage principal et encore moins la classe d’une fille de la haute. A la manière d’un Chabrol, le réalisateur souhaite traiter de la lutte des classes et livrer un portrait d’une bourgeoisie pathétique et sans état d’âme. Force est de constater que l’on ne croit pas une seconde à l’étude de ce milieu , mal cerné par Bourdieu. Tout fait très toc, de la fille à Papa qui s’habille comme une pauvresse (désolé mais c’est vrai) à la servante hystérique et pas du tout réaliste. On se pose un moment la question de savoir si le cinéaste prend son intrigue au sérieux, s’il ne baigne pas en plein second degré ou trip sous acide. Mais quand on voit toutes les références qu’il avance, pas de doute : Intrusions est un cuisant échec. Si c’est un thriller , il n’y a aucune tension ; si c’est du second degré on s’énerve plus qu’on ne rit.

La direction d’acteur est mauvaise. Natacha Régnier, comme dit précédemment, a le charisme d’une huitre et ne parvient jamais à rendre son personnage attachant. Aucune empathie pour Pauline, pour son sort, elle est juste souvent irritante quand elle ne se complait pas dans une terrifiante léthargie. Denis Podalydès et Amira Casar , pour qui j’ai beaucoup de respect, semblent perdus dans le néant et tentent de faire ce qu’ils peuvent avec le peu de matière qui leur est donné. Personnages trop caricaturaux ou au contraire complètement flous, réalisation plate et sans personnalité, montage désagréable, faux raccords, bande originale qui ne colle pas aux images…On a beau chercher quelques qualités pour sortir Intrusions du naufrage mais en même temps l’ennui ne cessant de grandir, on finit par baisser les bras. Sur sa fin, le film bascule totalement dans la folie. Ca aurait pu être jouissif mais c’est juste triste. On savait que Emmanuel Bourdieu était capable du meilleur, avec ce nouvel opus on découvre qu’il est bel et bien apte à nous donner le pire. A oublier, vite.


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