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S’effacer

Publié le 09 septembre 2008 par Gregory71

Le jeu de rapprochement et de distance affective est paradoxal.

La rencontre nous rapproche de quelqu’un. Hasard de la rencontre et du désir. Hasard de la peau et d’une présence, façon dont deux corps s’agencent en deçà de tout langage. Il n’y a pas de raison à de tels rapprochements. Est-ce une décision arbitraire ? Des mondes ressemblants ? Ou simplement adjacents ? Des lacunes compatibles ? Le téléscopage de deux temsp qui sont aussi deux désirs ? Peu importe, la proximité est là, intimité et solidarité. On se rapproche d’un corps, on le touche, apporter du plaisir, encore et encore, pour fixer ce regard qui mélange la jouissance et la détresse, cet appel à l’autre qui est si proche, mais dont la limite des corps rend la proximité distante. Plus on se rapproche, plus l’inframince devient palpable, matériel, sensible. Il n’y a aucun mot juste à mettre sur cette proximité. On peut tout juste raturer avec le langage et espérer que dans l’écart de ces ratures on pourra sentir la différence entre ce qu’il est dit et ce qu’il y à dire.
Voyons cette proximité.

Peu importe les raisons de la séparation. Simple incompatibilité de caractère venant progressivement. Simple mésentente. Simple attirance vers un(e) autre. Ou encore retour d’une relation passée. Il y a toujours des raisons factuelles pour en finir avec cette proximité. Il faut alors se séparer, couper ce lien qui n’était pas fusionnel, mais insistance d’une distance, résistance de l’autre permettant le contact des peaux. On dit des mots définitifs. On se sépare. Puis le silence, on prend de la distance. On peut s’y faire. On doit s’y faire. Chacun se fait une raison de ce nouvel état.

Mais entendons la séparation. Au coeur de celle-ci quelque chose résiste. Ce n’est pas raisonnable de dire cela même si nous le vivons. Nous devrions plutôt le taire, faire comme si de rien n’était et dire : « C’est bien fini ! ». Mais voilà, ça insiste au coeur même de la distance. Peut-être est-ce lié au fait que la distance était aussi au coeur de l’intimité et que perdant l’autre, se séparant de lui, on retrouve cette distance, et nous en somme étonnés. Je ne suis pas sûr qu’on ait pensé cette proximité monstrueuse, cette ressemblance informe pour reprendre la formule de Bataille, entre l’intimité et la séparation.

Il y a la constellation d’un instant entre la rencontre et la séparation, le sentiment qui nous saisit quand nous nous rapprochons de quelqu’un, en un clin d’oeil, et celui qui nous capture quand nous devons nous en éloigner et prendre nos distances. Que se passerait-il si de telles distances n’étaient pas prises ? L’intimité continuerait-elle à persister au-delà de son seuil social, nous ne sommes plus ensemble et pourtant…? Ce serait un autre silence des corps tout aussi précieux et intense que celui qui nous faisait nous rencontrer.


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