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« Brand » d’Henrik Ibsen

Par Etcetera
Brand d’Henrik IbsenCouverture du DVD

J’étais très passionnée par le théâtre d’Ibsen (1828-1906) quand j’avais une trentaine d’années et j’avais lu un grand nombre de ses pièces, depuis Peer Gynt (1867) jusqu’à Solness le constructeur (1892), en passant par Maison de poupée (1879) ou Hedda Gabler (1890).
Mais je ne connaissais pas encore Brand, pièce en cinq actes, d’une durée de quatre heures environ, datant de 1866, une œuvre à peu près contemporaine de Peer Gynt, écrite par le dramaturge norvégien vers la quarantaine.
Cette œuvre a été écrite en vers, dans sa version originale norvégienne, mais bien sûr la traduction française est en prose.
Merci à Ana-Cristina de m’avoir prêté le DVD de cette magnifique représentation au Théâtre National de Strasbourg, en mars 2005, dans une géniale mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec des acteurs extraordinaires (Philippe Girard, Pauline Lorillard, Bénédicte Cerutti, Claude Duparfait, etc.), ainsi que des décors sobres et merveilleusement évocateurs.
Un spectacle que je garderai longtemps en mémoire car il mérite tous les superlatifs !

Quatrième de Couverture du DVD

« Tout ou rien » : l’aspiration du pasteur Brand à une vie juste ne peut souffrir de limitation ; il est prêt à tout pour être fidèle à son idéal, emmenant mère, femme et enfant dans la tornade de ses sacrifices.
Mais qu’est-ce que cette guerre qu’il mène contre la médiocrité d’un petit monde perdu au fond des fjords ? Un rappel héroïque à la nécessité de s’élever ? Ou un extrémisme dangereux, porteur de destruction ? Le désir de Brand d’être un sauveur ne cache-t-il que sa volonté de puissance ? Cette pièce monstre, au cœur des contradictions politiques et éthiques d’Ibsen, laisse en suspens les réponses. Tour à tour satirique et philosophique, pleine de scènes intimes déchirantes mais dominée par l’humour caustique du personnage, Brand est comme Peer Gynt un voyage vertigineux à travers différentes formes de théâtre. Et c’est aussi un rêve d’Ibsen en exil sur les paysages inhabitables de la Norvège…

Mon avis

Brand est un homme épris d’un absolu spirituel, un homme intransigeant qui ne supporte pas le moindre compromis. Il déteste le péché et la faiblesse humaine, il prône le sacrifice et vise toujours « la grandeur » dans chaque entreprise et dans chaque pensée. Il est prêt à braver tous les dangers, au péril de sa vie, pour aller donner l’absolution à une âme dans le repentir, pour assurer le salut de cette âme. Mais il n’est pas prêt à rendre visite à sa mère mourante, sous prétexte qu’elle a refusé de se dépouiller de toute sa fortune au profit des pauvres, et il la laissera mourir seule et sans consolation à cause de cela. La devise de Brand est « Tout ou rien » c’est-à-dire qu’avec lui il n’y a jamais rien de moyen, aucune demi mesure. Au bailli ou au vieux prêtre (dans le 5e acte) venus lui rappeler ses devoirs à l’égard de la communauté et les petits arrangements que l’on doit concéder au monde social, Brand oppose des refus catégoriques, il fustige ces deux hommes et se réclame d’une nécessité plus haute.
J’avoue avoir eu une aversion assez forte pour ce personnage de Brand, pour ce rigorisme intégriste, extrémiste, qui est prêt à sacrifier tout et tout le monde sur l’autel d’une foi, d’une religion, d’un idéal divin.
Brand m’a paru pétri d’orgueil, doté d’un égo surdimensionné, car il a conscience de ses talents oratoires et de son charisme, qui lui donnent un grand pouvoir d’entraînement sur la population du village, comme une sorte de gourou prêchant à son profit.
Un personnage est encore plus extrémiste que Brand : Gerd, la jeune fille folle, qui hante les glaciers au sommet des montagnes et qui cherche à amener les promeneurs vers son « église de glace » pleine de précipices et de crevasses. Mais sa folie et sa solitude en font un personnage plutôt pathétique, qui peut inspirer plus de pitié que Brand.
Il me semble que le message d’Ibsen, à travers cette pièce, est de nous mettre en garde contre trop de rigorisme et de sévérité dans nos croyances et nos idéaux : il nous appelle à un nécessaire humanisme, à une modération dans nos principes. Il nous montre que nous devons respecter les faiblesses des autres, faire preuve de douceur, de mansuétude, de pardon, comme le personnage d’Agnès, la femme de Brand, qui réapparaît au 5e acte, sous forme de fantôme, pour donner à son veuf de mari quelques leçons de vie. 
Un chef d’œuvre, incontestablement, qui peut encore nous parler à notre époque, puisque ce 21e siècle ne manque ni d’intégrismes religieux ni d’extrémismes idéologiques !

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