Si vous suivez de près Paul McCartney sur ses réseaux sociaux, un détail a récemment suffi à remettre la machine à fantasmes en route : l’apparition d’un petit oiseau au détour de ses descriptions officielles. Chez n’importe quel autre artiste, on parlerait d’un gadget graphique ou d’un caprice de communication. Chez Macca, impossible de ne pas y voir un signe de plus dans ce feuilleton qu’il entretient depuis des mois autour de son prochain disque. Car voilà bientôt deux ans que Paul laisse entendre qu’un nouvel album existe, qu’il avance, qu’il doit être terminé, assemblé, puis lancé au bon moment. Entre ses concerts, les projets autour de Wings, le documentaire Man on the Run et ses multiples activités, l’ancien Beatle continue d’alimenter un suspense qui ne ressemble ni à une panne d’inspiration, ni à un simple retard. Alors que peut-on réellement attendre du nouvel album de Paul McCartney en 2026 ? Un disque plus direct ? Plus rock ? Plus mélodique encore ? Derrière les indices, les déclarations et les spéculations, une certitude demeure : quand Macca fait durer l’attente, c’est rarement pour ne rien avoir à dire.
Si vous êtes fan de Paul McCartney, et que vous suivez avec assiduité ses différents réseaux sociaux, un petit détail ne vous a pas échappé. L’ajout, à la suite des descriptions de ses réseaux d’un oiseau….

Serait-ce le début d’un teasing pour un nouvel album ? Les spéculations vont bon train, mais qu’attendre finalement du nouvel album de Paul ?
Sommaire
- Le nouvel album de Paul McCartney : ce que Macca nous cache, ce qu’il prépare, et ce que l’on peut vraiment en attendre en 2026
- Deux ans de teasing, mais pas une seconde d’immobilité
- Ce que Paul a réellement dit, et ce qu’il n’a pas dit
- Pourquoi Andrew Watt change la donne
- On ne devrait pas avoir un “McCartney IV”, et c’est tant mieux
- Le retour du mélodiste absolu
- Un disque plus nerveux, plus direct, plus physique ?
- Mais Macca ne sera jamais un vieil homme courant derrière la modernité
- Le poids du moment : Wings, “Man on the Run” et la gestion d’un héritage monstre
- Comment ce disque pourrait être lancé
- Alors, à quoi faut-il vraiment s’attendre ?
Le nouvel album de Paul McCartney : ce que Macca nous cache, ce qu’il prépare, et ce que l’on peut vraiment en attendre en 2026
Paul McCartney joue avec les nerfs de ses fans depuis assez longtemps pour que cela cesse d’être une simple attente et devienne une ambiance. Un climat. Une météo maccartnéyenne faite d’indices, de demi-phrases, de promesses soufflées avec ce mélange de désinvolture et de malice qu’il maîtrise mieux que personne. On parle quand même d’un homme qui, à plus de quatre-vingts ans, continue de travailler comme s’il était un jeune compositeur de vingt-sept ans terrorisé à l’idée de perdre une mélodie en route. Le plus fascinant, dans cette histoire de nouvel album de Paul McCartney, ce n’est donc pas seulement le retard supposé. C’est la manière dont Macca transforme ce retard en suspense permanent. Un jour, il explique qu’il a “beaucoup de chansons” en chantier ; un autre, il laisse entendre que certaines auraient pu être des chansons des Beatles ; puis il désigne l’année suivante comme celle de “son nouvel album”, avant qu’un nouveau projet, une tournée, un film, une archive exhumée ou une idée de pochette ne viennent encore décaler le moment de vérité. On n’est pas face à un artiste à court d’inspiration. On est face à un artiste qui, précisément parce qu’il en a encore trop, n’arrête jamais assez longtemps pour refermer la porte derrière une œuvre et la livrer au monde.
C’est ce qui rend l’attente si particulière. Avec d’autres vétérans, l’annonce d’un disque tardif ressemble à une cérémonie d’héritage, presque à une commémoration anticipée. Avec Macca, jamais. Chez lui, il y a encore de l’élan, de la gourmandise, de la vitesse, de la curiosité, et surtout cette vieille maladie magnifique : la volonté de faire. Faire une tournée, faire un film, faire un livre, faire une bande originale, faire un show surprise dans une petite salle, faire une chanson avec un producteur de trente ans son cadet, faire une pochette, faire une autre version, refaire, déplacer, retoucher. Le paradoxe, c’est que cette fébrilité prive en partie du disque attendu. Mais elle dit aussi quelque chose de très rassurant : Paul McCartney ne retarde pas cet album parce qu’il doute de lui au point de rester pétrifié. Il le retarde parce qu’il avance dans trop de directions à la fois. C’est une nuance capitale. Elle permet déjà d’imaginer un disque non pas crépusculaire, non pas muséal, mais bel et bien vivant, encombré peut-être, perfectionniste sans doute, mais vivant jusqu’au bout des doigts.
Deux ans de teasing, mais pas une seconde d’immobilité
La chronologie publique est assez claire, même si elle a été distillée au compte-gouttes. À l’automne 2024, Paul expliquait avoir enregistré de nouvelles chansons sur l’année écoulée, qu’il en avait “beaucoup” qu’il pensait sortir l’année suivante, mais que la tournée l’empêchait encore de terminer le mixage. Plus intéressant encore, il ajoutait qu’il y avait “une ou deux” chansons qu’il jugeait assez fortes pour pouvoir être, en substance, des chansons des Beatles. Quelques mois plus tard, sur son site officiel, il formulait sa résolution pour 2025 de façon limpide : finir un album. Puis, à la fin de 2025, interrogé sur ce qu’il attendait le plus de 2026, il répondait : “mon nouvel album”, en précisant qu’ils commençaient à réfléchir à la manière de l’assembler. Dit autrement, entre l’automne 2024 et la fin de 2025, le récit n’a jamais été celui d’un disque fantasmé par les fans sans fondement réel. Le disque existe. Il a été écrit, largement enregistré, repoussé par la route, puis replacé dans la pile des priorités, avant d’entrer dans une phase où l’on ne parle plus seulement de chansons, mais de mise en forme.
Ce point est essentiel parce qu’il change complètement la nature de l’attente. Il ne s’agit pas du cas classique d’une rumeur alimentée par des forums surchauffés ou par le moindre cliché pris devant un studio. Il s’agit d’une situation où Paul McCartney lui-même a parlé du disque à plusieurs reprises, où son site officiel l’a laissé exister verbalement sur deux années civiles, et où le vocabulaire employé a progressivement glissé du simple travail d’écriture vers l’idée d’un objet à finaliser. Ce n’est pas rien. Chez McCartney, les mots comptent toujours, même quand ils semblent jetés à la légère. Lorsqu’il dit qu’il doit “finir” un album, cela suppose une matière déjà considérable. Lorsqu’il explique plus tard qu’il faut désormais penser à “comment l’assembler”, cela suggère que l’enjeu n’est plus prioritairement la naissance des chansons, mais leur ordre, leur habillage, leur identité, leur trajectoire publique. On sent très nettement le passage d’un temps de studio à un temps d’éditorialisation. C’est la meilleure nouvelle possible pour qui attend une sortie du nouvel album de Paul McCartney en 2026.
Ce que Paul a réellement dit, et ce qu’il n’a pas dit
Il faut toutefois se méfier d’une tentation très maccartnéyenne chez les fans : celle qui consiste à transformer chaque indice en promesse imminente. Macca n’a jamais annoncé de date, jamais révélé de titre, jamais confirmé un producteur sur son site, jamais laissé entendre qu’un premier single était prêt à tomber d’un jour à l’autre. Il a dit qu’il travaillait sur des chansons, qu’il devait finir un album, qu’il regardait vers 2026 avec cet album en tête. C’est beaucoup, mais ce n’est pas un calendrier. La nuance est d’autant plus importante que son actualité officielle en 2025 et 2026 a été saturée par autre chose : la reprise de la tournée Got Back en Amérique du Nord, les shows secrets du Bowery Ballroom, la campagne autour de Wings, le documentaire Man on the Run, puis sa bande originale, sans oublier les avancées autour de High in the Clouds. Quand on regarde son actualité récente, le paysage qui se dégage n’est pas celui d’un artiste assis seul sur une chaise, attendant que son prochain album sorte du brouillard. C’est celui d’un empire créatif en activité permanente.
Dans ce contexte, le “retard” du disque prend une coloration très différente. Il ne faut pas seulement l’interpréter comme une hésitation esthétique ; il faut aussi le lire comme un problème de fenêtre. Un album de Paul McCartney n’est pas un simple fichier envoyé sur les plateformes un vendredi à minuit. C’est un événement avec une narration, une identité visuelle, un dispositif physique, une place à trouver entre des rééditions prestigieuses, des films, des publications, des concerts et une machine patrimoniale désormais immense. C’est là que certaines informations relayées par la presse spécialisée prennent du sens : le disque serait terminé, ou en tout cas très avancé, mais sa sortie serait freinée par des questions de présentation et de contexte, notamment autour de la pochette et du bon moment pour le lancer. Même sans confirmation officielle détaillée, cette hypothèse colle assez bien à l’ensemble des signaux publics. L’impression dominante n’est pas celle d’un album inachevé, mais bien celle d’un album retenu à l’entrée de son propre théâtre, attendant que les lumières, le décor et le bon créneau soient enfin prêts.
Pourquoi Andrew Watt change la donne
S’il y a un nom qui permet de comprendre à quoi pourrait ressembler ce disque, c’est évidemment Andrew Watt. Paul a confirmé dès la fin de 2022 qu’il avait commencé à travailler avec lui. Depuis, tout indique que cette relation n’a pas été anecdotique. Des témoignages concordent sur le fait qu’un simple thé chez Watt s’est transformé en séance d’écriture, puis en collaboration durable. Andrew Watt, de son côté, a raconté avoir vu McCartney travailler de près, sauter d’un instrument à l’autre, poser batterie, piano, harmonies et arrangements avec une rapidité hallucinante, comme si le studio n’était pas un lieu d’enregistrement mais une extension directe de son cerveau. C’est passionnant pour une raison simple : Watt n’est pas un producteur lisse, un technicien chargé de dépoussiérer une légende. C’est un fan actif de la grammaire rock, quelqu’un qui aime les chansons construites, l’énergie physique des prises, le rapport musclé au son, mais qui sait aussi s’effacer devant la singularité de l’artiste.
On a vu récemment ce que cette esthétique pouvait produire autour de lui. Watt a travaillé avec les Rolling Stones, Elton John, Lady Gaga, Pearl Jam, Ozzy Osbourne ; il circule entre des univers très différents, mais avec un point commun : il aime les artistes qui restent des musiciens, pas seulement des marques. Et sur “Bite My Head Off”, ce morceau nerveux de Hackney Diamonds où Paul joue de la basse, les recoupements disponibles indiquent que Watt travaillait en parallèle avec McCartney sur son propre album. Ce détail n’est pas anodin. Il situe le prochain disque de Paul dans un environnement sonore où l’on valorise le jeu, le nerf, la présence, le grain, la chaleur d’un groupe, même quand l’artiste central reste capable de tout jouer lui-même. Autrement dit, Andrew Watt fait peser sur ce projet une hypothèse très excitante : celle d’un album moins cérébralement rangé qu’un objet patrimonial, plus direct, plus charnu, plus live dans l’esprit, même si Paul continue d’y exercer son autorité mélodique absolue.
On ne devrait pas avoir un “McCartney IV”, et c’est tant mieux
Il y a une erreur d’attente que beaucoup de fans commettent dès qu’un nouveau disque de Paul se profile : ils projettent sur lui le fantasme du prochain grand album solitaire, bricolé dans un coin, dans la lignée des trois McCartney. Or tout ce que l’on sait suggère précisément l’inverse. McCartney III était né d’un contexte exceptionnel, celui de l’isolement, du “Rockdown”, du temps suspendu, avec Paul écrivant, jouant, chantant et produisant lui-même presque tout dans une logique de journal de bord intime. C’était un disque d’homme seul, au sens noble du terme, un disque qui tirait sa beauté de sa liberté et de son étrangeté domestique. Le prochain album, lui, semble venir d’un autre mouvement : une collaboration engagée avec Andrew Watt, des sessions étalées, interrompues par la tournée, reprises, retravaillées, et sans doute conçues dans un cadre plus ouvert, moins ascétique. Il faut donc cesser d’attendre un “McCartney IV” déguisé et accepter une autre promesse.
Et c’est probablement une très bonne nouvelle. Paul est trop malin pour refaire deux fois le même disque. Toute son histoire solo est traversée par ce refus de l’autopastiche : après la sécheresse artisanale de McCartney, il a fait Ram ; après les fantaisies électroniques de McCartney II, il a pris d’autres chemins ; après le raffinement morbide de Chaos and Creation in the Backyard, il a rebondi autrement ; après la pop kaléidoscopique de Egypt Station, il a surpris avec un disque maison ; après le laboratoire de McCartney III, la logique la plus profonde chez lui est celle du déplacement. Voilà pourquoi il faut envisager ce futur opus non comme le prolongement du précédent, mais comme sa contradiction partielle. Plus d’ouverture, plus de dialogue, plus de production pensée comme relief, et peut-être davantage de tension entre classicisme mélodique et coupe contemporaine. Chez McCartney, les meilleurs retours sont souvent ceux qui dévient au lieu de confirmer.
Le retour du mélodiste absolu
Le point le plus troublant dans tout ce qui a filtré reste cette phrase lâchée en 2024 : Paul dit avoir une ou deux chansons qu’il pense assez bonnes pour “pouvoir être des chansons des Beatles”. Il faut évidemment se garder d’en tirer un pronostic délirant. McCartney n’a pas dit qu’il allait refaire les Beatles, ni qu’il poursuivait un fantasme de reconstitution. Mais il faut prendre cette remarque au sérieux, parce qu’elle dit quelque chose de son niveau d’exigence au moment où il parlait. Chez lui, la référence aux Beatles n’est pas une coquetterie. C’est un étalon. Cela signifie peut-être que certaines compositions possèdent cette qualité de tension mélodique immédiate qu’on retrouve dans ses plus grands moments : une ligne vocale qui paraît ancienne dès la première écoute, un refrain qui semble avoir toujours existé, une modulation qui renverse l’humeur d’un morceau en trois secondes, cette science du crochet affectif qui fait qu’une chanson devient familière avant même d’être connue. Si cette intuition de Paul ne relevait pas d’un enthousiasme passager, alors il est permis d’attendre du nouvel album de Macca au moins quelques pièces de très haut calibre mélodique.
Ce serait cohérent avec ce qu’Andrew Watt a lui-même raconté de sa manière de travailler. Dans ses descriptions, on voit McCartney reconstituer des harmonies au piano, bâtir des chœurs en empilant les voix, passer naturellement de l’instrumentation à l’architecture. Il n’est pas question ici d’un survivant du classic rock qui viendrait aligner des souvenirs de métier. Il s’agit encore d’un homme qui pense la chanson comme une forme totale. Cela laisse imaginer un disque où les titres les plus marquants ne seraient pas forcément les plus bruyants ni les plus modernes en apparence, mais ceux où cette vieille sorcellerie maccartnéyenne ferait son retour : les couplets qui tournent légèrement de biais, les refrains larges comme des avenues, les ponts qui changent d’éclairage émotionnel, les harmonies qui élèvent tout à coup une chanson au-dessus de sa simple structure. La meilleure hypothèse, à ce stade, c’est donc celle d’un album qui offrirait encore des grandes chansons de Paul McCartney, pas seulement des morceaux “réussis pour son âge”. Et la différence, pour tout amateur sérieux de sa discographie, est énorme.
Un disque plus nerveux, plus direct, plus physique ?
S’il faut parier sur une évolution sensible, le retour d’une certaine nervosité rock apparaît comme l’hypothèse la plus crédible. Non pas le rock d’apparat, le rock destiné à prouver qu’il reste encore de l’énergie, ce qui serait une idée sinistre. Plutôt un rock de coup de rein, de mordant, de basses bien en avant, de batteries qui poussent les chansons au lieu de simplement les soutenir. La collaboration avec Andrew Watt, la proximité avec le monde sonore de Hackney Diamonds, la présence de Paul sur “Bite My Head Off”, et même cette apparition scénique surprise avec Watt et Chad Smith à l’été 2024 dessinent autour de lui un paysage beaucoup plus rugueux que celui d’un disque tardif poli à l’excès. Quelques titres plus secs, plus tranchants, avec des couplets resserrés, des refrains qui frappent vite, et une envie de vitesse retrouvée, voilà ce qui pourrait se profiler. Paul a toujours aimé alterner la tendresse et la castagne élégante. Un nouvel album piloté avec Watt pourrait remettre cette dualité au premier plan.
Ce serait même une manière très naturelle pour lui de réaffirmer quelque chose que l’on oublie trop souvent : Paul McCartney n’est pas seulement l’auteur de “Yesterday” et “Let It Be”, c’est aussi un musicien qui aime le riff, la cassure, le groove et l’attaque. Quand il est bien entouré, il peut retrouver une agressivité joyeuse qui le sort du piège du “grand ancien”. On peut donc raisonnablement attendre un album moins flottant que McCartney III, moins patchwork que certains passages de Egypt Station, et plus concentré sur la puissance d’exécution. Un disque qui ne chercherait pas à “faire jeune”, ce qui serait grotesque, mais à retrouver une franchise d’impact. En clair : des chansons qui entrent plus vite dans le vif, qui vivent davantage dans le corps que dans l’atmosphère, qui assument la matérialité du jeu. Si cela se confirme, ce sera une excellente manière pour Macca de rappeler qu’il reste, même aujourd’hui, un bassiste et un batteur instinctif de très haut niveau, pas seulement un compositeur patrimonial assis sur un trône de mélodies.
Mais Macca ne sera jamais un vieil homme courant derrière la modernité
Pour autant, il serait absurde d’attendre un disque uniformément musclé, comme si Paul allait soudain publier son album “garage tardif” sous l’influence d’un producteur plus jeune. Ce n’est pas ainsi qu’il fonctionne. La force de McCartney, surtout dans sa carrière solo, a toujours été sa capacité à tenir ensemble plusieurs humeurs que beaucoup d’artistes sépareraient en projets distincts : la fantaisie, la mélancolie, la ballade nue, le morceau à tiroirs, la pop lumineuse, l’exercice de style presque music-hall, la confession déguisée en ritournelle. Son prochain disque, quel qu’il soit, aura presque certainement cette pluralité-là. D’autant que le contexte personnel et créatif dans lequel il évolue en ce moment invite moins à un geste monolithique qu’à une synthèse. Man on the Run l’a replongé publiquement dans les années Wings, donc dans l’idée de rebond, de famille, de travail acharné après l’effondrement ; High in the Clouds l’occupe sur un autre registre, plus narratif et plus léger ; et ses réponses récentes montrent un homme encore curieux, tourné à la fois vers ses archives et vers l’avant. Tout cela fait de lui un artiste dispersé dans le bon sens du terme.
C’est pourquoi il faut aussi s’attendre à des moments d’émotion plus dénudés. Peut-être pas un grand cycle élégiaque, ce n’est pas son genre de s’installer dans la gravité comme dans un fauteuil. Mais des chansons plus lentes, oui ; des titres où sa voix, devenue ce qu’elle est devenue, ne sera pas traitée comme un problème à masquer, mais comme une matière expressive. Les meilleurs disques tardifs de vieux maîtres ne sont pas ceux qui font semblant d’ignorer le temps. Ce sont ceux qui l’utilisent sans pathos. Paul sait faire cela mieux que presque tout le monde, parce qu’il ne s’abandonne jamais au misérabilisme. Il peut parler de perte, de mémoire, de fatigue, de gratitude, de fidélité ou de peur sans jamais cesser d’écrire des chansons qui se tiennent debout musicalement. C’est même là qu’il reste le plus fort : transformer l’intime en artisanat supérieur, sans se vautrer dans l’autobiographie brute. Il faut donc attendre du prochain album de Paul McCartney des morceaux nerveux, oui, mais aussi des ballades où l’émotion viendra moins de la performance vocale que de la justesse de l’écriture.
Le poids du moment : Wings, “Man on the Run” et la gestion d’un héritage monstre
Un autre élément pèse lourd dans l’équation : Paul McCartney est aujourd’hui le gestionnaire actif d’un patrimoine gigantesque, et il le fait avec une implication réelle. Il suffit de regarder son actualité récente pour comprendre que la machine ne tourne pas toute seule. En 2025, il a prolongé Got Back en Amérique du Nord après ses shows du Bowery Ballroom ; fin 2025 et début 2026, son site a poussé la compilation WINGS, le documentaire Man on the Run, puis sa bande originale ; au printemps 2026, on y trouve encore le film, le soundtrack, les deux soirées au Fonda et d’autres objets autour de l’univers Wings et post-Beatles. Cela ne signifie pas que le nouvel album passe après tout le reste par désintérêt. Cela signifie qu’il doit entrer dans un embouteillage organisé par Paul lui-même. Or McCartney a toujours eu un rapport très fort à la présentation des choses. Il n’aime pas seulement enregistrer ; il aime aussi encadrer, raconter, visuellement signer ses sorties. Quand une telle quantité de projets coexistent, il devient logique qu’un album studio attende son propre espace respirable.
Cette situation produit un effet paradoxal. D’un côté, elle peut frustrer les fans qui veulent simplement des chansons nouvelles, pas un nouvel étagement de l’héritage Wings. De l’autre, elle peut enrichir profondément l’album à venir. Car on imagine mal que le travail autour de Man on the Run, les conversations suscitées par cette période, le retour sur les années 1970, les archives exhumées, les souvenirs retraversés, n’aient laissé aucune trace sur l’état d’esprit de Paul lorsqu’il reprend ses morceaux récents pour les terminer. La mémoire, chez lui, n’est pas seulement un musée ; c’est souvent un carburant. Le disque qui arrive pourrait donc être un album d’homme du présent hanté positivement par ses reconstructions du passé. Pas un album nostalgique, mais un album écrit par quelqu’un qui a, ces derniers mois, remis les mains dans la matière vive de sa propre survie post-Beatles. Pour un artiste qui a toujours préféré l’action au commentaire, cette plongée rétrospective peut très bien avoir aiguisé encore son envie de produire du neuf, justement pour ne pas rester prisonnier de son récit ancien.
Comment ce disque pourrait être lancé
Le plus intéressant, à ce stade, n’est pas seulement la date de sortie, mais la méthode de lancement. Sur ce plan, les petits signaux sont parfois plus parlants que les communiqués. Les concerts secrets du Bowery Ballroom avaient montré qu’il aimait encore la surprise, la proximité, le geste anti-industriel à l’intérieur même d’une carrière monumentale. Et voilà qu’en 2026 arrivent de nouvelles apparitions scéniques dans des salles plus réduites, comme pour remettre la machine en mouvement. Difficile de ne pas y voir, sinon l’amorce d’un cycle, du moins une remise en jambes. Les petites salles, chez McCartney, ne servent pas seulement à flatter les chanceux qui y étaient. Elles servent à réinstaller l’artiste dans une dynamique de présence, à recréer le frisson du bouche-à-oreille, à rappeler qu’avant d’être une institution, il reste un musicien capable de se pointer dans un club ou un théâtre et de remettre tout le monde à sa place. Si album il y a bientôt, ce type de geste scénique ressemble furieusement à une mise en jambes.
Il serait donc très surprenant que le lancement prenne la forme d’une campagne lourde et traditionnelle. Paul n’a plus besoin de surjouer l’événement, et son site officiel a plutôt montré ces dernières années une stratégie de révélation progressive, presque conversationnelle, nourrie par les questions-réponses aux fans, quelques annonces bien placées, puis une accélération plus nette quand l’objet est prêt. Un premier titre dévoilé sans grand vacarme, accompagné d’une imagerie très travaillée, puis une annonce d’album dans la foulée, avec formats physiques soignés et peut-être quelques concerts spéciaux servant de sas avant un retour plus large sur scène : c’est la piste la plus cohérente. Là encore, l’importance accordée à la pochette n’a rien d’anodin. McCartney a toujours compris qu’un disque n’existe pas seulement par ses chansons, mais par son cadre symbolique. L’album ne sortira pas quand il sera seulement “bon” ; il sortira quand Paul jugera que son visage public, son emballage et son moment racontent quelque chose de juste.
Alors, à quoi faut-il vraiment s’attendre ?
Le scénario le plus crédible est celui d’un album ni rétro, ni expérimental au sens froid du terme, ni purement intimiste. Tout porte à croire qu’il s’agira d’un disque de synthèse, mais dans le bon sens : un disque où le mélodiste Beatles, le leader de Wings, le bricoleur de McCartney III et l’homme de studio qui aime encore le choc d’un bon producteur se rencontrent enfin dans un même espace. Un album probablement plus ramassé qu’un projet de dispersion, avec quelques chansons immédiatement mémorables, un ou deux titres plus rentre-dedans qu’on ne l’imagine, des ballades à la pudeur précise, et cette manière qu’a Paul de faire cohabiter le sublime et le saugrenu sans demander pardon à personne. Il ne faut pas s’attendre à un testament. Le mot même serait à côté de la plaque. Il faut plutôt envisager un disque de continuation offensive, fait par quelqu’un qui sait parfaitement qui il a été, mais qui n’a toujours pas renoncé à l’idée de surprendre, y compris lui-même.
Et c’est au fond ce qui rend l’affaire si excitante. Le problème avec Paul McCartney, depuis toujours, c’est qu’on croit connaître sa prochaine mue juste avant qu’il tourne légèrement sur lui-même et fasse autre chose. À l’âge où d’autres livrent des œuvres de bilan, il peut encore tendre un disque vif. Au moment même où tout, autour de Wings et de Man on the Run, semble l’inviter à regarder en arrière, il peut très bien utiliser cette matière pour mieux repartir vers l’avant. On pourrait croire qu’Andrew Watt va le durcir ; il pourrait tout aussi bien l’aider à rendre encore plus éclatantes ses harmonies les plus tendres. La seule certitude, au fond, c’est que le nouvel album de Paul McCartney n’arrivera pas comme un objet neutre. Il arrivera chargé de temps, de travail, de détour, de frustration, d’attente, et sans doute de quelques grandes chansons. Et si Macca continue de faire patienter son monde, c’est peut-être parce qu’il sait très bien une chose : quand on s’appelle Paul McCartney, on ne publie pas simplement un disque de plus. On remet un peu d’électricité dans l’histoire.
