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Delphine Giraud – Plus vaste que le monde

Par Yvantilleuil

Delphine Giraud Plus vaste monde« Plus vaste que le monde », de Delphine Giraud, fait partie de ces romans qui semblent d’abord promettre un simple retour aux sources, mais qui finissent par ouvrir des brèches profondes dans le passé tumultueux d’un pays. Un quête des origines qui bouleverse tout !

Maya, adolescente française adoptée au Guatemala, vit depuis la mort de sa mère adoptive avec un manque diffus, un appel sourd vers quelque chose d’enfoui. Elle connaît son histoire, du moins les fragments qu’on lui en a donnés. Mais une pièce essentielle semble manquer. Son père, Zach, décide alors de l’accompagner au Guatemala, pays d’origine de sa propre mère et terre natale de Maya. Ce voyage, qui devait être une parenthèse réparatrice, se transforme progressivement en quête plus vaste, où souvenirs, révélations et zones d’ombre s’entremêlent jusqu’à bousculer toutes leurs certitudes.

Dans ce roman à deux voix, Delphine Giraud donne alternativement la parole à Maya et à Zach, partageant progressivement leurs regards, leurs silences et leurs peurs. Cette structure narrative permet au lecteur de naviguer entre les doutes de l’adolescente et l’amour maladroit, parfois inquiet, d’un père qui ne veut pas perdre sa fille au moment même où elle cherche à se trouver. Une alternance de voix particulièrement judicieuse qui donne du rythme et de la profondeur au récit.

La toile de fond guatémaltèque restitue d’une part toute la beauté du pays, allant des couleurs vives aux lacs incandescents, en passant par les traditions mayas, mais dévoile également la violence, la pauvreté et la corruption qui gangrènent certains quartiers. Une dualité qui permet de progressivement dévoiler le thème principal du récit… un sujet sensible qui surgit d’abord en filigrane avant de s’imposer par son ampleur.

Delphine Giraud traite en effet le sujet du trafic d’enfants avec beaucoup de retenue, sans sensationnalisme, mais avec une lucidité qui serre la gorge. C’est un dévoilement progressif, porté par les découvertes que Maya et Zach accumulent au fil de leurs rencontres, qui privilégie l’intime en délaissant quelque peu le contexte historique.

À l’inverse de « Jacaranda », le roman de Gaël Faye qui façonnait la quête identitaire des personnages en explorant les blessures collectives et la mémoire des conflits, le retour au pays dans « Plus vaste que le monde » se contente d’évoquer rapidement le passé du Guatemala, utilisant surtout le pays comme cadre émotionnel et privilégiant l’accessibilité du récit, sans prendre le risque de se perdre dans une histoire nationale trop dense.

Outre le sujet du trafic d’enfants, qui prend de l’ampleur au fil des chapitres, c’est surtout la quête identitaire de Maya qui incite le lecteur à tourner les pages du roman. Maya ne cherche pas nécessairement sa mère biologique, elle cherche surtout à découvrir le début de son histoire. Ce manque fondateur est décrit avec une justesse psychologique remarquable, sans pathos et sans caricature. La jeune fille avance au gré de sensations, d’incompréhensions et de colères et trouve petit à petit toutes les réponses qui lui permettent d’avancer dans la vie, le tout ponctué d’un final maîtrisé, vingt ans plus tard, qui referme magnifiquement les blessures ouvertes.

Au final, Delphine Giraud parvient à tisser une histoire intime et universelle, porté par des personnages profondément humains. Un voyage vers la vérité, sur la piste des origines, qui interroge ce qui nous fonde, ce que l’on hérite, ce que l’on cherche et ce que l’on choisit de transmettre.

Plus vaste que le monde, Delphine Giraud, Fleuve, 336 p., 19,90 €

Elles/ils en parlent également : Laure, Natiora, Julie, Virginie, Karine, Ma collection de livres


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