Quatrième de couverture :
L’arrivée à Duncombe de Mr Harrison, jeune médecin londonien célibataire, met la gente féminine en émoi. Les jeunes filles revêtent leurs plus belles tenues, leurs mères organisent moult thés, bals et rencontres inopinées. Le village commente chaque fait et geste de ce beau parti qui tente de ne pas commettre d’impair, car le vent tourne vite à Duncombe, l’état de grâce ne dure jamais longtemps…
Ce court roman nous plonge dans les confidences de Mr Harrison, jeune médecin installé dans le village de Duncombe, sous la houlette du docteur Morgan avec qui il collabore d’abord et dont il reprendra la patientèle à la retraite de ce dernier. L’arrivée d’un jeune homme dans un petit village anglais, cela provoque évidemment les émois de toute la gent féminine, des vieilles miss acariâtres aux jeunes filles à marier en passant par les mères de famille et les veuves intéressées. Les invitations, les maladies plus ou moins imaginaires, les cancans se déploient à foison, sans oublier la « querelle » entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne. Le tendre Mr Harrison ne sait bientôt plus où donner de la tête. Quant à son coeur, il est bientôt ravi par une jeune demoiselle mais les circonstances semblent se liguer contre lui pour obtenir les faveurs de la jeune femme et surtout celles de son père.
On compare parfois Elizabeth Gaskell à Jane Austen : ici, le propos est bien plus léger que dans son magnifique Nord et Sud et l’ironie douce n’est pas absente de ce roman mais dans ce registre, j’accorde ma préférence à Jane Austen. Et je reste un peu sur ma faim, même si le choix de la romancière est de faire parler uniquement son héros, j’aurais bien aimé connaître l’évolution des sentiments de l’heureuse élue dont nous ne connaîtrons le nom qu’à la toute dernière ligne du roman (même si on s’en doutait un peu).
« Il me fit don d’un crâne à poser au sommet des rayonnages [de ma bibliothèque], où tous mes ouvrages médicaux, bien alignés, garnissaient les étagères les plus en vue, alors que Miss Austen, Dickens et Thackeray étaient adroitement disposés par Mr Morgan lui-même, avec une apparente négligence, la tête en bas ou le dos contre le mur. »
« Où donc aller pour être en sécurité ? Mrs Rose, Miss Bullock, Miss Caroline – elles habitaient, en quelque sorte, aux trois sommets d’un triangle équilatéral dont j’occupais le centre. Ma foi, j’allais me rendre chez Mr Morgan et prendre le thé en sa compagnie. Là, en tous cas, j’étais sûr que personne ne chercherait à m’épouser. Et je pourrais faire preuve de toute la douceur qu’exigeait ma profession sans avoir à redouter de malentendu. Hélas, chez lui aussi, je dus affronter un fâcheux contretemps. »
« C’était une brave et bonne personne que Mrs Rose et je ne pus m’empêcher de lui confier une partie de la vérité. Elle écouta gentiment et je lui serrai chaleureusement la main, en me disant qu’elle n’était peut-être pas d’une grande intelligence, mais que son bon cœur la mettait loin au-dessus des demoiselles à l’esprit vif, acerbe, dur, telles que Miss Horsham. »
Elizabeth GASKELL, Les confessions de Mr Harrison, traduit de l’anglais par Béatrice Vierne, Points, 2012 (Editions de l’Herne, 2010)
Et une dernière participation aux Gravillons de l’hiver de Sybilline La petite liste
