Quatrième de couverture :
Alors que l’hiver s’installe dans le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé des États-Unis, Walt Longmire, son shérif, se voit confier une curieuse mission : celle de mettre la main sur le propriétaire d’un pouce abandonné à la décharge. L’enquête devient rapidement haute en couleur, car Walt se trouve face à deux molosses qui gardent le terrain, à son vieux propriétaire loufoque et à un promoteur immobilier multimillionnaire qui cherche à prendre possession des lieux pour étendre son vaste ensemble de ranchs luxueux. Sans parler d’un jeune couple fleurant bon la marijuana, de la vieille institutrice au charme incontesté, du perroquet dépressif et déplumé et de quelques cadavres qui bientôt viennent compliquer cette affaire.
Encore marqué par les séquelles physiques de sa dernière enquête, le shérif Walt Longmire doit affronter un rude hiver dans le comté d’Absarola, Wyoming. La température atteint rarement zéro degré, la neige et la glace se sont installées, semble-t-il pour une durée indéterminée. Et voilà que l’histoire commence par la spectaculaire mésaventure d’un vieil homme traîné sur plusieurs kilomètres derrière la voiture de sa petite-fille. La patience de Walt est mise à rude épreuve, sans doute à cause du nuage de fumette qui entoure Gina et Duane, les petits-enfants du vieux Geo Stewart, et du haut niveau intellectuel de leur conversation, et aussi à cause du pouce humain retrouvé dans la décharge que gère Geo (ou plutôt, attention, le Site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets). Mais c’est l’occasion de lancer Santiago Saizarbitoria, l’adjoint de Walt, à la recherche du propriétaire du pouce : Santiago est en plein syndrome de stress post-traumatique, aussi une conséquence de l’enquête précédente (Dark horse) et prêt à démissionner pour un boulot plus calme, et la recherche du pouce est censée l’occuper et le distraire de ses envies de départ. Mais les choses se compliquent quand Walt se rend compte que le vieux ferrailleur peu ragoûtant entretient une liaison avec sa voisine, Betty Dobbs, mère d’un promoteur immobilier qui guigne sur le terrain de la décharge et par ailleurs ancienne institutrice du shérif. Que Geo possède deux chiens fort peu avenants. Et surtout quand les cadavres commencent à parsemer la recherche du pouce.
Dans cette sixième enquête de Walt Longmire (oh la joie quand je pense qu’il m’en reste pas mal à lire, pour retrouver celui qui est devenu un véritable ami de papier et que je n’imagine pas autrement que sous les traits de son auteur, Craig Johnson), on retrouve les adjoints du shérif, Vic, au langage toujours aussi fleuri, qui veut s’acheter une maison, à défaut d’avoir une relation vraiment stable avec son patron, et Sancho le Basque, en pleine tourmente émotionnelle avec son SSPT et sa nouvelle paternité. La Nation cheyenne est également présente puisqu’elle occupe une cellule du poste de police suite à un dégât des eaux dû au gel intense, mais elle ne joue pas un rôle déterminant dans l’enquête (Henry Standing Bear est plutôt occupé à préparer dans le dos de Walt le mariage de Cady, la fille du shérif, avec le jeune frère de Vic). Il y a également le docteur Bloomfield, fort attentif à l’intégrité physique du shérif, et un personnage apparemment bien sous tous rapports, le propriétaire du pouce, qui se révèle être un suprémaciste blanc (et le roman a été publié aux USA en 2010). Voilà une thématique qui n’avait pas encore été abordée dans la série, même si ce n’est pas le noeud principal de l’enquête.
Outre les retrouvailles avec ce héros magnifique qu’est Walt Longmire, j’ai une fois de plus apprécié l’écriture très visuelle de Craig Johnson, qui nous plonge au coeur des scènes du roman, nous fait ressentir aussi bien les conditions climatiques épouvantables ou le désarroi de certains suspects. J’ai aussi bien ri aux observations du shérif, à son humour, son autodérision, aux situations rocambolesques dont il est le témoin et qu’il doit affronter sans rire. Vivement le prochain épisode, mon cher Walt !
« Après avoir passé cinq ans au département de la police de Philadelphie, elle avait atterri dans notre coin montagneux actuellement pris sous la glace et, lentement, elle avait commencé à dégeler mon cœur. Elle ressemblait à une de ces femmes qu’on voit étendues, alanguies, sur le capot des voitures exposées dans les salons ; enfin, il fallait y ajouter un caractère bien trempé et un Glock 17. »
« – Vous avez laissé partir Geo ?
A travers ses épaisses lunettes, Doc contempla les flocons de poussière qui flottaient dans son bureau.
– Non il a filé à la Longmire.
…
– Qu’est ce que vous entendez par là ?
Isaac referma le livre qu’il tenait dans les mains et le posa sur le haut de la cinquième des piles fragiles qui se trouvaient sur son bureau.
– Il a signé son bon de sortie et il a disparu dans la nuit, un peu comme un individu que nous traitons régulièrement dans cet hôpital, et dont les fuites sont devenues tellement régulières que nous avons maintenant intégré son nom à notre lexique.
Je baissai la tête sans réprimer un sourire, et observai mes bottes d’un air faussement contrit. »
« -Ozzie,vous connaissez Henry Standing Bear ?
Il devint immédiatement tout sourire et tendit une main nerveuse, comme le font tous les gens lorsque les seuls Indiens qu’ils aient jamais côtoyés sont des mascottes d’équipes sportives.
-C’est vous qui avez le bar près de la Réserve, le Red Horse ?
La Nation Cheyenne sourit -Il avait une tolérance élevée pour les crétins. Forcément, cela faisait deux cent ans , qu’ils lui faisaient le même genre de coup. -Pony, le Red Pony. »
« Gina dit qu’il faut qu’elle vous surveille, vous, les Indiens, parce que vous êtes des voleurs.
Il hocha la tête.
-Effectivement, mais on ne vole que des petites choses, contrairement à vous, les Blancs. »
« Il s’accroupit, juste devant le ruban, et observa fixement la surface de la neige comme si elle lui parlait. Il inclina la tête, et je vis ses yeux noirs sous les longues mèches noirs, parsemées seulement par endroits de quelques brins argentés. Lorsque je le voyais ainsi, j’avais le sentiment d’être un touriste sur ma propre planète ; j’étais là, mais lui faisait partie de ce tout d’une manière qui me serait toujours étrangère. »
Craig JOHNSON, Molosses, traduit de l’américain par Sophie Aslanides, Totem Gallmeister, 2014
Une nouvelle participation au challenge Un hiver Polar d’Alexandra Je lis je blogue et une géniale lecture de plus pour le Challenge American Year 3 de Belette.
