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Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance

Publié le 06 mars 2026 par Adtraviata
reflet soleil dans morceau d’enfance

Quatrième de couverture :

« Le faisceau du projecteur, au fond, diffusait une lumière jaune et chaude qui formait comme une flaque sur la scène. Anne-Clarisse le fixa un instant, un rayon de soleil se refléta alors dans ce morceau d’enfance égarée et l’éblouit. Elle ferma les yeux et se délecta de sa chaleur sur ses paupières, puis, durant de longues minutes, contempla la tache ronde et blonde de ce soleil artificiel qui continua de se poser en surimpression sur le monde, sans qu’elle ne ressente le besoin de détourner le regard. »

Douze nouvelles sur l’enfance qui surgit au détour d’un souvenir, demande des comptes, puis repart en laissant des vies chamboulées comme des chambres mal rangées.

Un excellent crû que cette dernière parution des éditions Quadrature, qui se consacrent exclusivement à la nouvelle francophone.

D’Axel Sénéquier, j’ai déjà lu Le bruit du rêve contre la vitre, un recueil sur le thème du confinement. Ici, c’est de l’enfance qu’il est question, celle dont un proverbe – peut-être un peu éculé – dit qu’on ne se guérit jamais. En tout cas, elle resurgit au hasard ou elle est restée bien ancrée dans le coeur et la mémoire des personnages des douze nouvelles qui constituent cet ouvrage. Elle a parfois laissé des traces indélébiles dans le coeur et le corps des protagonistes, jeune femme enceinte, chercheuse reconnue sur la scène internationale, future PDG d’une chaîne d’hôtels de luxe, apprentie journaliste, jeune homme en cure de désintoxication et bien d’autres, jusqu’à une candidate au suicide parfait. C’est par exemple le souvenir d’un amour de jeunesse, un carnet de grossesse à remplir et des fouilles dans la maison familiale, une recherche sur internet, une emmerdeuse au bord du trou dans lequel on veut se jeter, un prix qu’on est sur le point de recevoir, un spectacle de stand-up avec deux copines, qui font remonter l’enfance comme des bulles à la surface de la vie, des bulles qui éclatent et éclairent la vie de l’adulte qu’on est devenu, des bulles qu’on fait enfin claquer pour se guérir de cette enfance pourrie, du remords enfermé ou pour enfin poser des choix vrais, honnêtes, authentiques, pour nous relier à cette enfance perdue, enfouie, cachée. Et aussi parfois pour faire péter la colère et prendre une revanche éclatante (écrasante) sur la vie.

Il me faut avouer (avec joie) que j’ai été happée dès le premier récit et que, de texte en texte, j’allais de bonne surprise en bonne surprise. Axel Sénéquier observe finement notre époque, les gens, les styles, les ambiances, il connaît les musiques (les punchlines du rappeur Booba par exemple), les thèmes sociétaux qui nous hantent ou nous motivent (les violences intrafamiliales, le suicide, l’ascension sociale…) et réussit en quelques pages à croquer un personnage, une atmosphère, un récit de vie plein d’humanité. Son écriture accompagne chaque histoire avec justesse, il émeut et fait sourire son lecteur, il traite ses personnages avec délicatesse. Une très belle réussite !

Un très grand merci à Axel Sénéquier pour l’envoi de son livre. Il me reste à lire Les vrais héros ne portent pas de slip rouge, dans quelques mois sans doute parce que l’auteur a eu la gentillesse de me l’envoyer en même temps que ce Reflet du soleil dans un morceau d’enfance. Encore merci !

« Une bourgeoise dont le rouge à lèvres tachait les incisives s’enthousiasmait : «J’ai lu le dernier Houellebecq, c’est… vertigineux !» Dans la petite assemblée qui serrait les fesses, une snipeuse avait répliqué : ‘Généralement, quand on a le vertige c’est qu’on contemple le vide.’ « 

« Et surtout flottait dans l’atmosphère cette odeur caractéristique d’ammoniac, de javel et de blanc, dont le but avoué est, ni plus ni moins, de repousser la mort. Le détergent est la gousse d’ail des hôpitaux. »

« « – Dans « Terrain », Booba dit Faut battre le fer quand il est chaud, abattre le frère quand il est faux. Je trouve ça magnifique. Si Victor Hugo vivait aujourd’hui, il serait rappeur.» »

Axel SENEQUIER, Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance, Quadrature, 2026

Et forcément un titre de plus pour les Gravillons de l’hiver de Sybilline La petite liste


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