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« La Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils

Par Etcetera
Dame camélias d’Alexandre Dumas fils

L’année dernière, Nathalie du blog Madame lit a consacré une belle et intéressante chronique à ce grand classique du 19e siècle – l’occasion pour moi de me rappeler que j’avais ce roman dans ma bibliothèque, acheté il y a très longtemps dans une vieille édition, et que je ne l’avais encore jamais lu !
Je vous invite, avant toute chose, à regarder ici l’article de Madame lit sur ce célèbre roman.

L’histoire d’amour entre Armand Duval et Marguerite Gautier aurait été inspirée à Alexandre Dumas fils (1824-1895) par sa propre liaison avec la courtisane Marie Duplessis, dans les années 1845-46. Ce serait donc une autobiographie romancée.

Cette lecture s’inscrit dans le défi « un classique par mois » organisé par Etienne Ruhaud du blog Page Paysage puisque je n’avais encore jamais rien lu d’Alexandre Dumas fils.

Note pratique sur le livre

Editeur : Ouvrages de poche
Année de parution initiale : 1848 ; de cette édition : 1962
Nombre de pages : 191

Quatrième de couverture

Cet ouvrage, paru en 1848, remporta un véritable triomphe. Ce fut le succès de l’adaptation théâtrale qui détermina Alexandre Dumas fils à se consacrer définitivement au théâtre. Une demi-mondaine, Marguerite Gautier, aime un jeune homme, Armand Duval. Sur les instances du père de son amant, elle le quitte en lui taisant le motif de cette rupture, et meurt sans l’avoir revu. Armand apprend trop tard le geste d’une maîtresse qu’il a crue inconstante et qui s’est sacrifiée pour son bonheur.

Mon avis

Ce roman est extrêmement célèbre aussi je ne résumerai pas l’intrigue que tout le monde connaît dans ses grandes lignes.
Disons tout de suite qu’il s’agit d’une magnifique histoire d’amour entre un jeune homme pas très riche mais de bonne famille et une courtisane, une prostituée de luxe, qui souffre de la tuberculose et qui se révèle au fur et à mesure comme une belle âme et un noble cœur. Plusieurs dilemmes agitent tour à tour Armand Duval et Marguerite Gautier, à commencer par celui entre l’amour et l’intérêt financier. En effet, Marguerite est une femme habituée au grand luxe que lui payent ses amants fortunés et il semble difficile de la faire vivre tout à coup d’amour et d’eau fraîche… cependant Armand est un jeune homme enflammé et surtout très jaloux, qui se contente difficilement de partager sa maîtresse avec d’autres amants, tout en n’étant pas assez riche pour suffire au train de vie de Marguerite… Situation qui semble à première vue inextricablement bloquée mais dont les deux amoureux vont réussir à triompher en s’installant ensemble à la campagne. Et pourtant, ils devront encore affronter le dilemme entre l’honneur et le bonheur, ou entre la passion et la raison, ou entre les sentiments et le devoir.
J’ai aimé la progression du roman dans l’analyse du caractère de Marguerite et le fait que son amour pour Armand devient toujours plus pur et désintéressé, qu’elle accepte de plus en plus de sacrifices pour celui qu’elle aime, sans qu’il le sache et même au point qu’il veuille se venger d’elle car il a mal interprété son attitude.
On peut imaginer que vers le milieu du 19e siècle c’était très audacieux de dépeindre une prostituée sous un jour aussi favorable : cette réhabilitation de la figure de la « femme de mauvaise vie » a dû causer un grand émoi parmi les lecteurs. C’est d’ailleurs une rédemption que Dumas fils nous propose dans les dernières pages, avec une fin très morale qui a dû rassurer les bourgeois moyens des années 1848, et qui reste encore touchante de nos jours, si on n’a pas le cœur trop endurci.
J’ai pu penser parfois à Balzac à cause du rôle important joué par l’argent et des fréquents calculs, assez sordides, faits par Mme Prudence Duvernoy, une soi-disant amie de Marguerite Gautier, qui n’est motivée que par l’intérêt financier et qui rappelle sans cesse à chacun les dures réalités matérielles qui, d’ailleurs, l’arrangent très égoïstement.
L’expression des sentiments, passionnée et romantique, s’exhale aussi bien dans les affres de la jalousie ou dans le désespoir de la séparation que dans le bonheur d’une vie de couple à la campagne. Le rôle joué par cette campagne de Bougival, comme un retour aux belles choses de la nature, en opposition aux vices de Paris, est, là encore, une vision romantique de l’existence. 
Un beau roman, un magnifique portrait de femme, une fine étude de caractères !

Un extrait page 81

Être aimé d’une jeune fille chaste, lui révéler le premier cet étrange mystère de l’amour, certes, c’est une grande félicité, mais c’est la chose du monde la plus simple. S’emparer d’un cœur qui n’a pas l’habitude des attaques, c’est entrer dans une ville ouverte sans garnison. L’éducation, le sentiment des devoirs et la famille sont de très fortes sentinelles, mais il n’y a sentinelles si vigilantes que ne trompe une fille de seize ans, à qui, par la voix de l’homme qu’elle aime, la nature donne ces premiers conseils d’amour qui sont d’autant plus ardents qu’ils paraissent plus purs.
Plus la jeune fille croit au bien, plus elle s’abandonne facilement, sinon à l’amant, du moins à l’amour, car étant sans défiance elle est sans force, et se faire aimer d’elle est un triomphe que tout homme de vingt-cinq ans pourra se donner quand il voudra. Et cela est si vrai que voyez comme on entoure les jeunes filles de surveillance et de remparts ! Les couvents n’ont pas de murs assez hauts, les mères de serrures assez fortes, la religion de devoirs assez continus pour renfermer tous ces charmants oiseaux dans leur cage sur laquelle on ne se donne même pas la peine de jeter des fleurs. Aussi comme elles doivent désirer ce monde qu’on leur cache, comme elles doivent croire qu’il est tentant, comme elles doivent écouter la première voix qui, à travers les barreaux, vient leur en raconter les secrets, et bénir la main qui lève, la première, un coin du voile mystérieux !
Mais être réellement aimé d’une courtisane, c’est une victoire bien autrement difficile. Chez elles, le corps a usé l’âme, les sens ont brûlé le cœur, la débauche a cuirassé les sentiments. Les mots qu’on leur dit, elles les savent depuis longtemps, les moyens que l’on emploie, elles les connaissent, l’amour même qu’elles inspirent, elles l’ont vendu. Elles aiment par métier et non par entraînement. Elles sont mieux gardées par leurs calculs qu’une vierge par sa mère et son couvent, (…)

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