« Des femmes ont-elles déjà composé de la musique classique ? Eh bien, oui ! »
Découverte presque fortuite, près d’un an après la sortie de son dernier album, et quelques mois après son tout premier concert – complet ! – à l’Olympia, me voici à écouter Esther Abrami à une semaine de son passage en concert dans ma ville.
Comme le laisse présager son titre, Women rend effectivement un hommage aux femmes. Des femmes qui ont toutes compter dans la vie et donc dans le parcours de la violoniste française. Esther nous le confie, jamais elle n’avait été éduquée à la musique composée par des femmes au cours de ses quinze années de formation, ni même ne lui en avait-on tout simplement parlé. Elle a dès lors d’elle-même rattraper cette méconnaissance en se plongeant dans la musique féminine, découvrant l’ampleur du nombre des créatrices et également du nombre de leurs créations.
On retrouve une collection magique de noms presque tous « oubliés » ou relégués au second plan. De la compositrice et activiste Ethel Smyth à la grand-mère d’Esther elle-même qui lui avait mis son violon dans les mains, en passant par Yoko Shimomura et sa cultissime musique pour Final Fantasy XV, la popstar Miley Cirus, Pauline Viardot (qui côtoya Chopin et Liszt), une berceuse d’Ilse Weber, la Brésilienne Chiquinha Gonzaga, Anne Dudley, Hildegard Von Bingen qui correspondait avec le roi Henry II d’Angleterre et l’empereur frédéric Ier de Prusse, l’oscarisée Rachel Portman, l’irlandaise et méconnue de son vivant Ina Boyle et dont Esther est la première à enregistrer le concerto pour violon, la lionne du piano vénézuélienne Teresa Carreño, ou encore la solitude de Rita Strohl.
Cela paraîtra beaucoup de noms réunis pour une seule œuvre, mais cela reste une goutte d’eau dans l’océan artistique féminin dans l’histoire de la musique.
Et si Esther Abrami n’y a sûrement pas songé, humble comme elle est, elle devient l’une des plus ferventes représentantes grâce, en particulier, à son talent de violoniste, qu’elle soit simplement accompagnée de Kim Barbier au piano, ou alors de son propre quintet deux violons, viole, violoncelle, basse, ou de l’orchestre symphonique de la radio de Vienne ORF menée par Irene Delgado-Jiménez, sans oublier la harpe de Lavinia Meijer.
Notez, pour la toute première fois, l’utilisation d’un sample, celui de la suffragette Emmeline Pankhurst lors d’un discours à Hyde Park à Londres en 1908.
(in Heepro Music, le 18/03/2026)
