On en parlait déjà avant que le Palais Galliera ne dévoile les quelque 70 silhouettes retenues, sans compter les accessoires de mode, de textiles, d’arts graphiques et de photographies, pour démontrer combien la mode du 18e siècle a laissé un immense héritage qui infuse encore aujourd'hui les stylistes contemporains, comme on le constate avec des tenues iconiques de la création contemporaine des collections de Christian Dior, Louis Vuitton, Christian Lacroix, Vivienne Westwood, Dries van Noten… et de Chanel, pour la haute-couture ou le cinéma.Car ce ne sont pas seulement des pièces de ce siècle mais aussi de nombreuses réinterprétations faites ensuite et que le Palais expose, prouvant combien l'époque constitue une étape majeure dans l’évolution des apparences féminines.
Elle se distingue par la diversité des silhouettes, la richesse des étoffes et l’exubérance des parures ainsi que des coiffures. Elle signe également la fin d’un modèle vestimentaire féminin hérité des siècles précédents,
qui dans un contexte de bouleversements politiques et sociaux, apparaît comme un monde d’élégance et un paradis perdu qui suscitent une forte nostalgie, ouvrant la voie à une nouvelle conception du corps et de l’apparence.
Les cheveux hauts sur la tête, en perruque couleur dragée, les vêtements vaporeux, la couleur pastel, la rose brandie comme le faisait Marie-Antoinette immortalisée par Mme Vigée Le Brun … et qu'on retrouve dans l'affiche de l'exposition représentant Utica Queen / Ethan David Mundt, 2021 par le photographe américain Eric Richard Magnussen (1992-), qui travaille particulièrement avec les drag queens, et qui a ouvert au public le 14 mars dernier.Vous y verrez un chef d'oeuvre, exceptionnellement présenté au public en raison de sa grande fragilité. Il s'agit du corset attribué à cette reine qui fut une icône de la mode. Et vous serez sans doute surpris comme moi par l'extrême finesse de sa taille même si elle n'avait alors que 16 ans.
Etant donné la beauté et la qualité des modèles présentés il va vite y avoir foule et la réservation est recommandée sur www.billetterie-parismusees.paris.fr1 - Caractériser la mode féminine, 1700-1792Le XVIIIe siècle est le temps d’une révolution vestimentaire, advenue bien avant les bouleversements politiques de 1789. Le décalage avec l’habillement de la fin du siècle précédent s’accentue doucement dès les premières décennies, avec un vestiaire renouvelé, un changement d’esthétique textile, et l’épanouissement commercial des métiers de la mode.







Elle est aussi généralement ornée de festons achetés auprès des marchandes de modes, constituées en corporation en 1776, et qui imposent leur art. En rajoutant sur les vêtements des ornements –passementerie, dentelles, rubans – tout en proposant accessoires et bonnets divers, elles édictent un style où le prestige du paraître tient désormais moins à la complexité du tissu qu'au luxe des matériaux utilisés pour l'embellir. Le sens de la parure s’étend alors à la coiffure, où la virtuosité technique est au service de l’inventivité. Le métier de coiffeur devient essentiel. Plusieurs exemples des coiffures dites à l’Indépendance ou le triomphe de la liberté, avec postiches sont exposés, datant du début 18 ème.En quelques dizaines d’années, le corps féminin va quitter une forme proche de deux triangles réunis sur leur pointe, pour une allure longiligne et naturelle. En écho, les textiles aux dessins opulents et aux couleurs fortes s’allègent. Les étoffes unies conquièrent les années 1770-1780.


J'aurais dû mentionner le pluriel car celui-ci succède à une toile où elle apparaît vêtue d’une robe dite "en gaulle", sorte de robe-chemise vaporeuse en mousseline de coton très à la mode, s'enfilant par la tête et se portant resserrée à la taille par un large ruban, sans corset ni paniers et dont voici un exemple ci-contre.
N’ayant aucun bijou et coiffée d’un large chapeau de paille, la femme du souverain affichait sa grande liberté vestimentaire avec une tenue qu’elle appréciait de porter dans son domaine de Trianon. Nous étions en 1783 et on la jugea impudique, indécente, choquante.


Dans les années 1880, la tendance atteint son apogée avec un nouvel artifice constitué de tissu rouge (couleur alors à la mode) armé de baleines plus ou moins espacées, appelé "queue d’écrevisse" parce qu'il évoque la carapace du crustacé. Son laçage exalte la cambrure des reins comme on s'en doute en regardant ce modèle de 1885.
Vers 1888, on reviendra à plus de modération : la cambrure paraît soudain comme un non-sens, aussi ridicule que de mauvais goût, le comble de l’élégance revenant aux lignes droites, sans aucun soutien.



3 - Nostalgie d’une mode fantasmée, 1840-1930Au milieu du XIXe, le retour de la jupe ample évoque les paniers du siècle précédent, et les étoffes fleuries ou parsemées de rubans citent ses décors. Quelques décennies plus tard, la vogue des surjupes drapées rappelle les retroussés de celles des années 1770.
À la fin du siècle, les robes rehaussées de dentelles, de passementerie et de broderies reprennent le travail des marchandes de modes. Le siècle des machines invente, ainsi, sa vision de la mode du XVIIIe siècle, résumée en une élégance
et une séduction toutes féminines inséparables de formes souples, de tons tendres et de fleurs Pompadour.



Coupée dans un organdi, la robe est rehaussée de roses brodées qui rappellent le goût pour les compositions florales dans les arts décoratifs du siècle de Watteau. La jupe évoque les paniers des robes à la française par son système de fronces aplaties au-devant et au dos, combiné à deux éléments rigides de crin qui élargissent le volume des hanches.



En bas, à gauche, paire d'escarpins compensés pour Chanel par Karl Lagerfeld, réalisation Massaro, Haute couture printemps été 2016 en satin de sole crème. Cuir doré. Applications de perles de résine. Cuir, Liège. Corde.
Au milieu une paire d'escarpins du soir de Roger Vivier (bottier), coordonnée à une robe de Castillo pour la duchesse de Windsor, Automne-hiver 1968-1969 en tissu lamé gaufré, Métal Strass et pierres de verre ou résine de couleur jaune et turquoise, pierres à facettes rectangulaires, rondes et ovales. Doublure et semelle de propreté: chevreau gris pleine fleur finition pigmentée. Semelle d'usure: cuit noir. Griffe sur la semelle de propreté, imprimée or sur beige.
Seul, et en hauteur, un très émouvant soulier à la Saint-Huberty -du nom de la cantatrice qui en avait lancé la mode à la décennie précédente- dit "de la reine Marie-Antoinette", vers 1790-1793 en cuir brun fauve. Ganse de taffetas de soie vert, intérieur et ruché du décolleté en taffetas crème. Talon en bois recouvert de peau. Ce serait un des deux souliers "que portait la reine Marie-Antoinette le jour néfaste où elle monta à l'échafaud. Ce soulier fut ramassé par un individu au moment où la reine le perdit et acheté immédiatement par Monsieur le comte de Guernon-Ranville."
Enfin une paire d'escarpins, passage n°24 pour Dior par John Galliano, Haute couture automne hiver 2000 2001 avec Broderies de la maison Hurel. Gros de Tours de soie crème. Broderies, point de chainette, point de tige, point de nœud, fils de soie polychromes, fils métalliques, fils de laine. Broderie d'application, passementerie. Rehauts de peinture.
4 - Vers une utopie des apparences, 1950-2020Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la couture française, en recherche de légitimation pour s’imposer sur le marché international, se tourne à nouveau vers les savoir-faire du luxe développés au 18e siècle. La diffusion massive des images par la presse, le cinéma et les arts du divertissement transforme cet héritage en un code visuel immédiatement identifiable par la culture populaire.


Cette collection historicisante se tint à l'Opéra Bastille. Les étoffes de la grande époque de la soierie lyonnaise, des années 1740-1750, s'y déployaient, reproduites par impression digitale. Les créateurs ont modernisé ces tissus par leur support, ici du non-tissé, et leur usage, pour des formes de vêtements résolument urbaines et contemporaines.







La mode du 18e siècle, un héritage fantasméCommissariat général : Émilie Hammen, directrice du Palais GallieraCommissariat : Pascale Gorguet Ballesteros, conservatrice générale du patrimoine, responsable des collections vêtements des XVIIe-XVIIIe siècles et poupées, assistée de Alice FreudigerAu Palais Galliera, musée de la Mode de Paris10, Avenue Pierre Ier de Serbie - 75116 ParisDu 14 mars au 12 juillet 2026www.palaisgalliera.paris.frDu Mardi au dimanche de 10h à 18hNocturnes les vendredis (21h)Fermé les lundisGratuit pour les moins de 18 ansLes porteurs de billet de cette exposition bénéficieront d’un tarif réduit pour l’exposition Révéler le féminin. Mode et Apparences au XVIIIe siècle du musée Cognacq-Jay et inversement.
