
couverture
" data-image-meta="{" data-comments-opened="1" aperture="aperture" />couverturePar l’intermédiaire d’une amie, je suis entrée en contact avec l’œuvre poétique de cet auteur et j’ai apprécié bon nombre de ses textes, qui révèlent une grande maîtrise de la langue et une sensibilité affûtée.
Je remercie Florence Paschal, la fille d’André Davoust, qui m’a très gentiment offert ce livre, sans m’avoir jamais rencontrée auparavant, ce qui m’a extrêmement touchée !
Les thèmes picturaux et musicaux reviennent de temps en temps à travers ses différents poèmes : il évoque, par exemple, Camille Claudel, Cézanne, Haydn, Brahms, Rembrandt, Rilke,…
Les deux poèmes que j’ai choisis aujourd’hui pour le Printemps des artistes font allusion, respectivement, à un autoportrait tardif du peintre norvégien expressionniste Edvard Munch (1863-1944), un tableau nocturne et angoissé, et au drame de l’oreille coupée de Van Gogh (1853-1890), dans un contexte de folie et de crise.
Deux tableaux qui ne manquent pas de points communs : outre leur particularité d’être des autoportraits, ils expriment la solitude, la fragilité, le désespoir, d’un artiste novateur, vers la fin de sa vie.
Note biobibliographique sur le Poète
André Davoust, né en 1934, est décédé le 3 juillet 1998. Maître de conférences à l’Université Paris VII, il se spécialise en linguistique et soutient brillamment, en 1992, sa thèse de lexicologie.
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C’était un homme de passions, au nombre desquelles figuraient la musique et l’amour des mots. Son goût pour la musicalité de la langue et les jeux de langage a trouvé son accomplissement dans l’écriture de ses poèmes. Maintes fois retravaillés, la plupart d’entre eux s’inscrivent dans trois recueils : Espace de sève, Mise en demeure et Mise en présence. A la poésie s’ajoute le théâtre, Le Toit étant sans doute sa pièce la plus intime. Trois nouvelles ont également leur place dans son oeuvre foisonnante, mais ce genre, auquel il s’est essayé au début de son écriture, est rapidement abandonné.
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Cette édition posthume de l’intégralité de l’œuvre d’André Davoust est un hommage rendu à un auteur, mais aussi à un père disparu bien trop tôt.
Florence Paschal et Emmanuel Davoust
(Source : Préface)
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Deux Poèmes
(Page 9)
La plus simple expression
Munch, debout, la nuit,
Dans un de ses tableaux,
À la fin de sa vie.
Plus d’ami où se ramifier,
D’espoir où se reconquérir.
Rien que la stèle irrécusable
D’une silhouette
Dans la pénombre d’un corridor.
Le regard, une épitaphe.
Munch – L’Insomniaque, autoportrait de 1924
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Page 115
Un droit d’asile
Tu te coupes l’oreille
Pour qu’enfin on t’écoute.
Tu la portes à une femme des rues
Pour qu’elle retentisse un peu.
Ces linges rougis qui viennent de recevoir
Ta douleur en plein visage,
Tu les revois sur la tête étoilée de plaies
De ce mineur du Borinage que tu avais soigné.
Et dont tu avais revêtu la camisole.
Mais pourquoi de tels éclats ?
Quand la peine est si forte, on la séquestre,
Afin qu’elle se recueille, se distille,
Loin des oreilles sensitives.
Ce serait folie que de s’interdire
Les joies du droit d’asile.
Mais si d’aventure, l’extase était trop vive,
Il resterait toujours le champ de blé où les épis flambent
Et t’écoutent et te claquent dans les tripes,
Jusque dans cette chambre où tu n’en finis pas de mourir.
Autoportrait à l’oreille bandée. 1889.
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