Quatrième de couverture :Le conte de fées tourne au cauchemar
Pour beaucoup de lectrices, Roza Vallo est une romancière de génie, voire un gourou. Grâce à son livre La Langue du démon, nombre de jeunes filles et de femmes ont cessé de se considérer comme de petites créatures fragiles, pour explorer leur côté sombre, pulsionnel, sexuel. Aussi, quand la grande prêtresse du roman d’horreur féministe décide d’offrir à cinq d’entre elles un séminaire d’écriture dans son manoir de Blackbriar, isolé au milieu des monts Adirondacks, les candidatures affluent. Peu importe que Vallo soit une figure controversée et que l’endroit traîne une sinistre réputation. Mais quand elle décide d’instaurer une compétition acharnée, les tensions sont rapidement exacerbées entre les concurrentes. Jusqu’au jour où l’une d’entre elles disparaît…
Alex, la narratrice, est une jeune éditrice de trente ans, qui souffre du syndrome de la page blanche depuis sa violente rupture avec Wren, son ancienne colocataire et meilleure amie. Elle fait tout pour éviter de la revoir mais quand le hasard (arrangé ?) fait qu’elle est sélectionnée par son autrice préférée, Roza Vallo, pour participer à une résidence d’écriture d’un mois, et que Wren fait partie des cinq élues, elle prend sur elle et se rend à Blackbriar, la propriété de Roza, qui fut jadis le théâtre de séances de spiritisme mouvementées à la fin macabre. Propriété isolée, huis clos entre femmes (les mystérieuses assistantes de Roza et les cinq jeunes écrivaines mises en compétition pour produire chacune un roman et se voir enfin richement éditée pour celle qui aura produit le meilleur livre), tempête de neige et enfin disparition d’une des cinq résidentes… tout est mis en place pour que le conte de fées tourne au cauchemar et Alex devra faire appel à ses ressources les plus intimes et les plus ignorées pour s’en tirer avec ses camarades d’écriture.
On est en plein dans un roman gothique, noir, glauque, où il est question de domination, d’emprise, de manipulation(s), avec une intrigue menée de rebondissements en rebondissements (peut-être un peu tirés par les cheveux mais je me suis laissé mener), avec des fantômes du passé bien présents à combattre ou à accepter, dans une maison qui cache de nombreux secrets et une ambiance fantastique pleine de frissons.
C’était mon abonnement de mars (un « second » choix car une libraire avait choisi pour moi le roman Expiation de Ian McEwan, excellent choix mais lu depuis longtemps). Je crois que je ne serais jamais allée de moi-même vers ce premier roman de Julia Bartz mais j’ai encore une fois bien apprécié ma lecture !
« Qu’elle aille se faire foutre !
C’étaient les mots qui me trottaient en tête pendant que je descendais les marches du métro. J’allais au cocktail organisé pour la sortie du livre d’Ursula, et si Wren devait s’y trouver également, eh bien, elle pouvait aller se faire foutre.
Mais au moment d’agripper la barre du métro, je me rendis compte que j’avais la main qui tremblait. Tant pis pour la bravade. Je dus me rendre à l’évidence : cette énergie sauvage et frénétique qui me parcourait le corps n’était pas vraiment de la colère, mais ressemblait plus à une terreur abjecte. »
« « Écoute, reprit-elle plus calmement. Ce n’est que l’histoire d’un mois. Tu vas être tellement occupée à écrire et à retravailler avec Roza que tu n’auras même pas le temps de penser à Wren. Concentre-toi sur toi-même, et garde en tête qu’après ça vous n’aurez plus jamais à vous revoir. Qu’est-ce que tu en penses ?
– C’est vrai. » Je me redressai. « Je peux y arriver.
– À la bonne heure. » Sa voix était de nouveau chaleureuse. « C’est une énorme opportunité, jeune dame. Et tu la mérites. Tu as un talent incroyable. »
Ses paroles continuaient à tourner dans ma tête après que j’eus raccroché. Je regardais fixement mon café, perdue dans les volutes de vapeur qui s’échappaient du gobelet ouvert, et je me sentais complètement groggy.
Tu as un talent incroyable.
Un mélange d’horreur et de désespoir m’envahit. Je n’en avais parlé à personne. Ursula ne savait pas que je n’avais plus écrit un mot depuis l’histoire avec Wren. »
Julia BARTZ, La reine du noir, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Boscq, 10/18, 2025 (Editions Sonatine, 2023)
Encore une participation au Challenge American Year 3 de Belette.
