« Le bleu de Matisse » est une exploration de l’œuvre d’Henri Matisse (1869-1954), une mise en résonance de ses tableaux avec la poésie de Lydia Padellec, presque cent ans plus tard. Dans les deux premières parties du livre – intitulées respectivement Fenêtres sur mer et Femmes lisant – les toiles choisies par la poète ont été peintes dans les années 1920, le plus souvent à Nice : des scènes d’intérieurs largement ouverts sur le paysage extérieur, avec une figure féminine assise, seule, tenant, lisant ou ayant reposé un livre. La poète fait davantage qu’une description de ces œuvres : elle nous livre leurs énigmes, elle nous donne des indices de compréhension. A travers les formes et les couleurs, Lydia Padellec nous révèle des parfums, des sons, des climats, et toutes les sensations suggérées discrètement par Matisse. Sans jamais tomber dans les dissections analytiques que pourrait tenter un historien d’art, ces textes vont plus loin dans le ressenti et le rendu d’un univers artistique, d’une composition picturale. Dans deux autres parties du livre, la poète s’attèle à un tableau particulier et lui consacre un ensemble de poèmes : chacun d’eux met en relief une facette de l’œuvre peinte. C’est comme si le tableau était envisagé selon plusieurs angles successifs – une approche très passionnante ! Il en est ainsi pour Les Baigneuses à la tortue (1908) dans la 5e partie et pour Le Rêve (1935) dans la 3e. La 4e, intitulée Triptyque marocain se penche sur trois toiles réalisées par Matisse lors de son voyage au Maroc en 1912-1913 : ici, la poète aborde des éléments biographiques du maître et certaines de ses citations, associés à la constante présence de la couleur bleue et à celle d’une figure féminine isolée.
La 5e partie Partition pour Matisse entremêle la musique de Stravinski, des œuvres du peintre et des souvenirs ou des images plus personnelles, propres à l’autrice. On peut penser qu’elle devient la figure de l’un des tableaux précédemment observés, sa vie intérieure semble pénétrer le paysage ; « le bleu résiste en ma solitude », confie-t-elle enfin.
Cette lecture s’inscrit, bien sûr, dans le cadre du Printemps des artistes.
Note pratique sur le livre
Éditeur : éditions Au Salvart
Année de publication : 2026
Nombre de pages : 64
Note biographique sur la poète
Née à Paris en 1976, Lydia Padellec est poète et peintre. Elle a créé les éditions de la Lune bleue (2010) et organisé en Bretagne le Festival Trouées poétiques (2010-2018). Autrice d’une vingtaine de recueils, publiée dans une cinquantaine d’anthologies et de revues en France comme à l’étranger, elle a reçu le Prix Xavier-Grall en 2017 et le Prix Paul-Quéré en 2023-24.
(Source : éditeur)
Quatrième de couverture
Lydia Padellec nous invite à un cheminement parmi des tableaux d’Henri Matisse, qu’elle interroge par ses observations précises et avec un désir profond d’en saisir l’atmosphère. La poète y plonge un regard rêveur, évoquant le bleu adorable et partageant la passion que l’univers des tableaux lui inspire. Ce voyage la conduit au cœur de sa vie intérieure avec ses rêves, ses souvenirs et son enfance.
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Femme lisant (livre bleu) – 1922
(Page 21)
Une femme lit. La tête en équilibre sur son poing clos. Yeux baissés. Silencieuse. Un livre ouvert sur les genoux. Un livre aux pages si blanches qu’il semble écrit de lumière. Au fond un fragment de fenêtre ne laisse percevoir aucune mer. Seules les branches d’un palmier en proie au vent. Le bleu ne vient pas du dehors mais d’un livre fermé dont on ne peut lire le titre. Comme si ce livre contenait toute la mer d’été avec ses promesses de voyage et son mystère. Posé au bord d’une petite table couverte d’une nappe blanche aux rayures rouges, il pourrait chanceler au moindre mouvement brusque du coude. Mais la femme lit et ne voit ni le bouquet d’anémones qui lui caresse l’épaule ni le bleu de cette mer si proche de l’engloutir.
Femme lisant (livre bleu) – 1922
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Henri Matisse : Baigneuses à la tortue, 1908
(Page 43)
Premier poème de la partie n°5 : Baigneuses à la tortue (1908)
I.
Le bleu, encore le bleu
Éclabousse la toile –
Un bleu nuit assombrit le ciel
Mais est-ce vraiment la nuit ?
L’outremer est calme
Aucune vague ne vient troubler
La surface lisse de l’eau
Le bleu turquoise semble irréel
Est-ce un tapis d’herbes
Ou le sable mêlé de mer ?
Une clarté un peu lunaire
Jaillit de trois corps nus
Trois femmes comme
Suspendues hors du temps
Dont le regard est tourné
Vers une petite chose
Couleur de sang
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