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Qui a financé le récital hurlant du président ? [Actu]

Publié le 14 avril 2026 par Jyj9icx6

financé récital hurlant président [Actu]

"Le rock des dessous-de-table" dit le gros titre
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Hier, Página/12 a publié un article sur une archive audio que la rédaction a identifié et où une femme donne des informations jusque là inconnues sur la source de l’argent qui avait permis, pendant la campagne des élections législatives de mi-mandat, en octobre dernier, de réserver pour le président Javier Milei une grande salle de spectacle de Buenos Aires, la Movistar Arena, où il est allé présenter son dernier livre, modestement intitulé La construcción del Milagro (la construction du miracle), le miracle en question étant la revitalisation économique de l’Argentine, dont on sait qu’il s’agit non pas d’un miracle mais d’un mirage dont seuls Milei et ses sbires sont victimes. Le reste de la population argentine voit bien que la situation politique, économique, sociale et géopolitique du pays se dégrade de mois en mois depuis l’arrivée au pouvoir de cette bande.

Au cours de cette pseudo-présentation d’ouvrage, Milei a dialogué, pour ne pas dire grand-chose, avec Manuel Adorni, alors porte-parole de la présidence et aujourd’hui Premier ministre embourbé dans un scandale de corruption à tiroirs, puis il avait revêtu son habit de rocker pour s’époumoner avec un groupe de son choix. Milei se croit grand gardien de but et grand chanteur mais en fait, il ressemble plus à Néron, version Tacite plus que version historique.

Or l’enquête de Página/12 montre que la salle a été louée officiellement par la maison d’édition du chef de l’État mais que l’argent, 70 000 dollars, a été en fait versé à l’éditeur par les propriétaires de Droguería Suizo Argentina, le grossiste en médicaments qui a emporté le marché de la ANDIS, l’agence nationale du handicap, un marché aujourd’hui dans le collimateur de la justice parce qu’il a donné lieu à des commissions occultes versées à des proches du président, dont sa propre sœur qui aurait perçu 3 % de chaque transaction entre la Droguería Suizo Argentina et l’agence publique. Cela commence à faire compliqué, non ?

Et pourtant, ce n’est pas fini. Le travail en commun mené par Página/12 et la chaîne de télévision généraliste du groupe Octubre, C5N, nous apprend que la maison d’édition n’avait pas, jusqu’à l’année dernière vocation à publier les manifestes libertariens du président (qu’on aurait attendu publié plutôt par un géant de l’édition comme Planeta ou Penguin) mais qu’on a fait miroiter à son patron les sous qu’il pourrait se faire grâce à la vente du bouquin aux grupies de l’auteur (ou du signataire) et les quelques dessous-de-table qui iraient avec.

Le schéma mis à jour par le groupe médiatique (de gauche) s’apparente à des dessous-de-table qui constituent dans le droit argentin une infraction pénale à part puisqu’ils impliquent un apport financier au bénéfice d’un haut-commis de l’État (funcionario), et qui plus est, dans le cas présent, le plus haut dignitaire de l’édifice.

Lorsque tout cela a commencé à sentir le roussi, les personnes impliquées ont cherché à faire disparaître les preuves de leurs agissements. Des liasses de billets verts ont ainsi été placées dans une benne à ordures avant d’y être récupérées après une perquisition judiciaire et un téléphone portable a été jeté dans le Río de la Plata pour qu’il ne puisse être ni saisi ni analysé.

C’est le juge Daniel Rafecas qui a hérité du dossier et l’avocat de l’une des parties intéressées dans l’affaire vient de lui adresser des demandes d’actes d’investigation contre les dirigeants de Droguería et leur porte-parole (la dame que l’on entend dans le document audio) dont il aimerait que le téléphone professionnel soit soumis à une expertise, le tout pour tirer au clair la nature exacte et l’ampleur des atteintes à la probité dont semble bien s’être rendu coupable tout ce beau monde. Or le juge Rafecas est un magistrat qui tient bon devant les intimidations du pouvoir exécutif qui aimerait bien que ce genre de juge cesse de lui empoisonner l’existence.

© Denise Anne Clavilier www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier, sur l’audio accusateur découvert par la rédactionlire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur la suite de la procédure en cours.

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