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Deux poèmes d’Aline Recoura sur l’écriture

Par Etcetera
Deux poèmes d’Aline Recoura l’écriture

J’ai eu l’occasion de voir la poète et slameuse Aline Recoura lors de séances de lectures publiques, dans le cadre d’une scène ouverte, et j’ai été ravie de lire son recueil de 2022 « Pichenette dans les mots« , où j’ai retrouvé le ton vif et alerte, en prise avec notre monde le plus actuel et le plus quotidien, une poésie très contemporaine !
Cette poésie use de mots simples et de situations courantes de nos vies (faire la cuisine, marcher dans la rue, se promener à vélo, cuire des pommes de terre, aller retirer un colis dans une boutique point relais de livraison, mettre ou pas des « like » ou des appréciations sur Internet, les réseaux sociaux, etc.) pour en extraire le sel, le côté piquant, comme elle l’écrit ci-dessous dans le poème assez cocasse intitulé « Mayonnaise« .
Plusieurs textes de ce recueil abordent le thème de l’écriture – son pourquoi et son comment, ses difficultés et ce qu’elle apporte – et je les ai tout particulièrement aimés, ils disent tellement de choses justes et profondes !
L’humour ou l’autodérision sont parfois bien présents, le sens de l’observation est toujours net et précis.
La poète parle d’une voix naturelle, même si, sans aucun doute, l’impression de naturel donné par ces textes – qu’on pourrait presque croire écrits au fil de la plume – est le fruit d’une longue élaboration (« je suis laborieuse » écrit-elle, cf. ci-dessous)
Un excellent recueil, où le lecteur redécouvre le monde quotidien qu’il connaît, explicité, éclairci, approfondi.

Ces deux poèmes, puisqu’ils parlent d’écriture, prennent place dans le défi du Printemps des artistes.

Note pratique sur le livre

Editeur : Gros Textes
Année de publication : 2022
Nombre de pages : 124

Note biographique sur la poète

Aline Recoura : éprise très tôt d’écriture, de littérature et d’arts, Aline Recoura poursuit un cursus littéraire avant de devenir libraire. Par la suite, elle passe le concours pour devenir professeur des écoles. Après dix-sept années passées dans le système scolaire traditionnel, elle se spécialise dans des domaines spécifiques de l’éducation, parfois alternative, où l’expression de soi, la créativité, la pensée critique et attentive sont mises en valeur.
Membre pendant dix ans du collectif Slamôféminin avec lequel elle a participé et contribué à deux spectacles joués à Avignon en 2017 : Langue de bois et belles paroles ; La Vénus empêchée.
Autrice de plusieurs ouvrages de poésie, en 2021, Aline devient rédactrice en chef de la revue Cabaret.
Elle propose des ateliers d’écriture partagés, prise de parole éducative et philo-art par le biais du Petit Rameur.

**

Deux Poèmes

(Page 30)

Mayonnaise

Un jour que je voulais envoyer
un poème à une revue
je lis poésie mayonnaise
abstenez-vous
je ne savais pas ce que c’était
mayonnaise
toute pleine de doutes
je me suis vu écrire de la poésie mayonnaise
après réflexion
entre sauces et condiments
j’ai choisi la poésie cornichonne
pas cochonne
mais cornichonne
ou ketchup
y’a plus de sang
ou sauce algérienne
y’a plus de piquant
bon appétit
Je ne sais toujours pas
ce qu’est la poésie mayonnaise

*

(Page 39)

Existe II

Est-ce que j’écris
ce que j’ai vraiment dans la tête
est-ce que je transperce
la conscience la moelle
et pourquoi ce serait important que j’écrive
ce que j’ai dans la tête
je l’ai déjà moi-même
ça suffit bien
chacun a déjà assez
pour être en plus embêté
par ce qu’ont les autres
je tiens quand même à ne pas inventer
et pourtant j’invente
les mots inventent d’eux-mêmes
je me demande si c’est possible
d’écrire sans passé de vie et de lecture
enfant j’écrivais mes journées
mon frère qui m’énerve
mes parents qui crient
un poème ça invente
il y a eu tellement d’étapes
on peut écrire des kilomètres
et rester médiocre
comme en classe je suis laborieuse
obsessionnelle déclassée mais
je continue
tête baissée je marche
j’avance j’arrive pas à renoncer
je tomberai
j’irai droit dans un trou
je continue comme si je savais écrire
si on m’enlève cette liberté
comment je ferais
rien que d’y penser j’ai mal au ventre
pourquoi j’ai commencé un jour
je me fais penser à une autiste
qui gratte qui gratte
minuscule des heures et des heures
il est patient mon compagnon
il va encore m’attendre
je vais encore faire brûler quelque chose
je dois aller faire les pommes de terre
(encore).

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Deux poèmes d’Aline Recoura l’écriture

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