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Quand je serai vieux

Publié le 29 avril 2026 par Paulo Lobo
Quand serai vieux
Quand je serai vieux

Mais ne le suis-je pas déjà ?

est-ce que j'aurai l'air aussi 

pathétique ?

Il y a tant de choses que je ne pourrai plus faire

Je vous en épargne la liste.

(Je n’entendrai plus. Je ne verrai plus. Je ne marcherai plus.)

Aurai-je encore le désir, la force ?

Me regardera-t-on avec un peu de peine et d’impatience mêlées ?

Est-ce que je paraîtrai enfin mon âge ?

Quand je serai vieux, est-ce que j'aurai encore envie de la vie ?

Est-ce que le vent de la mer me respirera encore? 

Est-ce que je pétrirai encore le chemin de bonnes intentions ? 

Les arbres, sages et immuables, auront-ils encore des feuilles ? 

Lorsque l’automne leur sera décrété, leurs jours seront-ils monotones ?

Comme des violons usés. 

Les nuits seront-elles longues, sombres comme un trou sans fond ni fard.

Quand je serai vieux, je n'aurai plus la langue dans ma poche. 

J’en voudrai au monde entier. 

Je serai celui que tous fuiront.

Je serai soufflé par le chemin d’orage, prêt à foudroyer le moindre chenapan d'un regard d’enclume.

Dans mon coin tout seul, je compterai mes sous, fier comme Oncle Picsou.

Il n'y en aura pas beaucoup, alors je me dirai, à quoi bon ?

Si je ne suis même plus capable de composer un Alexandrin, la beauté que j'ai fréquentée m’aura-t-elle servi à quelque chose?

La beauté dont je ne vois plus la trace peut-elle revenir à mon chevet ? 

Peut-elle s'agripper à une loque aussi indisposée et indisciplinée? 

Les tremblements. Le regard trouble. Les failles de mémoire. La bohème suspendue.

J'ai toujours aimé les petites choses,

Je n'ai jamais beaucoup voyagé. Mon amour du lointain n’a jamais suffi à me faire partir.

J'étais toujours dans mon coin, jamais courageux, jamais intrépide.

J'ai subi la vie. Je l’ai chérie malgré tout.

Je ne lui en veux pas.

Je n'ai pas osé élever la voix. 

J’ai été un petit pion.

Alors j'attends le moment de l’effacement.

Enfin, débarrassé de la nécessité d'identifier, de paraître, je serai dissipé.

Enfin évaporé.

Tout ça serait presque comique,

si je n’en étais pas triste à en mourir.


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