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L’Entente – la face cachée d’Alexandrie, de Mohamed Rashad

Publié le 05 mai 2026 par Africultures @africultures

En sortie France le 6 mai 2026 après de nombreux festivals et notamment la Berlinale, le premier long métrage de l’Egyptien Mohamed Rashad dévoile un univers ouvrier et marginal inhabituel au cinéma. Il s’appuie sur cette dimension documentaire pour articuler remarquablement un récit sensible et prenant.

Nous voici donc à Alexandrie, dans un quartier pauvre marginalisé. Hossam, 23 ans, et Maro, 12 ans, sont deux frères qui vivent au chevet de leur mère alitée et se trouvent embauchés dans l’usine de sidérurgie où leur père vient de mourir d’un accident. Hossam est affecté à la machine passablement délabrée de son père. Mais était-ce vraiment un accident ? N’était-ce pas une façon de les empêcher de porter plainte et d’acheter leur silence ? Alors que Maro voudrait qu’il réagisse, Hossam fait profil bas du fait de sa réputation de dealer que tout le monde soupçonne et qui n’assume pas ses responsabilités. Il lui faut se faire une place sur ce lieu de travail où son père n’a pas laissé que de bons souvenirs. Un enchaînement de situations va le mettre en danger alors même qu’il y découvre l’amour.

La subtilité du film est de se placer du point de vue du jeune Maro, ce qui permet de le finir sur un image pouvant évoquer les 400 coups de Truffaut : le regard-caméra d’un enfant qui nous interroge sur ce monde sans pitié, celui-là même où son frère est coincé, condamné malgré ses efforts à la marginalité. Que fera-t-il du couteau qu’il découvre dans les affaires d’Hossam ? Quelle voie empruntera-t-il alors que tout se ferme ?

Ce risque de délinquance déplace le film sur le plan moral : Maro qui voudrait voir dans son frère longtemps fugitif un modèle comprend que dans cette société travaillée par les préjugés autant que par l’exclusion, la corruption, le déterminisme social et les interdits, il lui faudra lutter pour tenir le cap qu’il devra lui-même se choisir.

La relation entre les deux frères, les tentatives d’intégration d’Hossam, le rapport délicat à un mère elle-même coupable de rejet, la mémoire d’un père ambigu : tout cela est traité avec une grande délicatesse. L’empathie est palpable d’un réalisateur attentif aux impasses comme aux fragilités, sans nier la précarité. On la retrouve dans le choix des interprètes : leur jeu sonne juste, sans emphase, et cette épure dans la gestuelle résonne dans la sobriété de la mise en scène. Rashad respecte toujours une distance incluant l’environnement pour éviter toute psychologisation manipulatrice. De même, la discrétion de la bande-son n’impose rien, même dans le brouhaha de l’usine. Les décors tant intérieurs qu’extérieurs sont rudes mais sans misérabilisme : ce sont ceux d’ouvriers dans une industrie à tendance artisanale en Egypte et dans un quartier traversé par les terrains vagues. Les regards sont pénétrants mais n’installent pas le drame car il s’adoucissent vite. Ni surenchère ni pathos : les gestes de tendresse sont rares mais d’autant plus marquants.

Accentuée par le montage, cette ligne de crête donne au film une grande humanité. Le réalisme est renforcé par le fait que les acteurs et actrices sont pour la plupart des non-professionnels et souvent de vrais ouvriers. Mais comme dans le néo-réalisme, la dureté du monde n’implique pas la fatalité d’une noirceur désespérée. Ce qu’Hossam transmet à Maro, c’est la quête obstinée de la dignité.

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